Discours inaugural de Árpád Schilling

Qu’est-ce qui peut être intéressant en Europe de l’Est ? C’est quoi cette Europe de l’Est ? Ce que nous avons expérimenté, c’est une lutte continue, une bataille permanente entre l’Ouest et l’Est. Entre notre désir de se rapprocher de l’Ouest et notre peur d’être aspirés par l’Est.

Árpád Schilling © NAGY Zágon Árpád Schilling © NAGY Zágon

Ce sentiment de vouloir devenir grand. Regarder le passé avec nostalgie. Ce qui est compréhensible, et triste tout à la fois. Cette pression est très bonne pour nous d’une certaine façon. Dans l’oppression, l’individu est amené à chercher ce qui le définit, il est amené à penser. Ce festival est merveilleux parce qu’il permet aux artistes, aux penseurs, aux philosophes, aux gens qui pensent, de faire entendre leur vision du monde.

Qui sont les Hongrois ? Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir. Je suis un gars de la province. J’ai une idée de ce que représente la province. Budapest est Budapest. Mais l’essentiel des Hongrois habitent hors de Budapest. J’ai vécu une grosse déception en province. Entre le discours de l’Église catholique et l’école d’État, j’ai toujours eu l’impression d’être trompé. L’Église et l’État ont des exigences qu’ils n’appliquent pas eux-mêmes. Lorsqu’à vingt ans je suis allé vivre à Budapest, c’était comme si un nouveau monde s’ouvrait devant moi. C’est à Budapest que j’ai véritablement grandi. Budapest et la Hongrie sont deux choses différentes.

Je ne viens pas ici pour me plaindre, aucun d’entre nous n’est là pour se plaindre. Les artistes, les intellectuels sont plus que cela. Ce que nous voulons, c’est faire entendre notre voix et partager nos sentiments et perceptions du monde. Le hongrois est une langue fantastique. Que personne ne comprend à part nous. Mais ce genre de manifestation permet de rompre les barrières. Ceux qui sont venus ici défendent leur intégrité, leur personnalité, leur vision du monde. Personne ne peut leur prendre ce droit. La pression politique ne peut nous vaincre.

En tant que parrain, je souhaite que ce festival soit un lieu d’expression de soi et de liberté d’expression.

 

Árpád Schilling, Paris, 21 novembre 2018

 

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