La pratique du journalisme mise à rude épreuve, revenons aux fondamentaux.

Que nous apprend le conflit en Syrie ? Ou plus exactement que nous rappelle-t-il que nous devrions déjà savoir ?

 

Dans la même journée, deux cas d’usurpation d’identité mettent la pratique journalistique à rude épreuve. Ce mercredi 8 juin, deux annonces concernant la Syrie sont diffusées par la presse, deux cas d’usurpation d’identité.

 

Premier cas - La chaîne d’information télévisée française France 24 diffuse les propos d’une femme prétendant être l’ambassadrice de Syrie en France annonçant sa démission.

Or, Lamia Shakkour, ambassadrice en titre de l’ambassade de Syrie à Paris, dément ces propos et dit ne jamais s’être entretenu avec aucune chaîne d’information à ce sujet. Le gouvernement Syrien infirme également l’information.

 

L’intox a été communiquée par téléphone. Les journalistes de France 24 contactés par la prétendue ambassadrice la rappellent sur un numéro trouvé sur le site de l’ambassade, apparemment piraté.

 

Deuxième cas - Amina A., blogeuse américano-syrienne, est enlevée dans les rues de Damas le 6 juin 2011. L’information est relayée via le blog d’Amina, une page Facebook pour la libération d’Amina est spontanément créée. L’information est relayée par la presse, notamment par le quotidien britannique The Guardian qui diffuse une photo trouvée sur la page Facebook. Une citoyenne croate, Jelena Lecic, qui travaillerait au Royal College of Physicians de Londres, contacte la rédaction du journal et demande à ce que sa photo soit retirée immédiatement. Le doute sur l’identité de la blogeuse s’immisce. L’identité supposée de la blogeuse serait Amina Abdallah Araf al Omari, née à Staunton, dans l’état de Virginie aux Etats-Unis en Octobre 1975. Des journalistes contactent les ambassades syriennes et américaines qui ne retrouvent pour l’instant aucune trace d’état civile de la jeune fille. D’autres journalistes tentent de contacter sa famille en Syrie, pas de réponse. Les mails de journalistes postés via le blog de la jeune fille, à l’attention de Rania O. Ismail, qui se dit la cousine d’Amina et qui a repris en main le fil du blog, restent également sans réponse.

 

Trois rédactions, le New York Times, le Global Winnipeg et Al Jazeera qui avaient interviewé la petite amie d’Amina avant sa disparition découvrent que cette petite amie Canadienne n’a en réalité jamais rencontré Amina. Elles se sont juste échangé des centaines de mails.

 

La chaîne CNN a bien réalisé une interview de la jeune blogeuse mais sans pouvoir l’identifier. L’interview a été faite via Skype sans mode vidéo. Amina prétendait que la vidéo ne fonctionnait pas sur le réseau Syrien, ce qui n’est pas vérifié. Les internautes sont nombreux a utiliser la vidéo conférence depuis Damas.

 

Andy Carvin, un habitué du web et des hoax, cherche via Twitter des personnes ayant rencontrés en personne Amina. Résultat, beaucoup ont échangés avec Amina mais personne ne l’a jamais vu.

 

Plusieurs questions se posent alors : Amina existe-t-elle vraiment ? A-t-elle eu besoin de protéger son identité mais alors pourquoi publier des photos ? Si la jeune fille souhaitait rester incognito, l’utilisation d’un pseudo est compréhensible, mais pas la diffusion de portrait d’une autre personne. Brouiller les pistes à ce point relève d’autre chose que de l’anonymat. Qui se cache derrière l’identité d’Amina ?

 

Mais surtout, ces deux cas d’usurpation d’identité, rappellent le journalisme à ses fondamentaux. Le journalisme via le web, les blogs, les mails, skype et même le téléphone est-il fiable ? L’information ne doit-elle pas être recoupée plus que cela ne l’a été sur ces deux affaires ? Le journaliste n’a-t-il pas pour devoir de prendre deux fois plus de temps lorsqu’il échange des informations via ces médias rapides ?

 

 

 

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