Se poser la question du travail

C'est un concept largement utilisé, que ce soit par les politiques ou par madame et monsieur "tout-le-monde". Il nous définit, parle de nous et c'est souvent la première question qu'on pose à un‧e inconnu‧e : vous faites quoi dans la vie ? Quel est votre travail ? Comment ça va en ce moment au boulot ?

Le travail est central dans nos vies actuelles, et est même régulièrement érigé en "valeur" que nous partagerions toutes et tous. Le travail fait parti du langage courant et est accepté sans être interrogé. Pourtant, sa définition peut être floue et évoluer selon les subjectivités. L'interrogation de ce terme et de ce qu'il recouvre pourrait permettre de mettre à jour plusieurs aspects problématiques qui peuvent être remis en cause. L'entreprise, qui occupe une place centrale dans le "marché du travail", doit donc être également être questionnée dans son mode d'organisation, sa gestion, et ses finalités. Le temps de travail, qui a longtemps été un sujet de lutte des mouvements sociaux, a été peu à peu accepté et même parfois prolongé - avec les réformes des retraites par exemple. Il est également nécessaire de redéfinir ses contours. Enfin, ces concepts redéfinis permettront de proposer un nouvel horizon au travail, radicalement différent de ce qui nous est imposé actuellement.

Définition, frontière et milieu

Dans l'imaginaire collectif 1, un travail est un emploi occupé à temps plein, 5 jours par semaine, au rythme de 35 ou 38h hebdomadaires. Peu importe son domaine d'application, il est généralement accomplit dans une entreprise, qui verse un salaire en échange du temps qui lui est consacré. Deux jours de repos sont accordés le week-end, et cinq semaines de congés sont accordées chaque année. Certaines personnes travaillent cependant la nuit, ou en horaires décalés, le week-end, les dimanche ou les jours fériés, ou encore à temps partiel. Ces différents modes d'application ne remettent pas en cause la définition du travail, qui est vu comme l'activité exercée pour gagner sa vie, et payer son logement, sa nourriture, ses factures, et s'il en reste assez, ses loisirs.

Le travail est même souvent perçu comme un devoir, celles et ceux qui en sont dépourvus sont alors au minimum vu‧e‧s comme suspect‧e‧s, voir sommé‧e‧s de se justifier et de tout faire pour remédier à la situation. Ce sentiment de devoir pourrait provenir de l'éthique protestante qui a infusé dans le capitalisme moderne comme le décrit Max Weber, et il peut être rapproché du sentiment de devoir lié au remboursement d'une dette dont parle David Graeber, les deux étant probablement liés. Il y a alors une frontière claire qui s’établit : celles et ceux qui ont un travail, qui sont à l'intérieur de l'acceptable ; et celles et ceux qui n'en ont pas, qui sont à l'extérieur. 
A l'extérieur, on essaie de ramener ces "brebis égarées" vers l'intérieur avec des conseiller‧e‧s pôles emplois, des incitations, voir des menaces - couper les ressources financières par exemple - même s'il n'y a pas assez d'emplois pour celles et ceux qui en sont dépourvus : autant essayer de faire rentrer un carré dans un rond. Ces personnes sont souvent présentées comme des profiteurs et profiteuses du système, des fainéant‧e‧s, les politiques parlent périodiquement d'"assistanat" et de fraude sociale - et largement moins de fraude fiscale qui représente pourtant beaucoup plus. Les gouvernements successifs en France prennent d'ailleurs régulièrement des mesures baissant les aides sociales contre les personnes au chômage ou au RSA. En résumé, ces personnes sont pointées du doigt, et sont souvent utilisées comme boucs émissaires, ce qui permet de ne pas parler d'autres sujets comme l'augmentation des salaires, la baisse du temps de travail, ou la réduction de la précarité.
A l'intérieur de la frontière, il y a au contraire une valorisation de celleux qui travaillent, "la France qui se lève tôt" comme le disait Nicolas Sarkozy alors président. D'ailleurs, ce même président avait gagné la campagne de 2007 avec le slogan "Travailler plus pour gagner plus" : on voit qu'il y a une volonté de valorisation de celles et ceux qui ont un travail, en poussant toutefois à faire plus d'heures de travail. Il y a donc un côté ambivalent à cette valorisation : on juge positivement ces personnes seulement par rapport aux gens à l'extérieur du travail, tout en essayant de faire travailler plus celleux à l'intérieur. On est proche d'une vision patronale du travail, en essayant de faire travailler le plus possible un très faible nombre de personnes, pour débourser le moins d'argent possible. De plus, la frontière entre intérieur et extérieur au travail est marquée par les cotisations, par exemple à la sécurité sociale ou à la retraite : en cotisant peu ou pas du tout, les couvertures santé ou retraite des gens ne travaillant pas sont faibles, ce qui précarise encore d'avantage cette population.
Enfin, on peut émettre l'hypothèse que cette démarcation intérieur/extérieur n'est pas combattue par le personnel politique, mais au contraire entretenue : elle permet aux entreprises d'avoir un nombre important de personnes postulant pour chaque poste proposé, ce qui pousse à la baisse les salaires - au contraire, le plein emploi pousse les entreprises à augmenter les salaires, le‧a salarié‧e pouvant être exigent‧e puisque quasi sûr‧e de trouver un emploi.

Le travail tel que définit précédemment s'effectue la plupart du temps en entreprise, plus rarement dans des organismes publics, et beaucoup plus rarement dans des ONG ou des associations, celles-ci ayant peu de moyens. Ces entreprises sont d'ailleurs régulièrement valorisées par les politiques 2, et de nombreuses aides leurs sont accordées - crédit d'impôt recherche, CICE, ... - car, d'après l'adage néo-libéral, ce sont elles qui peuvent permettre aux français‧es de trouver un travail. Nous verrons dans la troisième partie à quel point ce n'est pas le cas.
L'entreprise, et tout particulièrement son organisation sont très peu questionnées, car font encore une fois partie de notre imaginaire collectif. Pourtant, dans leur grande majorité - à part certaines comme les SCOP - les entreprises sont fondées sur un principe pyramidal hiérarchique très fort, avec un chef d'entreprise au sommet, des managers et cadres ensuite, et les salariés et ouvrier‧e‧s à la base de la pyramide. Il n'y a pas de place pour les réflexions et décisions des salariés pour peu qu'elles ailles dans le sens inverse de ce qui est imposé d'en haut. On peut donc voir les entreprises comme une persistance d'un genre de système monarchique, avec une tête toute puissante, qui transmet parfois les rênes de l'entreprise de génération en génération 3, et les sujets qui leur obéissent. Ce pouvoir monarchique a été combattu par les syndicats pour obtenir des droits, avec de nombreuses victoires entre 1945 et 1980, mais ces organisations collectives sont en net recul depuis plusieurs décennies, ne se mobilisant que pour préserver l'existant, sans pouvoir conquérir de nouveaux droits. Enfin, ce système pyramidal rend possible des comportements prédateurs de pressions psychologiques, ou d'agressions et harcèlements sexuels. Les hommes en situation de pouvoir hiérarchique peuvent en effet en abuser pour obtenir des faveurs, c'est d'ailleurs ce qui est reproché au ministre de l'intérieur actuel.
Il y a donc actuellement une main mise de l'entreprise sur ses employé‧e‧s, qui proposent de plus en plus d'emplois précaires, mais aussi sur le personnel politique qui prend des mesures qui leur sont favorables. Plus fondamentalement encore, l'entreprise a le monopole sur l'imaginaire du travail, que l'on va tenter de déconstruire.

Beaucoup de temps...

Je n'ai pas le temps !

C'est une expression souvent utilisée par des personnes débordées de travail. En effet, malgré la durée de travail maximal fixée à 35h par semaine dans le code du travail régulièrement remise en cause 4, nombreux‧ses sont les trimeur‧euse‧s qui courent après le temps, passant du travail à la garde des enfants, de l'activité du dernier aux courses. De par sa rareté, le temps nous oblige à l'optimiser pour arriver à faire rentrer toutes nos activités dans une journée de 24h. Il est donc nécessaire d'organiser le temps, que ce soit au sein d'une entreprise ou dans notre vie personnelle, en tranches horaires bien délimitées. Il n'y a alors que peu de place pour l'impromptu, le spontané. Il faut même parfois rogner sur le temps de sommeil, ou sur celui de préparation des repas - grâce aux plats préparés - pour arriver à faire toutes les activités que l'on veut.
Dans cet emploi du temps chargé, le travail occupe une place centrale. Tout d'abord parce que c'est à lui que nous consacrons l'essentiel de nos journées la semaine : approximativement de 9h à 18h du lundi au vendredi. Même s'il est limité légalement à 35h par semaine, la culture de l'entreprise pousse à ne pas compter ses heures et à donner de son temps personnel pour l'entreprise. Mais au-delà de ça, une quantité non-négligeable de notre temps y est consacré indirectement. En effet, le temps de travail "effectif" est défini dans l'article L3121-1 du code du travail par "le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l'employeur et se conforme à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles". Dans ce cadre, ne compte pas dans le temps de travail effectif :

  • le temps nécessaire au transport domicile - travail : il est en effet nécessaire de se rendre dans les locaux de l'entreprise pour y travailler, même si c'est moins le cas depuis la crise Covid. Cette période peut aller de quelques minutes à plus d'une heure, et est conséquent notamment dans les grandes villes,
  • le temps de repos : pour pouvoir travailler efficacement et fournir un bon travail en continu dans le temps, il est nécessaire d'être reposé pour être disponible mentalement ou physiquement,
  • le temps de préparation : c'est le temps qui est consacré à prendre soin de sa santé, de son hygiène, à être bien nourri ou logé. Même si cela peut paraître au premier abord comme décorrélé du travail, les entreprises bénéficient bien indirectement de ce temps que l'on doit se consacrer pour pouvoir être capable de travailler. Sans cela, il nous serait difficile de travailler.

Ces trois périodes de temps se repartissent à différents moments : le premier en début et fin de journée, le second et le troisième plutôt en fin de journée et les week-ends. On pourrait également y ajouter le temps utilisé pour s'occuper de ses enfants, qui pourront être employés dans de futures entreprises. Ainsi, certaines personnes enchaînent dans une seule journée : préparation de soi, préparation des enfants, transport des enfants à l'école, transport à l'entreprise, travail, transport pour aller chercher les enfants, transport pour le domicile, devoirs des enfants, préparation du dîner, dîner, coucher les enfants, et j'en oublie sûrement. On a alors plusieurs "casquettes" ou "travails" dans une journée, avec peu de temps pour le repos ou pour faire des activités pour soi. Et le lendemain, rebelote, si bien qu'on peut avoir l'impression d'être dans un cycle de machine à laver où chaque journée succède à une autre à une vitesse folle, avec peu de prises pour changer les choses.
Le temps que l'on consacre aux entreprises est donc beaucoup plus important que le temps de travail effectif, il reste donc peu de temps pour faire d'autres activités qui peuvent être essentielles : prendre soin de soi et des autres, faire des activités artistiques ou du sport, apprendre de nouvelles langues, etc... A défaut, et avec une forte pression de la part du milieu professionnel, il arrive même à certaines personnes de faire un burn-out 5 qui touche un nombre non-négligeable de personnes, et qui a probablement augmenté avec le Covid et les confinements successifs.

... dans quel but ?

Du point de vue de la personne qui travaille, le but premier pourrait être d'avoir un revenu, pour pouvoir avoir un toit, manger et se soigner convenablement. Il y a donc de ce point de vue une nécessité de travailler. On pourrait aussi penser que le travail est une manière de se réaliser, ou d'avoir une utilité pour la société. C'est probablement vrai pour certaines personnes, mais clairement pas pour toutes. 
Pour celles travaillant par nécessité dans une entreprise avec un impact social ou environnemental néfaste, il est très difficile de changer les choses "de l'intérieur". En effet, le système hiérarchique évoqué précédemment fait que les décisions stratégiques sont prises dans les "hautes sphères" de l'entreprise, il n'y a peu ou pas de chances de les influencer à un faible niveau de responsabilité, par lequel on commence généralement un travail. Une stratégie pourrait être de monter dans la hiérarchie pour pouvoir arriver au niveau où la prise de décision se fait, et l'influencer. Cette stratégie demande beaucoup de temps - on peut approximativement tabler sur 10 ou 15 ans - et n'a aucune garantie quant au résultat. De plus, durant l'intervalle de temps qui est assez conséquent, il n'est pas exclus que l'entreprise exerce une influence pour nous convaincre que telle décision n'est pas si néfaste pour l'environnement, ou que telle autre n'est pas si mauvaise socialement - alors que ce n'est pas le cas. Dans ce cas, ce n'est pas nous qui changeons l'entreprise, mais bien l'inverse.
La finalité d'une entreprise est bel et bien aux mains des dirigeants de l'entreprise, et qui est quasi exclusivement orientée vers la rentabilité économique, peu importe les dégâts sous d'autres plans - ce qui est d'ailleurs la finalité d'une entreprise. Au contraire, les salariés peuvent avoir d'autres volontés et objectifs : épanouissement personnel dans un domaine, utilité sociale ou encore utilité environnementale, ce qui n'est peut-être pas de trop actuellement. 

Le travail actuel demande donc beaucoup de temps, est une nécessité économique par manque d'autres ressources, et n'est pas - souvent - orienté dans la direction décidée par les salariés. Pourtant, une autre définition du travail peut être proposée, dans le but de redéfinir sa place dans nos vies, et d'avoir plus de marges de manœuvres pour que chacune et chacun s'épanouisse.

Une nouvelle définition du travail

Prenons tout d'abord un exemple - inspiré par une vidéo d'Usul, et assez célèbre quand on parle de travail : un dimanche, la pelouse de votre jardin est assez haute et vous décidez de la tondre, ce qui vous prend un certain temps. Du point de vue de la définition classique du travail, comme vous êtes en week-end, vous ne travaillez pas : on peut alors qualifier cette activité de loisir, même si elle n'est pas particulièrement agréable. Un mois plus tard, votre pelouse a repoussé mais cette fois votre week-end est chargé, vous décidez donc de faire appel à un jardinier pour qu'il tonde votre pelouse : dans ce cas précis, la personne qui vient tondre la pelouse n'est pas dans le cadre d'un loisir : elle travaille.
A travers cet exemple assez simple, on voit que le travail n'est pas définit par l'activité : dans les deux cas, la pelouse est tondue. Ce qui change, c'est le cadre dans lequel cette activité est exercée, soit sur du temps libre, soit en passant par une entreprise. Quand on considère que quelqu'un travaille, c'est qu'il exerce une activité qui est valorisée économiquement - qui est alors prise en compte dans le PIB. Le plus souvent, cette valorisation économique est faite dans un cadre particulier, l'entreprise, avec un système hiérarchique et des buts précis détaillés précédemment. On peut alors réinterpréter l'injonction au travail comme étant une injonction à se conformer à des rapports hiérarchiques, et à une non-intervention par rapport à la finalité ces activités exercées.
Il est d'ailleurs commun que certaines activités soient considérées comme du travail, alors que d'autres exercées dans un cadre privé de le sont pas. Passer 8h par jour dans une entreprise, c'est du travail. S'occuper des enfants le soir, ce n'est pas du travail. S'occuper des enfants des autres en échange de rémunération, c'est du travail. Préparer un repas, ce n'est pas du travail. Faire et vendre des plats préparés, c'est du travail. Ainsi, un pan entier d'activités est ignoré, qui concernent en grande partie le soin qui est le plus souvent fournit par des femmes. On peut ainsi voir le caractère sexiste de la définition classique du travail : une femme au foyer est considérée comme improductive, alors qu'elle fournit un travail domestique considérable 6.

Le travail tel qu'on l'imagine actuellement est donc plutôt un rapport social qu'une activité. Pourtant, on pourrait redéfinir le travail comme étant lié à une activité, ce qui aurait pour conséquence de prendre en compte un grand nombre d'entre elles jusqu'ici ignorées : le travail domestique et de soin, le travail fournit dans des associations ou ONG, dans les partis politiques, et dans toutes les structures où des personnes bénévoles interviennent. Si ces activités étaient valorisées économiquement, on peut imaginer que plus de soin serait apporté aux enfants, adultes, et personnes âgées ; plus de personnes s'impliqueraient dans les activités politiques ; les associations pourraient se développer et peser plus fortement sur des décisions... 
Au quotidien, même les week-ends, nous faisons constamment des activités : faire des courses, amener les enfants ici ou là, prendre soin de soi, aider un‧e ami‧e ou un‧e parent‧e, entretenir ses relations sociales, entretenir son jardin, participer à une association, enseigner un savoir que l'on a acquis ou participer aux activités d'une entreprise. Ces activités peuvent être plus ou moins utiles à la collectivité, mais elles peuvent aussi participer à un équilibre psychologique individuel : jouer à un jeu vidéo n'est pas utile pour la société, pourtant elle peut permettre de se détendre, sociabiliser avec des gens que l'on ne connaît pas, et éviter de penser à des problèmes personnels. Nos vies sont remplies d'activités utiles collectivement ou individuellement.
Il est même difficile d'imaginer le contraire : est-il vraiment possible de ne pas travailler du tout - au sens de ne faire aucune activité ? Pendant 1 semaine voir 1 mois ? Si nous étions obligés de rester sans activité, n'est-ce pas une grande privation de liberté ? Une vie sans activité semble donc absurde.

Il pourrait être donc envisagé de valoriser économiquement ce travail ou ces activités, selon diverses modalités. Le salaire à vie proposé par Bernard Friot en est une, qui a le mérite de parler de "salaire" en valorisant donc la valeur des activités exercées lors du travail. Au contraire, le revenu de base ou universel, pourtant vu comme quelque chose d'assez proche, diffère dans sa philosophie : les personnes ne sont pas reconnues comme productrices de valeur, mais comme demandeuses de revenus pour vivre. Cette différence, qui peut paraître pourtant minime, pourrait être fondamentales face à un gouvernement qui voudrait diminuer les revenus ou salaires. Celui-ci pourrait argumenter que nous n'avons pas les moyens collectivement de payer des gens à ne rien faire - ce qui est, nous l'avons vu, complètement faux - et ainsi de suite, là où il lui serait beaucoup plus difficile de dire que la valeur créée par les activités de la société diminue, et doit donc amener à une diminution de salaire.


Cette nouvelle définition du travail vise donc à sortir de l'obligation qui nous est faite à travailler pour les personnes qui possèdent de l'argent si vous voulons un toit, manger à notre faim, ou pouvoir se soigner. Valoriser le travail qui est fait lors de nos activités, qu'elles soient utiles directement ou indirectement, collectivement ou individuellement, pourrait radicalement changer nos rapports sociaux, mais aussi notre rapport à notre temps et à ce que nous voulons accomplir dans une vie. 
Dans l'état actuel des choses, il est seulement possible d'exercer une activité principale dans laquelle on se spécialise et passe 40 ou 50 ans de notre vie, avant de prendre une retraite. Avec une redéfinition du travail et une valorisation de toutes nos activités, il serait possible d'exercer diverses activités et d'avoir une vie pluri-disciplinaire, en changeant régulièrement : travaux manuels, intellectuels, engagements associatifs, politiques, de soins aux autres, expressions artistiques, loisirs, oisiveté, études, ... Chacune et chacun pourrait composer sa vie selon ses envies et possibilités : en se concentrant sur un seul domaine, sur 2 ou 3, voir plus, en faisant beaucoup d'activités ou en profitant de plaisirs simples de la vie. Comme nous l'avons vu, penser qu'une telle société ne produirait que des personnes fainéantes n'est pas valable, puisque notre vie n'est faite que d'activités. De plus, penser de la sorte part d'une vision pessimiste - voir désespérée - de l'humain, qui mettrait à plat toute volonté de transformation du monde. C'est souvent cette vision défaitiste qui est reprise par des partis politiques qui se revendiquent de la gauche. Malheureusement, ces partis ne sont pas à la hauteur des enjeux actuels, et il est même raisonnable de questionner leurs fondements idéologiques par cette prise de position.
La façon de voir le travail développée dans cet article est émancipatrice quant au temps accordé au travail, au type et au nombre d'activités qu'il est possible de se consacrer, et à leurs finalités. Cette redéfinition du travail peut également être bénéfique pour les combats féministes - par la prise en compte du travail domestique non valorisé actuellement - et écologistes - par la réorientation de la finalité de notre travail.

Notes

1 : Il serait plus juste de parler d'emploi plutôt que de travail ici, mais j'ai volontairement choisi ici de coller au vocabulaire usuel en parlant de travail. On ne demande pas "as-tu un emploi ?" mais plutôt "as-tu un travail ?".

2 : voir ces articles de France Info, Challenges, BFM TV ou encore Ouest France.

3 : voir le cas Vincent Bolloré ou la série du Monde sur le sujet.

4 : avec la loi travail de 2016 dite loi El Khomri, ou aux "accords de compétitivité" de la loi Pénicaud.

5 : D'après l'Organisation Mondiale de la Santé, le burnout est "un syndrome conceptualisé comme résultant d'un stress professionnel chronique qui n'a pas été géré avec succès. Il se caractérise par trois dimensions :

  1. des sentiments d'épuisement ou d'épuisement énergétique ;
  2. une distance mentale accrue par rapport à son travail, ou des sentiments de négativisme ou de cynisme liés à son travail ;
  3. un sentiment d'inefficacité et de manque d'accomplissement.

Le burn-out se réfère spécifiquement à des phénomènes dans le contexte professionnel et ne devrait pas être appliqué pour décrire des expériences dans d'autres domaines de la vie".

6 : voir par exemple ici, ou encore .

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