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Billet de blog 11 mai 2022

En mai, mets ce qu’il te plaît !

Pour un été sans injonction vestimentaire discriminante

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’été arrive, les journées s’allongent, les moments en terrasse se font plus nombreux… et également son lot de remarques et de situations discriminantes.

Toute l’année, les femmes, y compris les femmes trans, subissent des remarques sur leur tenue, quelle qu’elle soit, et d’autant plus si elles sortent des standards normés des vêtements dits « féminins » ou respectables. Ta jupe est trop courte, ta tunique est trop longue, pourquoi tu caches tes cheveux ? on voit tes tétons, t’as pas honte ?

Ces injonctions sur les corps et leur apparence reflètent non seulement la prégnance constante du patriarcat dans la vie des femmes, mais aussi sa nature intersectionnelle : les tenues considérées comme respectables pour les unes ne le sont pas toujours pour les autres, et il en va de même pour les vêtements féminins religieux.

L’été, ces remarques se font encore plus bruyantes pour celles qui ne correspondent pas aux normes de respectabilité féminine. Entre les femmes qui mettent des vêtements courts, celles qui en mettent des longs, celles qui couvrent leurs cheveux et celles qui ne veulent plus porter de soutien-gorge, les injonctions vestimentaires sexistes sont omniprésentes et continuent de discriminer les femmes sur un sujet qui ne regarde pourtant qu’elles.

Ce système sexiste d’injonctions règne aussi dans les piscines, où les femmes n’ont que deux choix de maillot : un maillot une pièce ou un bikini. Et c’est tout. Ces maillots sont dits « traditionnels », mais par qui ? Pas par les femmes elles-mêmes, car nombreuses sont celles qui ne se satisfont pas de cette alternative. Entre celles qui ont une maladie les empêchant de s’exposer au soleil, celles qui n’ont pas envie de montrer leur corps et celles qui, au contraire, voudraient le découvrir davantage, il est grand temps de laisser les femmes choisir.

Là où les plages ne sont pas soumises à une réglementation légale en termes de tenues autorisées, ce n’est pas le cas des piscines municipales qui, à une exception près (à Rennes), ont un règlement intérieur très strict, empêchant les femmes de sortir de la norme imposée du bikini ou du maillot une pièce. Ainsi, elles n’ont pas le droit d’avoir un maillot plus couvrant, ni de ne porter qu’un bas de maillot de bain comme les hommes. Pourquoi ce qui est possible sur les lieux de baignade et de loisir que sont les plages publiques - être seins nus, être en combinaison de plongée ou en bikini - est interdit dans ces établissement publics de baignade et de loisir que sont les piscines municipales, et qui sont pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas partir en vacances à la mer, les seuls endroits où trouver un peu d’eau et de fraîcheur en ville l’été ?

La liberté vestimentaire n’est limitée par la loi ou un règlement que dans le cas où la tenue provoquerait un trouble à l’ordre public. Est-ce le cas pour une femme avec un haut de surf à la piscine ? Songerait-on à l’exclure du bassin pour ce motif ? Si la liberté des unes s’arrête là où commence celle des autres, on voit mal comment la liberté de porter un maillot de bain couvrant nuirait à la liberté et au plaisir de nager des autres baigneur·euse·s des piscines municipales.

Les femmes musulmanes sont les premières stigmatisées face à ces injonctions estivales. Non seulement elles subissent le sexisme de ne pas avoir une tenue de bain considérée comme assez « féminine » et sont pointées du doigt dans les lieux de baignade qui n’interdisent pas leur maillot couvrant, mais en plus, elles sont exclues des espaces de baignade réglementés comme les piscines municipales, où leur maillot de bain est jugé comme « dangereux » et « non-hygiénique ». Des études indépendantes ont pourtant prouvé que la longueur d’un maillot ne détermine pas son caractère non-hygiénique ou encore que les difficultés potentiellement rencontrées par les sauveteur·euse·s en cas de noyade sont les mêmes que pour une personne vêtue d’un bikini. Il est donc clair que l’interdiction du maillot couvrant pour les femmes musulmanes sort du cadre de la réglementation vestimentaire – et donc potentiellement du trouble à l’ordre public – pour devenir un débat politique visant à les exclure davantage. Il est bon de rappeler que la piscine est un service public censé être accessible à tout·e·s ; pourtant, les femmes musulmanes en sont exclues par la volonté des mairies de ne pas changer les règlements intérieurs des piscines.

La discrimination des femmes musulmanes est organisée à l’échelle étatique et il est temps que cela cesse.

Le 16 mai, le Conseil municipal de Grenoble votera le changement des règlements des piscines de la ville pour une meilleure inclusion des femmes. A cette date, Grenoble sera peut-être la première municipalité à revendiquer haut et fort que les femmes musulmanes ont autant leur place à la piscine que n’importe quel·le autre citoyen·ne ; et que plus personne ne doit être stigmatisé·e jusque dans les bassins en raison de son choix de maillot.

Le 16 mai, la ville de Grenoble va voter pour l’inclusion et contre la discrimination.

Cette initiative, essentielle et largement attendue, ne peut être que reproduite dans d’autres villes pour que l’été 2022 soit placé sous le signe des droits des femmes, qu’elles souhaitent se baigner en maillot couvrant ou en monokini.

Cet été, nous voulons pouvoir choisir comment nous nous habillons, dans la rue, à la plage et à la piscine.

Cet été, nous militerons pour qu’aucune femme ne soit empêchée de se baigner, d’accompagner ses enfants à la piscine ou de profiter de la plage.

Cet été, nous voulons avoir accès aux soins thérapeutiques, comme la balnéothérapie, qui se font dans une piscine et dont nous sommes privées.

Cet été et pour toute l’année, nous nous opposons aux injonctions vestimentaires discriminantes pour toutes les femmes et minorisé·e·s de genre.

Anissa, Yasmina et Soumeya pour
le syndicat des Femmes Musulmanes
de l’Alliance Citoyenne de Grenoble

Signataires :

  1. Sarah Durieux, autrice et formatrice
  2. Eléonore Lépinard, professeure associée, université de Lausanne
  3. Jeanne Larue, élue départementale
  4. Bénédicte Monville, présidente du groupe de la gauche et des écologistes à Melun et à l’agglomération Melun-Val de Seine
  5. Mathilde Larrere, historienne
  6. Founé Diawara, présidente des Hijabeuses
  7. Samuel Hennequin, consultant RH
  8. Gontard, chanteur de variété sociale
  9. Alexandre Jourda, directeur régional Occitanie Fédération Française du Sport Universitaire
  10. Feïza Ben Mohamed, journaliste
  11. Mornia Labssi, Parlement de l’Union populaire
  12. Nathalie Levallois, France Insoumise
  13. Willy Pelletier, sociologue et coordinateur général de la Fondation Copernic
  14. Rocé, rappeur
  15. Merlin Gautier, membre fondateur de PEPS
  16. Julien Talpin, chargé de recherche au CNRS 
  17. Mohammed Ben Yakhlef, ancien élu de Villeneuve Saint Georges 
  18. Stéphane Vonthron, militant antiraciste
  19. Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue
  20. Maïté Meeus, fondatrice de Balance ton Bar
  21. Odile Maurin, conseillère municipale de Toulouse
  22. Isabelle Aubert, maîtresse de conférences, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
  23. Laure Bereni, sociologue, CNRS
  24. Magali Bessone, philosophe, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
  25. Caroline Ibos, professeure de sociologie et d’études de genre, Université Paris 8
  26. Veronica Noseda, militante féministe et lesbienne 
  27. Claudine Furnion, facilitatrice de liens
  28. Louis Weber, éditeur
  29. Nacira Guénif, sociologue, anthropologue, professeure, Université Paris 8
  30. Tammouz Al-Douri, avocat 
  31. Mathilde Viot, féministe
  32. Pierre Gilbert, sociologue, Université Paris 8
  33. Eric Fassin, sociologue, Université Paris 8
  34. Olivier Esteves, professeur des universités
  35. Samir Hadj Belgacem, maître de Conférences à l'Université Jean Monnet
  36. Olivier Roueff, sociologue, CNRS
  37. Pauline Delage, chargée de recherche au CNRS
  38. Montserrat Emperador Badimon, MCF science politique Université Lyon 2
  39. Justine Devillaine, co-fondatrice de l'association Lallab
  40. Solenne Jouanneau, MCF à l'IEP de Strasbourg
  41. Annick Coupé, militante altermondialiste
  42. Imane Ouelhadj, présidente de l’UNEF
  43. Pierre Khalfa, économiste, Fondation Copernic
  44. Malika Hamidi, Université Catholique de Louvain
  45. Mélanie Luce, juriste et ancienne présidente de l’UNEF
  46. Madame Bert, beatmaker
  47. Youcef Brakni, comité Adama, militant des quartiers populaires
  48. Lenny Gras, co-secrétaire général du MNL
  49. Armelle Andro, professeure
  50. Julien O’Miel, MCF science politique
  51. Sarah Zouak, co-fondatrice et directrice de Lallab
  52. Fatima Bent, présidente de Lallab
  53. Chloé Le Bret, militante féministe, ancienne conseillère à l’égalité des droits de Grenoble
  54. Miana Bayani, autrice et militante féministe 
  55. Laurence De cock, Historienne et enseignante
  56. Helena Hirata, chercheuse émérite au CNRS
  57. Fanny Hermant, travailleuse de l'art
  58. Maryam Pougetoux, syndicaliste étudiante
  59. Camille Lecomte, co-secrétaire générale du MNL
  60. Marielle Debos, politiste, Université Paris Nanterre
  61. Dounia Abderrahman, consultante
  62. Ugo Palheta, MCF à l'université de Lille
  63. Willy Beauvallet, universitaire, science politique
  64. Grace Ly, autrice
  65. Antonin Laude, étudiant
  66. Catherine Hoeffler, politiste, Sciences Po Bordeaux
  67. Haïfa Tlili, docteure en sociologie
  68. Lena Ben Ahmed, membre de la coordination nationale #NousToutes
  69. Yuna Miralles, militante féministe et lesbienne, membre de la coordination nationale du collectif #NousToutes
  70. Zahra Ali, professeur à Rutgers University
  71. Ismahane Chouder, féministe antiraciste 
  72. NnoMan, photo-reporter
  73. Monique Crinon, féministe
  74. Fatima Benomar, membre de la coordination nationale de #NousToutes 
  75. Anne Desprez, militante féministe chez Noustoutes 38, membre de l’Assemblee générale féministe de Grenoble
  76. René Monzat, auteur
  77. Annie Lahmer, conseillère régionale 
  78. Laure Salmona, co-fondatrice de Féministes contre le cyberharcèlement
  79. Marcos Ancelovici, professeur de sociologie, Université du Québec à Montréal (UQAM) 
  80. Sébastien Chauvin, professeur de sociologie, Université de Lausanne
  81. Michèle Sibony, militante antiraciste
  82. Françoise Vergès, politologue et militante féministe
  83. Caroline De Haas, militante féministe
  84. Fatiha Ajabli, sociologue
  85. Paola Bacchetta, associate professor, University of California, Berkeley 
  86. Nouria Ouali, sociologue, professeure associée, Université Libre de Bruxelles
  87. Marie Coiffard, co-présidente de la commission féminisme EELV
  88. Olivier Le Cour Grandmaison, politologue
  89. Hanane Karimi, maîtresse de conférences en sociologie, Université de Strasbourg
  90. Sylvie Monchatre, sociologue, Université de Lyon 2
  91. Marion Carrel, sociologue, Université de Lille 
  92. Ludovic Chataing, créateur du média L'avertY
  93. Alice Coffin, conseillère de Paris, militante féministe et journaliste
  94. Marie Bongars, créatrice de podcast et de contenu
  95. Florence Tissot, féministe
  96. Grégoire Mallard, professeur de sociologie, Geneva Graduate Institute
  97. Sylvain Parasie, professeur de sociologie, Sciences po Paris
  98. Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère de Paris, militante féministe
  99. Mathilde Laroussi, militante EELV 
  100. Laura Rouaux, membre de la Commission Féminisme d’EELV, militante écolo 
  101. Hawa Sissoko, Ingénieur Cloud
  102. Soraya Baccouche, doctorante, artiste chorégraphe 
  103. Sarra Benmeriouma, Educatrice
  104. SaraEve Graham, militante féministe Noustoustes 38, membre de l’Assemblée générale féministe de Grenoble
  105. Ilana Eloit, sociologue, Université de Lausanne
  106. Léa Reboul, co-fondatrice de l’association LIÉ•E•S
  107. Djaouidah Sehili, professeure, sociologie, Université de Reims
  108. Hourya Bentouhami, philosophe, Université Toulouse Jean Jaurès
  109. Hélène Balazard, chercheuse en science politique
  110. Hania Chalal, présidente nationale EMF
  111. Fabienne Baccouche, fonctionnaire
  112. Julie Pascoet, ENAR Senior advocacy officer
  113. Pascale Molinier, professeure de psychologie, Université Paris 13

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