Bolivie : les élections du 20 octobre vue depuis LA PAZ

BOLIVIE

Depuis La Paz
Après les rues vides de la journée électorale de dimanche, la vie a repris son cours à La Paz. Les gens pressés courent pour aller au boulot et la meute des minibus chinois a retrouvé le bitume ou les pavés des rues de la capitale.
Comme hier, le ciel est bleu, pur, sans un nuage, et on voit la belle montagne enneigé qui domine la vallée à plus de 6000 m d’altitude.
Après mon petit déjeuner au restaurant de l’hôtel où je commence à être salué comme un habitué des lieux par les deux jeunes femmes de service, je suis descendu jusqu’à l’avenue pour acheter la presse. Je change de journal tous les jours pour me faire une idée des tendances médiatiques.
Si les résultats de la présidentielle n‘ont pas changé avec EVO à 45, 71 %, Mesa à 37, 84, CHI le coréen evangelo fasciste à 8,74, Ortiz de Dice no, non moins extrême-droite à 4,32 %. Le MAS d’EVO et Alvaro est majoritaire avec 51 % des voix. Donc lui seul peut gouverner avec une majorité. Cela contredit beaucoup de commentaires idiots que j’ai lu dans la presse française, ignorante des réalités.
Evidemment, la droite avec Mesa espère que les résultats ne changeront pas pour avoir un second tour où elle se rassemblerait derrière Mesa, d’ici le 15 décembre. Les discussions ou offres de service sont déjà engagées.
Evo, lui espère l’apport des votes ruraux qui lui sont généralement favorables pour obtenir les 10 % de différence qui lui permettraient de ne pas affronter un dangereux deuxième tour. Il a dit avoir confiance, qu’il était le gagnant avec quatre élections consécutives gagnées, notamment avec la majorité absolue à la chambre des députés et sénateurs. C’est le résultat de la conscience du peuple Bolivien (Tweet d’EVO.
Ces élections se sont déroulées dans un climat de paix et de tranquillité, malgré quelques manifestations de corporations de mécontents, pour la défense d’intérêts particuliers, à Sucre et Potosi, avant les élections, mais pas pendant les trois jours les précédant car toute activité politique est interdite. Donc pas de manif sur la Place San Francisco comme le prétend le journaleux de La Croix qui nous a habitué à mieux…J’habite à côté. Rien ! Nada ! Et hier soir il fallait entrer au palais présidentiel sur la place Murilllo pour écouter le court discours du président Evo devant une foule de militants déchainés. Il était grave mais souriant, en compagnie d’Alvaro que j’avais vu dan son bureau de vote le matin, avec sa petite fille dans les bras.
Il n’en reste pas moins qu’EVO avait gagné tous les précédents scrutins avec une large majorité au premier tour dont 61,36 % en 2014. Il devra se poser les bonnes questions pour l’avenir du mouvement bolivarien, le seul encore au pouvoir jouissant d’une bonne popularité qui est néanmoins aussi sérieusement contestée. La députée des jeunes de La Paz au su de ces résultats étaient très déçue et émue. Elle a eu néanmoins la volonté de mobiliser ses troupes prêtes à en découdre avec la droite.
L’extrême-droite semble avoir pris des voix, notamment dans les villes minières comme à POTOSI. Il faudra une étude plus approfondie des résultats pour comprendre ce qui s’est passé :
• Le quatrième mandat malgré la constitution, le non au référendum est largement reproché. Il fallait trouver un successeur, mais qui ?
• Les rumeurs de corruption dans l’entourage et d’Alvaro ;
• L’omnipotence du MAS à tous les niveaux ;
• L’embourgeoisement d’une partie des électeurs du MAS
• Une jeunesse qui n’a connu qu’EVO et pas ce qui existait avant : un taux de pauvreté qui est tombé de 38 à 18 % , voir 14 %.
• Des décisions ou un laisser- aller écologiquement catastrophique en Amazonie. Il faut bien brûler pour défricher de nouvelles terres pour que les paysans nourrissent leurs familles …
• L’usure du pouvoir

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