Quizz #1 - le masque zoomorphe dit de «Serent»

Qu'est ce que c'est? A quoi ça sert? Et que savons nous de son histoire? Nous avons fait tourner cette image plusieurs jours dans nos divers réseaux pour revenir vers vous vous présenter une petite compilation de savoirs autour de cet objet. Merci aux divers.e.s contributrices et contributeurs et retrouvez plus bas la prochaine image du quizz.

Quizz- image 1 Quizz- image 1
Comme vous l’avez deviné, ceci est un masque. Un masque qui a perdu beaucoup d’éléments d’origine, un squelette de masque en quelque sorte. Deux cornes de boeuf et une structure de feuilles tressées – « Des feuilles de palmier, de ronier », nous affirment nos amis sénégalais- avec des trous à la place des yeux.

Il fait partie des objets exposés dans la collection permanente du musée du Quai Branly. Et en cherchant sur le site de ses collections nous trouvons déjà pas mal d’informations  (http://www.quaibranly.fr/fr/explorer-les-collections/base/Work/action/show/notice/339996-masque-zoomorphe/page/1/)

 En zoomant on découvre des traces brunes d’une mixture qui recouvrait ce masque et qui devait accueillir de nombreuses décorations : graines rouges, morceaux de cuir avec des écritures arabes comme des messages de protection.

En cliquant sur description et usages, nous apprenons que ce masque serait un des plus anciens masques africains conservés au monde ; il serait antérieur à 1756. Pendant plus d’un siècle on a cru que c’était un masque amérindien.

Détail du masque zoomorphe Détail du masque zoomorphe

1756 c’est la date connue de la constitution de la collection d’objets d’Amérique d’ un certain Fayolle, qui travaillait au bureau des colonies d’Amérique. Ce masque a pu arriver en Louisiane par le biais du commerce triangulaire, rapporté par un négrier ramenant, avec son chargement d’esclaves, des objets insolites. Trente ans plus tard Fayolle vend sa collection au Marquis de Serent. Puis après la révolution la collection a rejoint la bibliothèque de Versailles. En 1934, l’ensemble de ses objets retrouve les collections ethnographiques du musée du Trocadéro.

Plus tard ce masque a été associé à un type appelé « masque Ejumba », venant de Casamance au Sud du Sénégal, lié aux cérémonies Bukut d’initiation et de circoncision des jeunes hommes de populations diola, en Basse Sénégambie. (CF. plus bas Peter Mark)

Masque Ejumba - Lebrun Masque Ejumba - Lebrun

Les masques à cornes initiatiques de cette région ont été décrits par des voyageurs européens dès la fin du XVIIeme siècle. Citons ici le croquis de François Froger de 1699, réalisé à partir d’observations faites sur les rives du fleuve Gambie.

Fin 19e, sous l’impulsion des expositions universelles de 1878 et 1900, des administrateurs coloniaux ont collectés des masques Ejumba en Casamance qui ont été captés par des musées nationaux. D’autres collectes ont eu lieu au cours de la première moitié du XXe siècle. Ainsi s’il existe environ 37 masques identifiés dans le monde, il semble aujourd’hui que ce type de masque ne soit plus visible en Casamance et plus utilisés dans ces rites Bukut. L’historien Peter Mark rapporte en avoir vu un en 1986, précieusement conservé des regards de touristes et de non-initiés.

F Froger masque à corne détail F Froger masque à corne détail

 

Scan du masque Scan du masque
En France ce masque a fait l’objet de diverses analyses scientifiques : on a regardé la composition de son enduit, on l’a même passé au scanner. Mais ce n’est pas ce type d’informations qui sont attendues par nos lectrices et lecteurs.
Au moment de ce quizz, plusieurs questions reviennent autour de ces objets :

A quoi servaient-ils vraiment et par quoi ont-ils été remplacés aujourd’hui dans les cérémonies bukut ?

Quelles étaient leurs relations avec l’Islam. Ces versets protecteurs du XVIIIe font écho aux petites amulettes qui ornent les masques postérieurs, petits sachets qui pourraient aussi renfermer des écritures coraniques. Comment ces pratiques animistes ont coexisté avec l’Islam ?

Quels sont les rôles respectifs des diverses vagues d’islamisation et de la période colonisation dans la disparition de ces objets ?

Comment sont ils perçus aujourd’hui ? Comment les sénégalais pourraient envisager leur retour s’il y avait restitution ?

Autant de pistes de recherche à lancer dans le pays d’origine de ces objets. Et d’ici là continuons d’en débattre soit en nous envoyant des e-mails ( anatives@gmail.com) soit sur la page facebook d'Alter Natives. 

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Pour aller plus loin sur les masques à cornes d'initiation:   

Froger, François, Relation d'un voyage fait en 1695, 1696 et 1697 aux côtes d'Afrique, détroit de Magellan, Brézil, Cayenne et isles Antilles, Paris, 1699 ( Gallica : ark:/12148/bpt6k8712863g)

Peter Mark, The Senegabian Horned Initiation Mask, History and Provenance, The Art Bulletin, Vol. 69, No. 4 (Dec., 1987), pp. 626-640

Peter Mark. The Wild Bulk and the sacred Forest Form : Meaning and Change in Sene-Gambian Initiation Masks, Cambridge University , 1992

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Le QUIZZ 2  : qui était cette personne et qu'elle est son histoire? 

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