Musulmanes dans la République: C’est l’intolérance qui nous sépare...

Nous voulons l’accès pour toutes aux emplois et services publics. Nous femmes, musulmanes portant le voile sommes privées, à cause de notre religion, de l’accès à un grand nombre d’emplois, à certaines formations, à des services publics.

De multiples entreprises reconnaissent nos qualifications mais refusent nos candidatures car notre religion serait « apparente ». Des salles de sport, des piscines, des bowlings, des cliniques nous excluent en nous obligeant de choisir entre nos croyances et l’accès aux équipements sans justification tangible.

Quand, au nom de la République et d’une interprétation erronée de la laïcité, la pratique de la religion musulmane devient source d’exclusion, ce sont ceux qui portent ces discours et ces actes discriminatoires qui créent la séparation dans notre pays. Lorsqu’un juge valide le licenciement d’une travailleuse de crèche à cause de sa religion, il crée de la séparation. Par ailleurs, lorsque des ministres multiplient les discours accusatoires à l’égard des femmes musulmanes, ils et elles créent de la séparation. Enfin, quand une mairie refuse sans critère tangible d’hygiène et de sécurité, la possibilité pour toutes de se baigner en maillot couvrant, ce sont ces règlements iniques qui créent de la séparation. Il nous est difficile de ne pas avoir chaque jour le sentiment d’être rejetées et exclues de la vie citoyenne. Comment s’étonner, dans cet environnement hostile, que nous soyons tentées de nous retrouver dans un “entre-soi” rassurant et réconfortant. .

En tant que femmes françaises musulmanes, nous avons été déçues et même blessées d'entendre votre discours prononcé récemment à Mulhouse, M. le Président. Comment présenter une lutte contre le séparatisme sans mentionner les milliers de Françaises qui se retrouvent exclues du milieu associatif, professionnel, éducatif, sportif à cause de leur religion ? Vous avez évoqué le problème des personnes qui décident de  « se séparer de la République » mais ne voyez-vous pas, M. Macron, le problème de la République qui décide de se séparer d'une partie de sa population ? Quand une société désire intégrer des individus,  elle ne leur demande pas de renoncer à leurs valeurs, d’abandonner leurs croyances et les choix vestimentaires qui en découlent.

M. le Président, au lieu de nous reprocher un « repli sur soi », prouvez-nous que la République êtes prête à nous accepter telles que nous sommes ! Nous aimons la France, celle qui reconnaît et accueille sa diversité culturelle et religieuse ; et non celle qui rejette par peur de l’islam et qui ne cesse de faire des amalgames entre islam et terrorisme, ou port du voile et radicalisation.

Le meilleur moyen de lutter contre les extrémismes de tout bord, c’est la tolérance. Nous voulons une République tolérante, accueillante et ouverte. Nous voulons des lois et des principes qui unissent, qui rassemblent, et non qui séparent et excluent. Nous vous demandons M. le Président de vous attaquer aux racines de ce que vous appelez « le séparatisme ». Aussi, nous demandons des mesures interdisant les règlements excluant les femmes musulmanes de l’accès à des emplois, des formations et des services. Pour vous, « la volonté de ne plus respecter les règles de la République, (...) ça n’est pas acceptable ». Mais, comme une majorité de français, il nous est difficile de respecter des règles injustes qui excluent, qui séparent, qui divisent. Nous voulons les changer. Nous avons les mêmes ennemis : l’exclusion, la séparation, l’intolérance. Nous vous demandons donc M. le Président des actes pour une politique de tolérance qui garantisse l’égalité et la liberté de conscience en France.

Assia RIFFI, Melissa DADOU, Yasmine SALARI, Dalila BERAZI, Yamina MOUSSAOUI,Sam, Insaf KERROUM, CB, Marwa BISKRI, Hadjar SEBAA, Myriam, Hadjar, Linda, Vendetta, Tayir

Membres de l’Alliance Citoyenne des femmes voilées et libres de Grenoble et Lyon

 

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