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Billet de blog 15 nov. 2021

La voix d'un jeune sur la question de la restitution

Avant la restitution des œuvres du Bénin, le musée du quai Branly - Jacques Chirac a organisé une semaine culturelle avec des échanges ainsi qu'une exposition des objets. Le délégué des jeunes de l'association Alter natives évoque son ressenti.

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Boccio des rois Glélé, Guézo et Béhanzin.

Dans le cadre de la restitution des 26 trésors royaux d’Abomey, le musée du Quai Branly Jacques Chirac qui les conserve, a organiser un évènement avec l’exposition des objets, intitulée « semaine culturelle du Bénin » du 26 au 31 octobre 2021, avant leur retour dans l’ancien Dahomey.

Lors de cet événement, une exposition des 26 œuvres, un colloque scientifique, une matinée de discussions et d’échanges, des spectacles ainsi qu’un cycle de cinéma avec une diffusion de films ont eu lieu.

Différentes personnalités furent invitées à prendre la parole durant les 3 journées du 27 au 29 octobre. Parmi elles, Felicity Bodenstein, historienne de l’art, s’est exprimé sur l’erreur commise lorsque l'on évoque la restitution des œuvres du Bénin tout en montrant des objets issu du royaume voisin de Bénin City dans l’actuel Nigéria.

Gaëlle Beaujean, responsable de collections Afrique au musée du quai Branly – Jacques Chirac, a évoquée ses 8 ans de recherches qui ont aboutit à une thèse de doctorat sur « L'art de cour d'Abomey: le sens des objets » et du parcours des œuvres.

À noter également les présences du président de la république française, Emmanuel Macron ainsi que l’historienne de l’art, Bénédicte Savoy et l’écrivain, universitaire et économiste, Felwine Sarr, auteur-rice du rapport publié en 2018.

D’autres personnalités se sont exprimées. Alain Godonou, directeur programme musées au sein de l’Agence Nationale pour la Promotion du Tourisme a présenter les projets des nouveaux musées et chantier entrepris.

Marie-Cécile Zinsou, créatrice et présidente de la Fondation Zinsou à Cotonou, a présenter la fondation et ses expositions dont celle de Malick Sidibé qui est leur record de visiteurs avec 1 200 000 personnes. Elle a aussi ajoutée que 75 % de son public a moins de 18 ans.  Noureini Tidjani – Serpos, écrivain et haut fonctionnaire, s’est exprimé sur la difficulté financière des musées privées au Bénin et en a profité pour demander de l’aide aux ministres présent.

La conclusion de ces trois journées a été confiée à l’historien – chercheur, directeur de l’office du tourisme d’Abomey et régions, chargé de projet du nouveau musée de l’épopée des Amazones et des rois du Danhomè à Abomey, Gabin Djimassè, qui a parler de l’initiation au Vaudoun, en rappelant qu’il s’agit d’un processus en plusieurs étapes pour en comprendre le sens. Une réponse aux étrangers qui se plaignent de l’argent dépensé pour une courte initiation tandis que rien ne se produit.

Le ressenti vis-à-vis de cet évènement.

La foule présente lors du dimanche 31 octobre 2021.

De mon point de vue, organiser une exposition gratuite des œuvres qui vont être restituées est une bonne idée et cela s’est notamment fait voir lors de la dernière journée d’exposition. En effet, il y avait une foule si immense qu’il a fallu patienter 30 minutes à 1 heure avant de pouvoir entrer dans le musée ainsi que 30 minutes en plus pour avoir accès à la salle. Une foule impressionnante et inattendue des visiteurs ainsi que du musée, car ce dernier a exceptionnellement prolongé l’exposition d’un jour supplémentaire.

Organiser un colloque en invitant à prendre la parole des chercheurs, scientifiques ainsi que des officiels est une initiative assez intéressante car ça nous permet, comme l’a dit Alain Godonou, de voir ce qu’il y a derrière les rideaux. Cependant, je regrette que la société civile n’ait pas eu le droit à la parole.

La restitution des œuvres est historique car il faut souligner que ces objets sont en France depuis plus de 120 ans. Le président de la république est à féliciter pour la tenue de ses engagements sur ce sujet même si le choix des objets pose question car en réalité certes, le retour de ces œuvres au pays est une immense fierté, mais il semblerait que la demande d’un objet fut ignorée. Effectivement, le dieu Gou exposé au musée du Louvre est beaucoup attendu au pays, cependant, il ne fait pas partie des 26.

Malgré ces riches échanges, certaines paroles ainsi que certaines présentations, m’ont paru être nécessaires, telle que le rappel du contexte historique et que nous puissions constater le moyen d’acquisition des œuvres lors de la colonisation.

Je me suis tout de même interrogé sur le fait de devoir démontrer aux détenteurs des biens à restituer, chaque partie entreprise, pour la conservation du patrimoine.

Je fais référence aux échanges concernant les chantiers nationaux évoqués par le directeur de l’ANPT ainsi que les scénographes. Cette présentation a surement pu répondre aux questions qui subsiste toujours et des paroles pernicieuses qui ont longtemps servi d’arguments, souvent même non objectifs, aux personnes opposés à l’idée de restituer.

L’Afrique n’a guère besoin de prouver sa capacité à conserver ses œuvres qui je rappelle était sur le continent bien avant les pillages. L’Afrique a ses propres cultures, ses propres idées, et a surement ses propres envies sur la façon dont il faut exposer le patrimoine.

Dernièrement, lors d’évènements en rapport avec l’Afrique, une citation n’a cessée d’être évoquée. « Les seuls capables de changer le destin de l’Afrique ce sont les africains eux-mêmes. » Permettez-moi d’apporter mon avis là-dessus.

La possibilité d’effectuer des recherches ainsi que de voyager dans n’importe quel pays du continent, de pouvoir consulter à la fois les archives orales et écrites, européennes et africaines, et de voir, lorsque l’envie nous prend, le patrimoine africain hors Afrique tandis que nous vivons dans ce continent ce n’est ni plus ni moins une chimère.

La population africaine a énormément de difficultés au niveau de la circulation et n’a accès ni à son patrimoine ni à ses archives en lien avec son histoire. Comment l’Afrique peut-elle changer son destin quand on la prive de son passé ?

J’ai pu poser deux questions lors de ces échanges en tant que délégué des jeunes de l’association. La première était pour Alain Godonou. Lors d’un projet d’Alter Natives à l'automne 2019, j’ai eu l’opportunité de me rendre avec des camarades au Bénin et faire la rencontre de jeunes d’Abomey. Nous avons travaillé ensemble pendant deux semaines sur des objets (le plateau de divination, le trône du roi Guézo, le pistolet du roi Béhanzin, ainsi que le dieu Gou) qui ne sont pas forcément dans la liste des 26. Nous avons raconté lors d’une performance théâtrale, jouée dans les villes d’Abomey, Ouidah et Porto-Novo, l’histoire autour de ces 4 objets, allant de leur fabrication ou don aux rois, jusqu’à leur acquisition et arrivés en Europe.

Ma question était un hommage à ces jeunes issu de là-bas qui ont tout à fait leur mot à dire sur ces objets. A-t-il été pensé ou prévu que la société civile, les jeunes, puissent être impliqués dans les programmations muséales des expositions et qu’ils puissent aussi agir en tant que médiateurs dans les nouveaux musées Béninois ?

D’après la réponse de Monsieur Godonou, il est clair que la jeunesse aura son mot à dire là-dessus et que c’est naturel car cela fait partie de la vie de l’institution.

La seconde question s’adressait au directeur du musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren en Belgique, Guido Gryseels, qui avait annoncé que des échanges entre la Belgique et la république démocratique du Congo ont lieu actuellement, lors du Nouveau sommet Afrique-France de Montpellier. Cependant, une phrase courte prononcée à la fin qui n’était guère passée inaperçu dans mon esprit était « qu’il est parfois difficile de démontrer le mode d’acquisition des objets du XIXe siècle ».

J’ai indiqué être tout à fait d’accord néanmoins, que devons-nous faire dans ce cas précis ? Sous prétexte qu’il est difficile d’avoir la réponse sur l’appropriation des biens, nous devons les laisser derrière les vitrines des musées européens et dans les réserves ? Nous ne pouvons pas refuser une restitution lorsque nous ne pouvons pas prouver le mode d’acquisition. Nous ne pouvons pas laisser des objets, qui ont eu une utilité, dans des réserves. J’ajouterais que c’est ceux qui détiennent le patrimoine qui doivent prouver que les biens sont acquis d’une manière non violente et égalitaire.

La réponse évoquée les échanges avec la RD Congo et d’une proposition de loi qui après analyse sur toutes les collections acquise par violence ou par pillages, deviendraient automatiquement la propriété du pays d’origine. La RD Congo ne demande pas de restitution mais une reconstitution des collections pour effectuer un inventaire, et que le pays aurait un problème de stockage ne leur permettant pas de détenir plus de 12 000 pièces.

J’aimerais m’adresser à ceux qui par leur mots à travers les médias, ont voulu égarer les auditeurs. Je considère que le principe d'inaliénabilité ne doit pas être un prétexte pour garder un bien mal acquis. 

Un bien ayant été obtenu par la violence de la conquête coloniale, le pillage parfois non autorisé par l’Etat qui colonise, par des achats souvent inégaux, est un bien mal acquis. D’un point de vu éthique, comment une société peut-elle continuer à agir de la sorte ?

Ce n’est pas de la confrontation mais de la réflexion dont il s’agit, je suis heureux de ces échanges et partages, de l’implication de toutes celles et ceux qui de près ou de loin ont rendu possible cet événement. J’exprime mon ressenti en tant qu’Africain, en tant qu’Algérien issu de la diaspora.

Enfin, non ce n’est pas que les Africains qui sont capables de changer leur destin mais tous ceux qui s’impliquent dans cette démarche.

ASSABA HADJ AHMED.

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