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Billet de blog 12 mai 2021

Dans la colère et la joie, un mouvement social se construit

Suite à l’article «Climat: où est passée la colère?» de Jade Lindgaard du 10 mai, il nous a semblé important de rappeler que la stratégie du mouvement climat ne se limite pas à des marches festives et des slogans rigolos sur des pancartes.

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Militants à Paris pour la mobilisation #StopAmazon © Elise Chabert

La colère est tous les jours dans les yeux des militants et militantes du climat. La rage de voir le temps filer alors que l'urgence climatique gronde, la frustration de ne pas réussir à inverser la tendance, l'exaspération face aux manœuvres du pouvoir et la haine, parfois, face à l'inacceptable. Et la stupeur ? L'angoisse ? Aussi bien sûr, surtout en ce moment. Mais la naïveté et la candeur, c'est un procès qui ne nous semble pas juste. La détermination reste sans faille, tout comme la conscience du chemin qui reste à parcourir.

Les dernières années ont vu l'émergence d'un véritable mouvement pour la justice climatique. D'un mouvement écologiste solide mais marginal nous avons vu naître une mobilisation protéiforme qui ne cesse de se renouveler et se renforcer : les collectifs se multiplient, les alliances se diversifient et la mobilisation de la jeunesse insuffle un vent nouveau dans nos luttes. Nos répertoires d’action sont divers et ensemble contribuent à la construction d’un rapport de force. Certains répondent davantage au registre du blocage et de la résistance face au rouleau compresseur de la mondialisation néolibérale tandis que d’autres sont fédérateurs, festifs, maintiennent l’espoir et insufflent une pulsion de vie nécessaire à la mobilisation. Les deuxièmes donnent de la légitimité aux premiers, les premiers renforcent et alimentent la nécessité des deuxièmes. 

Nos revendications sont communes et, il est vrai, notre collectif est hétérogène mais n’est-ce pas ce qui en fait sa force ? Les marches climat du 28 mars et du 9 mai ont permis de faire défiler côte à côte syndicalistes et militant·es climat sous un même étendard : celui de la justice climatique et sociale. Depuis 2018, ces mobilisations massives ont aussi été un formidable moyen pour recruter et structurer un réseau décentralisé, en capacité d’investir des luttes locales. Pour avoir un jour les capacités d’organiser des blocages significatifs, nous avons besoin de plus d’activistes déterminé·es dans nos rangs ainsi que des travailleurs et travailleuses à nos côtés. Cela ne se décrète pas du jour au lendemain et c’est ce que nous avons essayé de rendre possible depuis ces trois dernières années.  

Nous prenons note que notre stratégie peut sembler peu lisible, et s'il le faut, nous sommes prêt·es à nous en expliquer. La mobilisation du mouvement climat, avec les Gilets Jaunes, aux côtés du comité Adama, celle des ONG écologistes avec les raffineurs de Grandpuits et les salariés de la papeterie de Chapelle Darblay : rien de cela n'est le fruit du hasard. Tout cela participe à une stratégie réfléchie, débattue, enrichie de nos expériences. Une stratégie en renouvellement constant qui nous oblige à affronter nos contradictions, à réfléchir à notre place et à ouvrir des espaces pour de nouvelles alliances. À se donner du temps aussi. Oui, même face à l'urgence, pour construire une alternative écologique qui ne se contente pas de foncer tête baissée dans les chiffres et les indicateurs mais qui accepte de considérer les conséquences de son projet de société pour chacun et chacune. Qui ne se résigne pas à laisser de côté celles et ceux qui ne sont pas convaincus, ou qui craignent, à raison parfois pour leur avenir. Travailler avec les commerçant·es, les agriculteur·ices, les ouvrier·es, les chômeur·ses et la cohorte des précaires ne s'accomplit pas aussi facilement que cela se décrète.

Militantes Alternatiba à la Marche Adama à Paris © Basile Mesré-Barjon

Nous ne sommes pas dupes. Ni une seule loi, ni un seul gouvernement, surtout pas celui d'Emmanuel Macron, ne nous permettra de régler les enjeux climatiques. A contrario, quand celui-ci utilise la loi climat pour peinturlurer son mandat de vert, il est de notre devoir d'investir les rues pour dénoncer cette supercherie. La communication gouvernementale n'est pas l'unique socle d'action pour les militants et militantes climat. Nous travaillons toute l’année à bâtir des alliances inédites, comme avec les riverain·es en lutte contre les extensions d’aéroport, ou avec les associations de commerçant·es qui subissent les pratiques d’Amazon. Ce travail de fond n’est pas le plus visible, mais il est présent et fort dans notre stratégie. Quand l’occasion se présente, nous imposons notre propre calendrier via des actions de masse, centralisées ou simultanées dans de nombreux territoires. Mais de fait, ce n’est pas nous qui tirons les ficelles médiatiques, et les actions les plus visibles pour passer nos messages sont souvent celles en réaction au calendrier institutionnel.

Nous croyons avoir donné des gages de notre engagement dans ce processus écologique, social et populaire. Nous entendons les critiques, les avis de celles et ceux qui trouvent que le temps des marches, des manifestations et des grèves est révolu, qui appellent à une lutte plus concrète, à une opposition plus frontale, à la création d'un rapport de force. Ce rapport de force, nous travaillons jour après jour, heure après heure, à le construire. C’est à ce prix que des batailles qui semblaient inatteignables il y a encore quelques années, sont aujourd’hui rendues possibles. Cela demande du temps, cela demande de l'énergie et cela demande de la cohésion, de la solidarité, le sentiment d'un collectif. Alors pour puiser cette énergie, pour ressentir ce collectif, on a parfois besoin de tourner le bouton du volume, de pousser la sono du camion et de danser. C'est vrai. Et si cette fête peut paraître naïve, elle est indissociable de la détermination qui nous pousse à agir chaque jour. Détermination qui transforme notre colère en pouvoir d'action, et en force de transformation.

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