« Si on s'y met tous, on change le monde ! »

Jour 98 - 10 septembre - Saint-André-de-Cubzac / Montlieu-la-Garde   

Jour 98 - 10 septembre - Saint-André-de-Cubzac / Montlieu-la-Garde 

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Ce matin au départ, le ciel est menaçant. Après une photo devant l’Église Sainte Croix et un dernier au revoir à la super équipe d’Alternatiba Gironde, nous partons équipés de nos vêtements de pluie en direction de Saint-André-de-Cubzac pour l'étape du midi. Dès la sortie des faubourgs de Bordeaux, le soleil nous réchauffe et nous quittons nos tenues étanches.

A l'arrivée de l’étape de midi, nous avons le plaisir de rencontrer Jean, un étudiant en histoire habitant le village et qui suit le tour depuis son début sur internet. Il vient spontanément à notre rencontre pour échanger et sera notre pilote pour la fin de l'après midi : nous ferons 36 kilomètres pour atteindre la Maison de la Forêt de Montlieu-la-Garde, point de départ d’une vélorution courte mais vallonnée. Le Bourg est coupé par la nationale 10, mais les organisateurs ont posté des bénévoles en gilets jaunes, équipés de panneaux de signalisation à tous les carrefours du circuit pour bloquer la circulation à notre passage.

Les travaux de la ligne LGV ont condamné certains carrefours routiers, ni les GPS ni Jean n'ont intégré tous ces changements. Le chantier perturbe aussi beaucoup d'exploitations agricoles qui ont été segmentées, entraînant beaucoup de nuisances : les remembrements ne sont pas toujours équitables.

Pendant le repas partagé, nous avons reçu la visite courtoise du jeune maire de la cité. Puis à table, Emmanuel, organisateur principal de la soirée et président de “Saintonge Boisée Vivante” (association locale de lutte pour l’environnement), nous explique son combat. Ce territoire, à la frontière de trois départements, est la cible de projets d’installation de décharges de tout type. Avec son association, il a réussi à bloquer plusieurs projets. Trois sites d’enfouissement se sont cependant installés et sont très proches du bourg. Cela entraîne notamment un risque de pollution des nappes phréatiques.

Nous discutons également avec Eric, qui a rejoint l'équipe du Tour. Ce militant marseillais est aussi membre de la coordination nationale de Eau Bien Commun. Au cours de la conversation, notre coéquipier exprime ses motivations pour participer au tour. Citoyen engagé et de sensibilité écologiste, Eric a vécu l'échec du sommet de Copenhague sur le climat. Dès qu'il a été informé que la COP21 se tiendrait cette année en France, il a naturellement marqué ce temps comme une période intense de mobilisation. Ayant conscience de l'urgence et de la gravité du changement climatique, il s'inscrit entièrement dans le message porté par Alternatiba. Ainsi, après avoir participé à la coordination du village des alternatives “Alternatibaïoli” à Marseille, il avait la volonté de rejoindre le Tour en faisant le plus d'étapes possibles, en fonction de ses disponibilités. Il a donc très facilement intégré l’équipe et apporte sa part de colibri dans la lutte pour le climat.  

 

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Les convives de la soirée finissant leurs agapes, la conférence va pouvoir commencer. Adrien, équipier régulier du tour mais en vacances actuellement dans la région, est venu faire la vélorution avec deux de ses amis. Il animera avec Barth la conférence qui se termine par de vifs échanges avec la salle autour de la thématique agricole. Il est temps pour nous de prendre le chemin de nos hébergements respectifs pour nous reposer afin que le Tour puisse continuer...    



Jour 99 - 11 septembre - Barbezieux / Angoulême

Nous quittons Montlieu-la-Garde de très bonne heure sous la brume du petit matin, puis entamons notre traversée de la Charente par un itinéraire des plus plaisants : celui de la coulée verte, une piste cyclable qui nous fait traverser des paysages de forêts verdoyantes aux fortes odeurs d'humus… quel régal !

Sur notre chemin, deux arrêts en matinée ; d'abord à Baignes, où nous sommes escortés par une quinzaine de cyclistes jusqu'à la place du village. La municipalité nous y accueille avec une collation, et Barth en profite pour remettre le Pacte de Transition au Maire de Baignes. Ce dernier était déjà au fait de ce document, élaboré par Alternatiba et le Collectif pour une Transition Citoyenne : véritable outil visant à inciter les collectivités territoriales à s'engager sur plusieurs alternatives au changement climatique. Nous insistons sur le fait que nous suivrons les engagements pris par la commune de Baignes, qui semble déjà très sensibilisée par le travail des citoyens locaux engagés, et travaillant déjà avec des associations comme les Incroyables Comestibles. Ces derniers font un important travail en se réappropriant l’espace public et en le transformant en jardin potager géant et gratuit, la nourriture à partager devenant une ressource abondante alimentée par tous et offerte à chacun. “Si chacun fait sa part, on change la ville. ET SI ON S’Y MET TOUS, ON CHANGE LE MONDE !” : bravo à eux !  

 

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Nous poursuivons ensuite notre chemin jusqu'à Raignac où d'autres cyclistes nous rejoignent encore. Il faut dire que l'étape-midi du jour est organisée par différentes personnes issues d'associations locales comme le groupe Barbezieux en Transition, les Incroyables Comestibles, ATTAC, etc., tous fédérés autour du projet du Tour Alternatiba et de notre passage dans la région. Notre joyeuse troupe arrive donc à Barbezieux pour une vélorution qui croisera de bien curieux personnages, un peu « perchés » : ce sont les échassiers de la troupe Scènes en chantier ! Nous sommes accueillis par le maire de la commune, à qui nous ne manquons pas de remettre le Pacte de Transition afin qu’il étudie les engagements à prendre en conseil municipal. Là aussi, nous resterons vigilants quant à l'évolution de leur réflexion.  

 

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Nous prenons une pause déjeuner très agréable nourrie de discussions alternatives avec les acteurs locaux, mais soudain, nous sommes interrompus par un énergumène affublé d'un chapeau haut de forme et d'un grand manteau : le « Pape 40 » de la Très Sainte Église de la Consommation ! Il vient avec la volonté de nous remettre sur le droit chemin, clamant que le bonheur, c'est maintenant et tout de suite, dans les supermarchés ! Et aussi dans les paradis fiscaux ! L'unique voie qui apaisera nos âmes, la seule foi possible, c'est bien sûr celle de la croissance ! L'assemblée est hilare car c'est encore un coup des comédiens de la troupe Scènes en chantier ! Les saints préceptes du consommateur ? Consommation, publicité, croissance ! En choisissant le chemin de l'ironie et de la dérision, ce personnage met en évidence tout ce que nous combattons, tout ce discours « croissantiste » qui tente de persuader la population que la seule issue pour affronter la crise économique actuelle serait de consommer à outrance, à crédit, pour relancer une croissance qui ne sert pourtant qu'à continuer d'enrichir les plus riches aux dépends du plus grand nombre. A contrario, nous portons les idées de la sobriété heureuse ; les ressources de la planète sont limitées, nous devons donc limiter notre consommation. Nous devons aussi mieux répartir les richesses. L'emballement climatique qui nous guette, conséquence dramatique de l'activité humaine et du modèle de développement qui s'est imposé depuis la révolution industrielle, est en train de perturber en profondeur le climat de la Terre. Les alternatives au changement climatique existent ! Le Tour Alternatiba les met en avant chaque jour, à chaque étape de notre itinéraire, et continuera jusqu'à Paris, où nous arriverons le 26 septembre, date de la journée de la Transition. Relocalisation de l'économie, agriculture locale, paysanne et durable, sobriété énergétique et énergies renouvelables, réparation, recyclage, réutilisation, alternatives au tout voiture et au tout routier, commerce et artisanat de proximité : les solutions existent !

Les dirigeants du monde entier devront aussi nous entendre lorsqu'ils se réuniront pour la COP21 (sommet onusien pour le climat) du 30 novembre au 11 décembre à Paris ! Changeons le système, pas le climat ! Ce slogan fera finalement fuir le “Pape 40”...

Après ce très agréable moment de détente, nous reprenons notre route avec un peu d'émotion pour l'un d'entre nous : Cédric, compagnon Emmaüs du village de Lescar Pau, est en effet né à Barbezieux, a grandi à Angoulême, puis a vécu à St Saturnin, petit village sympathique que nous traversons en pédalant ! C'est l'occasion pour lui d'évoquer son parcours : après avoir travaillé 15 ans dans le domaine de la chimie industrielle à Angoulême, ce militant du Tour Alternatiba a opéré un virage à 180° dans sa vie. En effet, ce type d'activités est maintenant pour lui à l'opposé de ses idées, Cédric ayant pris conscience des enjeux climatiques et de la nécessité de s'engager dans la transition écologique et sociale, ce qu’il fait au sein du village Emmaüs de Lescar. Ce village est un partenaire important d'Alternatiba, et une véritable entraide s'est instaurée au fil du temps : aide logistique importante, compagnons bénévoles pour nous aider dans les villages des alternatives, bénévoles pour le Tour Alternatiba. Beaucoup de liens d'amitié et de fraternité se sont tissés...

Puis, nous finissons par approcher d'Angoulême en longeant la Charente, par la « coulée verte » qui borde cette magnifique rivière. Difficile d’imaginer que ce si beau cours d'eau soit aussi la rivière la plus polluée de France, infectée par les pesticides utilisés dans l’agriculture, notamment dans la culture de la vigne...  

 

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L'étape du soir fut vraiment appréciée par tout le groupe : une arrivée conviviale, une très bonne organisation, fruit du travail de l'association locale des Petits Débrouillards et de la MPP (Maison des Peuples et de la Paix). Constituée autour d’une Charte et d’un lieu ouvert à tous, la MPP est un collectif d’associations et de personnes. Isabelle en parle avec ferveur : la MPP propose des actions tout au long de l’année, dans ses locaux ou à l’extérieur, pour développer l’éducation au développement, diffuser la solidarité locale et internationale, promouvoir l’égalité et la lutte contre toutes les discriminations et lutter pour un monde de paix.

C’est dans ce lieu que se déroule ensuite notre conférence. Chacun d'entre nous aura noté la grande forme de Barth, qui a été exceptionnel lors de son exposé-débat sur la question climatique et les alternatives écologiques : drôle et pertinent, le public fut comblé ! Puis la fin de soirée fut festive avec des concerts de groupes de musique locaux (à noter que l’une des chanteuses n'est autre que Barbara, organisatrice de l'étape, membre des Petits Débrouillards et notre hôtesse pour la nuit!). Bravo à tous les bénévoles qui ont participé à l'organisation de cette escale charentaise et qui nous ont si bien accueillis !    



Jour 100 - 12 septembre - Echoisy / Courcôme

Nous quittons Angoulême sous la pluie ce matin. En partant de la place Marengo, dans les hauteurs de la ville, ce sont les muscles de nos mains, bien serrées sur les freins, que nous sollicitons le plus. Nos visages arborent cependant des sourires radieux : la journée annonce une belle panoplie d'alternatives. D'une part, et c'est une première, l'équipage des triplettes est 100% féminin ! Voilà de quoi renverser la tendance générale et tordre le cou aux préjugés sexistes. D'autre part, nous allons voir qu'un nouveau modèle d'agriculture se dessine au dans la campagne Charentaise.  

 

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Aujourd'hui c'est samedi, et c'est la fête à la ferme d'Yvonne. Se déplaçant d'écoles en marchés, de centres de loisirs en maisons de retraite, cette ferme pédagogie itinérante met en lumière les réalités qui se cachent derrière les produits que nous consommons et l'impact de nos choix quotidiens, elle promeut les circuits courts. La grande Foire du partage organisée à son initiative aujourd'hui à Echoisy réunit plus de 80 personnes de tous âges et différents acteurs d'un territoire rural en transition... dans une logique d'échanges d'autant plus riches qu'ils sont gratuits !  

 

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La ferme écologique et biodynamique Sani&co avait mis en place un troc de graines et de plantes, pour permettre à tout un chacun de cultiver son jardin de manière indépendante, en court-circuitant les logiques du marché. Avec un atelier de confection d'un "massif chaise longue" on a par ailleurs appris comment faire pousser des vergers et des potagers en économisant au maximum nos forces et nos portemonnaies. Inspirée de la permaculture, cette technique repose sur un généreux paillage qui favorise la vie des sols : insectes, champignons et microorganismes travaillent à notre place, pour des cultures évoluant au sein d'écosystèmes saints et vivaces, sans produits chimiques issus du pétroles, faiblement émettrices de gaz à effet de serre.

Une gratiferia géante mettait à disposition vêtements, livres, mobiliers et trucs de récup en tout genre. Réutiliser plutôt que d'acheter du neuf, voilà un moyen des plus efficaces pour réduire son impact écologique !

Les enfants n'étaient pas en reste : entre confection de bracelets en laine naturelle et locale, balades contée, tatouages à l'ocre ou atelier de jonglage, ils n'ont pas eu besoin de jouets made in l'autre bout du monde ou d'écrans numériques pour passer un bon après midi.

Des relais locaux de la Nef et de l'association Bio Consom'acteurs présentaient quand à eux leurs activités. Membres du Collectif pour la Transition citoyenne, ces structures développent de l'échelle locale au niveau national la finance solidaire pour l'une et une alimentation basée sur l'agriculture locale, équitable et biologique pour l'autre... Des initiatives à découvrir dans notre best seller de l'été, le livret Alternativez-vous.

Après un repas gargantuesque de produits offerts par les paysans du coins, et un moment d'échanges avec le public autour de ce qu'implique un changement de cap sur le plan personnel, nous avons repris nos triplettes.  

 

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Nous nous sommes rendus cet après midi à la ferme de Florence, Baldo et leurs enfants. La famille produit et transforme des céréales bio, et les produits sont ensuite écoulés en vente directe sur les marchés. N'ayant pas les moyens d'acheter de grands hectares de champs dans un pays où le prix du foncier est très élevé, Florence et Baldo ont pu s'installer aux Marchis, près de Courcôme, grâce à Terre de Liens. Pour cette association, société foncière de finance solidaire et fondation, également membre du Collectif pour une Transition citoyenne, la terre est un bien commun. Et parce que les problématiques agricoles sont l'affaire de tous et non seulement des paysans, Terre de liens permet de créer des groupes locaux qui investissent dans l'achat de terres et y installent des paysans en bio, elles sont de ce fait durablement extraites du marché.  

 

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Cerise sur le gâteau, le Bio d'ici, association de producteurs du Nord Charente et la Confédération paysanne nous avait préparé une excellente soirée ! Après un copieux repas végétarien de produits on ne peut plus frais, Barth a pris le micro pour animer notre conférence quotidienne sur l'urgence climatique et les alternatives citoyennes qui construisent partout une société plus humaine, plus soutenable, plus désirable. Puis Benoit Biteau a parlé de l'impact de l'agriculture industrielle sur le changement climatique et de l'alternative paysanne.

Après une telle journée, nous avons tout naturellement rejoint notre lieu d'hébergement, chez André Puygrenier... un des premiers faucheurs d’OGM et fondateur de collectifs de vigilance OGM et pesticides !

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