Il faut raison garder et l’info sourcer

Six jours depuis l'annonce de l'enlèvement de la blogueuse syrienne, c'est le temps qu'il aura fallu à Tom MacMaster, un américain de 40 ans, pour avouer être à l'origine de l'invention de l'histoire d'Amina Araf.

Six jours depuis l'annonce de l'enlèvement de la blogueuse syrienne, c'est le temps qu'il aura fallu à Tom MacMaster, un américain de 40 ans, pour avouer être à l'origine de l'invention de l'histoire d'Amina Araf.

 

Cependant, MacMaster a tenu ce blog depuis les débuts du soulèvement populaire en Syrie, au mois de février, il a répondu à une interview, sous couvert de l'identité d'Amina Araf, à la chaîne d'information américaine CNN. Il a vu son histoire publiée dans la presse internationale, du New York Times au Guardian.

 

Le rédacteur du blog "A Gay Girl in Damascus", n'a pas juste fait une mauvaise blague, ne s'agit-il pas là, en réalité, d'un acte militant, d'un sabotage de l'information et de l'opinion ?

 

Autant peut-on imaginer louer les intentions émancipatrices et pacificatrices les plus nobles à l'auteur du blog, autant est-on en droit de se demander quelle conception de l'information il a ? Quel respect pour la presse cultive-t-il ?

Il entend, dit-il, alerter l'opinion sur le cas de la Syrie, pays où le droit d'expression est bafoué, où la liberté de la presse est quasi-fictive. MacMaster espérait-il participer à l'émancipation d'un pays qui cultive la désinformation en créant lui-même une anarque intellectuelle ? Le pouvoir d'internet (14 377 personnes suivaient la page facebook « Free Amina ») grise-t-il à ce point les internautes pour qu'ils croient guérir le mal par le mal ?

 

 

Autant de questions que nous pose l'utilisation de ces nouveaux supports de communication. Ne confondons pas communication et information. Les journalistes vont-ils prendre l'habitude, par fainéantise, de piocher des scoops sur les blogs et les pages facebook aveuglément ?

 

Le buzz pour le buzz ?! Le journalisme n'est-ce pas raisonner et non bourdonner, comme nous y renvoie le terme de « Buzz » ? Les lecteurs attendent de l'information et non des pseudos scoops.

 

L'utilisation des pages facebook et wikipédia comme source d'information est interdite dans plusieurs agences de presse en France, apparemment ce n'est pas le cas partout. La récente décision du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel d'interdire l'usage des marques des réseaux sociaux à l'antenne semble venir résonner à cette affaire. Nombre de voix se sont levées contre cette décision jugée, outre-atlantique, conservatrice et rétrograde. On traite la France, alors, de village d'Astérix dans le monde du web.

 

Que les nouvelles technologies se développent, permettent de tisser des liens, de rester informé, c'est une excellente chose, mais il faut raison garder, ne confondons pas vitesse et précipitation, scoop et enquête, émotion et réflexion. Et surtout ne mélangeons pas communication et journalisme. Il faut raison garder et l'information sourcer.

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