L'imposture Naëm Bestandji, blogueur du Printemps Républicain. Saison 1

Depuis 2019, Naem Bestandji, blogueur grenoblois proche du Printemps Républicain, s'en prend régulièrement aux femmes musulmanes qui portent le voile. Nous analysons ici ses méthodes pour disqualifier leurs luttes. Entre manque de rigueur scientifique et malhonnêteté intellectuelle, le blogueur s'inscrit dans la droite ligne des cyber-militants du Printemps Républicain.

L'imposture Naëm Bestandji [Episode 1]. Naëm et le sens des mots : qu'est-ce qu'un privilège ?

Naëm Bestandji milite pour l'interdiction du maillot couvrant dans les piscines, avec un argument bien étrange. Selon lui, demander l'autorisation du maillot de bain couvrant dans les piscines, ce serait militer pour l'octroi d'un « privilège » pour les femmes qui portent le voile et souhaitent se baigner un maillot couvrant : « Le rejet d'une demande de privilège n'est pas une discrimination ni une injustice » (Marianne, 19 août 2019).

Nous avons ouvert un dictionnaire pour chercher le sens du mot “privilège”. Le Robert le définit ainsi : «  1. Droit, avantage particulier accordé à un individu ou à une collectivité, en dehors de la loi commune. Les privilèges de la noblesse et du clergé sous l'Ancien Régime. 2. Avantage, faveur. ». Si on se réfère à cette définition, les femmes qui se mobilisent contre l'interdiction du maillot couvrant en Lycra à la piscine ne bénéficierait, si celle-ci est enfin levée par la Mairie de Grenoble, d'aucun privilège : toutes les femmes et tous les hommes qui souhaitent se baigner avec un maillot en Lycra de la taille qu'ils souhaitent, le pourront. Ni avantage, ni faveur, ni droit particulier, mais un droit qui s'applique à toutes et tous tant que le maillot est en lycra et qu'il respecte les normes d'hygiène et de sécurité.

Nous n’avons pas cherché très loin pour montrer les limites d’un des arguments phares utilisés par le blogueur. Détourne-t-il le sens des mots à dessein ou par manque de culture ?

L’imposture Naem Bestandji  [Episode 2]. Naem et sa pseudo-science des concepts : la mécanique de l’injure

“Politico-sexiste pro-voile”, “apartheid sexuel”, “néo-racisme victimaire”, “islamisto-gauchisme”. Ce sont des expressions trouvées sur le fil Twitter de Naëm Bestandji.  Que recouvrent ces expressions ? Pas grand chose en réalité. Ce ne sont pas des concepts scientifiques, mais des injures qui reposent sur un procédé simple : accoler deux mots avec un trait d’union pour construire des épouvantails visant à déclencher un sentiment de panique morale chez le lecteur. On l’a vu pendant les dernières élections régionales : Jordan Bardella insulte Valérie Pécresse d’ “islamo-droitiste”, qui elle-même présente Jordan Bardella comme un “islamo-lepéniste”, les deux s’accordant pour qualifier Julien Bayou d’ “islamo-gauchiste”. Une ficelle grossière, dont le grand exemple historique est celui de “judéo-bolchévisme”, qui permet aux conservateurs comme Naëm Bestandji d’éviter tout débat rationnel autour de sujets fondamentaux : qu’est-ce que l’émancipation des femmes et comment y parvient-on ? Qu’est-ce que le racisme ? Qu’est-ce que la laïcité ? Qu’est-ce qui participe à l’exclusion et à la marginalisation de certaines populations ? Comment peut-on faire société tout en disqualifiant une partie de la population et en instaurant une culture du soupçon ?

Il ne se contente pas d’essayer d’inventer des concepts, il dénigre aussi des concepts scientifiques opérants et utilisés dans le champ de la recherche scientifique et dans les organisations internationales tel que l’“islamophobie” (Geisser, 2003 ; Deltombe, 2005 ; Mestiri et al., 2008 ; Büttgen et al., 2010 ; Rivera, 2010 ; Esteves, 2011 ; Hajjat & Mohammed , 2013).. Plus largement, le but de ce blogueur est d’empêcher tout débat rationnel par la disqualification et la peur alimentées par ses copains du Printemps Républicains, des Républicains (comme Michel Savin et Matthieu Chamussy), du Front National et de la fachosphère. Peut-on réellement accorder plus d’importance au propos d’un blogueur qu’à ceux de chercheurs et chercheuses reconnus par leurs pairs ?

L'imposture Naëm Bestandji [Episode 3]. Naëm et la rigueur scientifique : l’histoire d’une rencontre qui n’a pas eu lieu

En lisant les propos du blogueur, on est surpris par sa faculté à faire passer des hypothèses personnelles pour des faits indiscutables. Dans l’un de ses articles de mai 2019, au sujet de l’Alliance Citoyenne, il écrit “Son action dans les quartiers populaires la met en contact avec les habitants, et donc aussi avec les islamistes qui y vivent”. Sur quels éléments factuels s’appuie-t-il pour affirmer que l’Alliance citoyenne est en contact avec des islamistes ? Il n’a jamais toqué de portes avec aucun militant ou salarié de l'association. Quelles sont les études qui viennent étayer le parallèle qu’il fait entre quartiers populaires et présence d’islamistes à Grenoble ? D’ailleurs, de manière précise, qu’est-ce qu’un islamiste ? Y a-t-il une preuve d’un quelconque lien direct entre l’Alliance citoyenne et des mouvements islamistes ? L’imposteur Bestandji se passe de la méthode scientifique et lui préfère l’auto-validation ou la technique du doigt mouillé “Jusqu'au début des années 1990, nous n'avions jamais vu d'islamistes dans mon quartier de la banlieue de Grenoble. Un salafiste y emménagea au tout début de cette décennie.” (19/05/209). Je l’ai vu dans l’immeuble en face de chez moi, cela devient donc une réalité sociologique significative aux conséquences prouvées et approuvées scientifiquement.

D’ailleurs, Bernard Rougier, spécialiste autoproclamé de l’islamisme, s'est s’excusé auprès de l’Alliance citoyenne, après avoir affirmé dans son dernier livre que l’association avait été fondée par des fréristes. Bernard Rougier, Naëm Bestandji, même combat : disqualifier ceux qui leur déplaisent en leur collant l’étiquette d’“islamistes” sans fournir un embryon de preuve et réduire la complexité du réel et des questionnements légitimes à des catégories aux contours floues et des épouvantails. En procédant de la sorte, le blogueur et le chercheur s’inscrivent dans un mouvement général de disqualification de la méthode sociologique (“expliquer c’est déjà vouloir un peu excuser” Manuel Valls, 11/2015) au profit d’une stratégie d’imposition de leurs opinions, sans jamais s’embarrasser de preuves… Ce qui a au moins le mérite de les mettre en avant sur les plateaux de télévision et dans la presse d’extrême-droite (depuis 2018 Naem Bestandji est abondamment cité Valeurs Actuelles : sur le burkini en juin 2021, sur le hijab en octobre 2019, sur le hijab de running en mai 2020)

L’essentiel de ses démonstrations vise en réalité à valider sa propre opinion. Or, souvenons-nous de ce que Sartre disait : “Ce mot d’opinion fait rêver… Il suggère que tous les avis sont équivalents, il rassure et donne aux pensées une physionomie inoffensive en les assimilant à des goûts. Tous les goûts sont dans la nature, toutes les opinions sont permises(…) mais je me refuse à nommer opinion une doctrine qui vise expressément des personnes particulières et qui tend à supprimer leurs droits ou à les exterminer… d’ailleurs, c’est bien autre chose qu’une pensée. C’est d'abord une passion

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