SENEGAL : Le « Je m’en foutisme d’Etat »

Soulèvement populaire au Sénégal suite à l'arrestation du leader de l'opposition sénégalaise Ousmane Sonko

                                                                         Emeutes à Dakar

                                  SENEGAL : Le « Je m’en foutisme d’Etat » 

 

         Un Etat se définit comme l'ensemble des pouvoirs d'autorité et de contraintes collectives que la nation possède sur les citoyens et les individus en vue de faire prévaloir ce qu'on appelle l'intérêt général. Au vu de ce qui se passe au Sénégal on peut se demander si notre état ne se résume plus qu’à un ensemble d’institutions et de pouvoirs au service de la seule volonté du président.

          L’opposant Ousmane Sonko a été arrêté ce mercredi 03 mars pour trouble à l’ordre publique alors qu’il se rendait à la convocation du juge dans le cadre des accusations de viols répétés avec armes dont il fait l’objet. La plupart des Sénégalais, y compris même des militants de la coalition qui gouverne le pays, sont convaincus que leur pouvoir cherche à tout prix à mettre la main sur lui quitte à bafouer les règles élémentaires d’un état de droit. Le dossier de viol étant invraisemblablement truffé d’incohérences, il fallait à tout prix lui coller un autre délit.

         La nuit du jeudi au vendredi Ousmane Sonko a été enlevé de sa cellule à 4h du matin et emmené vers une destination inconnue à l'insu de ses avaocats. C'est au petit matin que ses avocats se rendant sur place ont constaté ce qu'ils qualifient de kidnapping. Pendant de longues heures les sénégalais se sont demandés où se trouve le président Ousmane Sonko. Dans la matinée il a été annoncé au palais de justice et quand ses avocats s'y sont rendu on leur a refusé de voir leur client.  A cela s'ajoute la coupure des signaux de télévisions que le pouvoir juge pas assez favorable à ses méthodes et la perturbation des réseaux sociaux depuis le début des manifestations. Ces méthodes, le sénégal n'en a jamais connu.

          Ceux qui observent la scène politique sénégalaise de l’intérieur comme de l’extérieur, savent que Macky Sall n’en est pas à sa première tentative de liquidation de ses opposants. Ses succès (excusez-moi du terme) antérieurs dans cette entreprise lui ont probablement donné un sentiment de toute puissance et d’impunité. Le chef de l’état se permet presque tout, ses partisans aussi. Des pans entiers de notre démocratie sont tombés au fil des années de son règne. Des dizaines de ses proches sont épinglés dans des rapports de l’inspection générale d’état (IGE) et de l’office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) sans être inquiétés la moindre seconde par le procureur de la république. Cependant la machine judiciaire s’emballe dès qu’il s’agit d’un opposant majeur ; les procédures prévues dans le cadre de la loi sont bafouées avec un sang-froid déconcertant. L’affaire Ousmane Sonko en est la parfaite illustration.

          C’est ce que les sénégalais ont compris en descendant en masse dans la rue pour exiger la libération du Président Ousmane Sonko. L’arrogance du pouvoir en place couplée à la mal gouvernance criante, a fini d’exaspérer les sénégalais qui n’entendent pas laisser démolir ce qui reste de leur état de droit et de leur démocratie.

          Plusieurs personnes ont déjà perdu la vie dans des manifestations à travers tout le pays et c’est regrettable. Il n’est jamais trop tard pour faire marche arrière. Le régime doit se ressaisir avant que le pays ne sombre dans le chaos, car trop c’est trop.

          Les sénégalais doivent réfléchir ensuite à une réforme en profondeur de leur régime présentiel et éviter l’hyper-concentration du pouvoir.  Le système des nominations des hauts magistrats doit être revu. La présence du chef de l’état dans le haut conseil de la magistrature pose aussi un problème.

                                                            Alphonse Dialeing Diedhiou

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