Il y a quarante-cinq ans, intellectuels, artistes et militants rroms de toute l’Europe se réunissaient près de Londres pour le premier Congrès Mondial des Rroms. A l’issue du Congrès, il a été décidé que le mot « Rrom », qui signifie « homme accompli » en langue rromani, serait utilisé pour désigner les membres de la communauté à la place d’autres termes majoritairement dépréciatifs dans d’autres langues, établis et perpétués par l’ignorance générale. « Gelem, Gelem » a été choisi comme hymne des Rroms et la roue rouge sur fond bleu et vert comme drapeau. 

Les membres du premier Congrès Mondial des Rroms avaient une vision : il fallait créer une union internationale des Rroms pour lutter contre la marginalisation dont ils sont victimes et construire un avenir commun basé sur l’émancipation des Rroms eux-mêmes et le respect de l’identité rrom par les non-Rroms.

Nous, artistes, intellectuels, universitaires, dirigeants associatifs rroms, sommes les héritiers de ce mouvement. Il y a trois ans et demi, nous nous sommes réunis sous la bannière de l’Alliance pour un Institut Rrom Européen avec pour objectif de construire l’avenir des Rroms sur la célébration de nos réussites et de nos forces plutôt que sur les effets dévastateurs de l’oppression dont notre peuple fait l’objet. Prochainement, l’Institut rrom européen pour les arts et la culture ouvrira ses portes – c’est là une concrétisation tangible de nos efforts.

L’Institut rrom européen pour les arts et la culture devra, à travers l’art, la culture, l’histoire, la langue et les médias, œuvrer à une meilleure compréhension des Rroms par les non-Rroms et combattre l’antitsiganisme profondément ancré dans nos sociétés. L’Institut aura pour mission d’accroitre la visibilité des Rroms et de leur contribution à l’héritage artistique et culturel européen.

Les Rroms représentent environ 12 millions d’individus sur le continent européen, et leur présence en Europe date du 14ème siècle. Pourtant, la production artistique et culturelle rrom, l’histoire rrom et la contribution des Rroms à la vie européenne des siècles durant ne sont pas prises au sérieux. Elles restent largement ignorées ou méconnues. Parmi les 10 000 œuvres d’artistes rroms conservées dans les collections des musées nationaux européens, seules 2 sont présentées dans des expositions permanentes. Cela donne une idée du chemin qu’il reste à parcourir.

L’Institut rrom européen pour les arts et la culture documentera de façon rigoureuse notre héritage artistique et culturel et donnera aux centaines d’individus et organisations rroms actifs dans le domaine culturel un espace pour se rencontrer, débattre, créer, diffuser. Le principe fondateur de l’Institut est que c’est aux Rroms eux-mêmes qu’il revient de présenter l’image de ce qu’ils sont, et de ce qu’ils ne sont pas. 

L’Institut rrom européen pour les arts et la culture aura son siège dans une grande capitale européenne qui sera révélée prochainement.

Une fois l’Institut formellement établi, nous lancerons un appel à la participation, au cours duquel tous les individus et organisations rroms et non-rroms qui le souhaitent pourront rejoindre les rangs de l’Institut, soutenir ses activités et contribuer à son développement. 

Quarante-cinq ans après le premier Congrès Mondial des Rroms, nous nous trouvons devant le défi immense de poursuivre l’héritage du 8 avril 1971 : œuvrer pour l’émancipation des Rroms et mener la lutte pour le respect de la dignité de notre peuple. L’Institut rrom européen pour les arts et la culture est une étape décisive et une grande avancée dans cette longue marche.

L’Alliance pour un Institut Rrom Européen réunit plusieurs intellectuels, universitaires, artistes et dirigeants associatifs rroms. L’Alliance est à l’initiative du projet d’Institut rrom européen pour les arts et la culture, qui est soutenu par le Conseil de l’Europe et les fondations Open Society. 

Pour l’Alliance pour un Institut Rrom Européen

Katalin Barsony, directrice de la Fondation Romedia et de BAXT Films

William Bila, membre du conseil d’administration du Roma Education Fund

Nicoleta Bitu, directrice du Centre for Romani Studies de Bucarest

Ethel Brooks, professeur à la Rutgers University, membre du Conseil américain pour la mémoire de l’Holocauste

Timea Junghaus, curatrice et chercheuse en histoire de l’art à l’Académie hongroise des sciences

Sead Kazanxhiu, artiste

Angéla Kóczé, professeur à la Wake Forest University

Saimir Mile, expert en langue rromani, anciennement enseignant à l'INALCO

Andrzej Mirga, membre du conseil d’administration du Roma Education Fund

Anna Mirga- Kruszelnicka, doctorante à l’Université autonome de Barcelone

Ciprian Necula, professeur à l’École nationale d'études politiques et administratives de Bucarest

Dijana Pavlovic, actrice et productrice

Nadir Redzepi, directeur du Roma Education Fund

Romani Rose, président du Conseil central des Sintis et des Roms allemands

Iulius Rostas, professeur à l’université Corvinus 

Mihaela Zatreanu, chargée du projet ROMACT pour la Roumanie

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