Sortir des énergies fossiles… et du nucléaire !

Aujourd'hui pour les cyclistes, c'est journée sans pédaler ! L'occasion pour nous de discuter de notre arrivée en région parisienne : dans moins d'une semaine nous débarquons à Rambouillet, dans dix jours sur la place de la Republique, et nous vous avons préparé un programme du tonnerre ! Jour 104 - 16 septembre - Journée sans pédaler (Tours)

Aujourd'hui pour les cyclistes, c'est journée sans pédaler ! L'occasion pour nous de discuter de notre arrivée en région parisienne : dans moins d'une semaine nous débarquons à Rambouillet, dans dix jours sur la place de la Republique, et nous vous avons préparé un programme du tonnerre ! Jour 104 - 16 septembre - Journée sans pédaler (Tours)

 

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... Ainsi que de vaquer à nos diverses occupations : mécanique, gestion des stocks, courses alimentaires, plongeons dans les boîtes mails, prise de rendez-vous avec la presse. Le tout sous des trombes d'eau ! Heureusement les organisateurs d'Alternatiba 37 avaient gardé un œil sur la météo, car pour eux aujourd'hui c'est le grand jour. Projections, conférences, et présence de nombreuses associations munies de leurs alternatives animent de vifs échanges sous la yourte dressée par les bénévoles d'Alternatiba sur le place Anatole France de Tours.

Pendant ce temps là, à la fac des Tanneurs, l'écologue Sébastien Moreau partage avec nous son expérience dans une conférence intitulée « Adieu poubelle ». Fatigué des nombreuses contradictions se faisant jour entre ses convictions profondes sur la nécessité de limiter l'impact de l'homme sur l'environnement et son mode de vie au quotidien à Tours, il a décidé de se lancer un pari fou : ne plus produire de déchets ! Enseignant en écologie organique à l'Université de Tours, les paroles délivrées aux étudiants durant ses cours n'étaient pas en accord avec ses actes, une fois le travail terminé, et cela ne pouvait plus durer... mais comment s'extraire de la grande machine à polluer ? Est-ce possible ? Déterminé, Sébastien s'est lancé avec opiniâtreté dans l'aventure, qu'il partage avec le public... et nous donne envie de nous lancer !  

 

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Commençant par composter ses déchets organiques chez lui, il a ensuite décidé de se débarrasser des différents déchets en plastique, carton, métal, etc. de la plus simple manière, en cessant d'acheter des produits emballés et suremballés ! Cela implique de changer son (ou sa) mode de consommation, en limitant les achats dans les grandes surfaces et autres commerces où les emballages sont inévitables et de privilégier les produits non transformés.

Sébastien a alors décidé de privilégier les marchés, Biocoop, AMAP, producteurs et artisans locaux. Il part faire ses courses avec des sachets réutilisables, les stock dans des bocaux et des boîtes... Tout cela demande du temps, de l'organisation, de l'anticipation et des efforts, et ce pour l'ensemble de la famille, car Sébastien a entraîné sa femme et ses enfants dans l'aventure ! Changer ses habitudes n'est simple pour personne, prend du temps... Mais les efforts sont rapidement récompensés : au bout de six mois, la famille a réussi à diminuer de 99.9 % la quantité de déchets produits ! Défi relevé !

Produire, traiter et recycler les emballages des produits que nous achetons au quotidien coûtent cher, très cher ! Cela demande une quantité importante de matières premières, d'énergie, de transports, de coûts marketing, qui se répercutent sur le prix d'achat et sur notre environnement ! En parallèle, Sébastien a donc réalisé une analyse économique de ce nouveau mode de consommation en comparant ses dépenses sur une même période de six mois. Consommer local et sans déchets, est-ce économique ? Résultat : les efforts entrepris ont permis de réaliser une économie d'environ 30 % sur mes dépenses alimentaires... Bon pour le porte-monnaie et pour la planète, la vie sans déchet c'est chouette !

Merci à Sébastien pour son travail de défrichage, d'autres infos sont disponibles sur le site Zero Waste... et merci au collectif d'Alternatiba Tours pour son accueil !    



Jour 105 - 17 septembre - Amboise / Blois

Nous partons de Tours sous un ciel couvert, accompagnés d'Antoine, un de nos hôtes et Sylvain, notre guide en Touraine. Nous longeons les bords de la Loire, et traversons des vignes sous quelques gouttes.

Nous arrivons pour la pause du midi à Amboise, où nous sommes accueillis par divers associations : CCFD Terre Solidaire, ATTAC, Greenpeace et une AMAP. Quelques mots échangés avec Simon, l'un des organisateurs de l'étape, permettent de mettre en lumière quelques alternatives en marche dans cette région surnommée le « jardin de la France ». Au delà, d'un réseau d'AMAP fourni et d'une dynamique de conversion en bio des vignes, des militants sont en train de mettre en place une monnaie locale et complémentaire en Val de Loire. D'ailleurs, le collectif ouvre la participation à toutes et tous pour trouver le nom de cette future monnaie.

Simon évoque également l'association Virage Energie Centre Val de Loire (VenCVL). Le but de l'association est de construire et de promouvoir un scénario de transition énergétique en Région Centre, sobre en carbone, 100 % renouvelable et sans nucléaire. En avril 2015, elle a ainsi publié un scénario de transition énergétique : Réussir la transition énergétique en région Centre – Val de Loire, vers un scénario 100 % renouvelables en 2050. Ce document s'attache à entraîner une réflexion sur la faisabilité technique de la transition et ce qu'elle implique pour la population et les entreprises, tout en s'appuyant sur des données régionales et techniques. L'association conclue à trois attitudes fondamentales pour la mise en œuvre de cette transition énergétique : s'obliger à regarder loin pour anticiper les évaluations des impacts futurs de nos choix collectifs ; s'obliger à viser 100% d'énergie renouvelables en 2050 ; s'engager dans un effort de planification de projet où l'écriture d'un scénario déboucherait sur un véritable « Plan guide » prescriptif, mais avant tout mobilisateur et rassembleur. VEnCVL a d'autres objectifs tels que l'étude les moyens à mettre en œuvre pour permettre la sortie du nucléaire et le démantèlement complet des installations nucléaires de la Région Centre entre 2030 et 2050 ; la quantification des moyens à mettre en œuvre pour diminuer les consommations d'énergie et substituer des énergies renouvelables et propres aux énergies fossiles dangereuses pour la santé et l'environnement. Cette association vise ainsi à promouvoir et mettre en œuvre les alternatives possibles en informant, sensibilisant, interpelant les citoyens, les autorités publiques, les élus et les acteurs privés. Autant d'éléments qui annoncent notre passage à la centrale de Saint-Laurent-Des-Eaux prévu le lendemain.

Cette pause est également l'occasion d'échanger avec un citoyen militant ayant porté le Pacte de la Transition à Reugny (commune à 20 km au Nord de Tours) où le conseil municipal est dans une bonne dynamique. À ce jour, le pacte a été proposé à la municipalité par quelques personnes. Cependant, le collectif est ouvert à toutes et tous et, dans l'esprit d'Alternatiba et du Collectif pour une Transition Citoyenne, son rôle est d'accompagner la réalisation des mesures choisies par la municipalité. Cette commune hors TAFTA s'est engagée, par exemple, dans une démarche d'une restauration scolaire locale presque 100% bio, ou dans la mise en place d'un chemin vert pour aller à l'école de manière sécurisée.  

 

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Après un bel aperçu d'initiatives porteuses de changement, nous reprenons la route des bords de la Loire. Nous sommes rejoins à la ferme du Petit Villesablon à Chailles par les membres de l'association Sologne Nature et Environnement. Ces derniers ont fait 40 km pour faire la vélorution des derniers kilomètres jusqu'à Blois avec nous, où nous étions plus de 130 à scander : « Changeons le système pas le climat ! ».    



Jour 106 - 18 septembre - Beaugency / Orléans

Après une nuit royale à Blois, dans une immense maison du début du XVIIème siècle en face de la cathédrale Saint-Louis, nous voilà engagés sur la Loire à vélo en direction de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux. Les péripéties ayant suivi notre prise de position contre l'énergie nucléaire à Fessenheim sont loin d'avoir découragé notre détermination, au contraire, elle met en évidence un tabou que nous voulons briser. Notre passage par Saint-Laurent est donc l'occasion de dénoncer une fois de plus l'usage de l'énergie atomique, fausse solution au problème climatique aussi bien qu'à celui du chômage ou à l'indépendance énergétique de la France, vœu pieu des origines. Plutôt que d'enrichir de l'uranium ou du mox, ressources fossiles, enrichissons nos quotidiens en adoptant des modes de vies plus sobres et en développant le renouvelable !  

 

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Invitant à ce changement de nos modes de consommation, Txetx, éloquent cycliste du Tour, a également exhorté les décideurs politiques à rediriger les sommes toujours plus exorbitantes d'argent public investi dans le développement du parc nucléaire français vers une transition énergétique viable, à l'image de celle que propose le scénario Negawatt. Le choix du nucléaire s'est toujours fait au détriment de solutions plus durables et il est temps que cela cesse !

Les représentants locaux des réseaux "Sortir du nucléaire" et "Fukussenheim" ont alors appelé à une fermeture, la plus rapide possible, de la centrale de Fessenheim, rappelant qu'il s'agit là d'une promesse de campagne de François Hollande. La vétusté de la centrale démultiplie la dangerosité inhérente à la technologie nucléaire, état de fait que les habitants Saint-Laurent-des-Eaux connaissent bien.  

 

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Ici, on a effectivement frôlé la CATASTROPHE à deux reprises, la première en 1969, la seconde en 1980. Erreur humaine pour l'une, problème de maintenance pour l'autre, le résultat est le même : à deux reprises, un réacteur est entré en fusion. Les réactions en chaîne ont été arrêtées avant qu'une explosion ne se produise, mais, classé dans le top 10 des plus graves accidents nucléaires au monde, l'événement de 1980 a eu pour conséquence la contamination du milieu environnant - 50 kilogrammes d'uranium ont fondu en quelques secondes. Dans son film documentaire diffusé dans le magazine Spécial investigation sur Canal plus, Jean Baptiste Renaud a récemment mis en image l'omerta qui règne sur la gestion du nucléaire : il révèle que suite à cet accident du plutonium radioactif a été rejeté dans la Loire et dans le plus grand secret, pendant 5 ans - polluant ses écosystèmes pour une durée de 25 000 ans. Représenté par Stéphane Lhomme, l'Observatoire du nucléaire a de ce fait porté plainte contre EDF et Marcel Boiteau, son dirigeant d'alors.  

 

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La gestion des centrales et des déchets radioactifs dans un monde au climat déstabilisé sera toujours plus périlleuse. Nous ne pouvons plus attendre pour nous tourner vers les énergies renouvelables, notamment en changeant de fournisseur d'électricité, pour Enercoop par exemple. En longeant la Loire sur moins de 300 kilomètres, de Belleville à Chinon, en passant par Dampierre et Saint-Laurent, quatre centrales comptant plusieurs réacteurs sont refroidies par les eaux du fleuve. Compte tenu de ses crues, soumises aux aléas climatiques, et de la difficulté à accéder à une information fiable et transparente, les inquiétudes des riverains vont grandissantes. Ils se mobilisent pour faire monter la pression sur les autorités et enfin amorcer la fermeture du parc nucléaire français... rejoignons les !

Par ailleurs, alors que vous lisez ces lignes, l'accident de Fukushima continue de faire des ravages. Pour rester informé sur le développement de la propagation de la radioactivité au Japon et dans le monde suite à l'accident, voici un blog assez précis et exhaustif.  

 

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A la pause de midi nous avons été merveilleusement bien reçus à Beaugency par les élèves de plusieurs classes allant de l'école primaire au lycée, par de chouettes associations, par David Faucon, le maire de cette commune engagée dans la démarche TEPOS déjà engagée dans la transition, ainsi que le Pays Loire Beauce. Au total plus de 200 personnes, en grandes majorité des jeunes ont suivi avec attention divers témoignages sur le changement climatique et les diverses alternatives permettant d'y faire face, pendant plus d'une heure.

Après avoir pédalé aux côtés des lycéens les plus motivés sur une dizaine de kilomètres, nous sommes arrivés à Orléans, au Campo Santo. Les bénévoles d'Alternatiba Loiret étaient en pleine préparation de leur Village des alternatives qui avait lieu le lendemain, samedi, et notre arrivé a fait office de préambule à cette belle journée !  

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Après plusieurs prises de paroles, un chant collectif de l'hymne du Tour et un topo sur l'urgence climatique devant les 155 personnes présentes à l'arrivée du Tour, Benoit Thévard a pris le relai des cyclistes pour sa conférence "Un avenir sans pétrole".

Notre modèle de société basé sur une croissance économique fortement énergivore entraîne en quelques années des changements équivalents à ceux s'étant produits sur Terre de l'ère glacière à l'ère industrielle. Si nous voulons contenir ces perturbations et tenter de préserver la viabilité de notre planète, il nous faut dès à présent diminuer par deux notre consommation d'énergie. C'est avec ces constats que démarre la démonstration de Benoit Thévard. Pour cet ingénieur membre de l'Institut Momentum, le défi est d'avantage culturel et social que technologique, et seuls nos changements de comportements et nos efforts pour réduire notre dépendance énergétique permettront aux générations futures de voir le jour.

Il nous faut donc bien vite définir un nouveau projet de société et nous affranchir de nos modes de vie emprunts de "pollution cachée". Comprenons bien en effet que la multiplication des appareils de technologies de l'information comme les ordinateurs, tablettes et smartphones entraînent une hausse considérable de la consommation en énergie. Un smartphone nécessite autant d'énergie qu'un réfrigérateur. L'envoi d'un mail avec une pièce jointe d'un mégaoctet consomme l'équivalent d'une ampoule de 24W pendant une heure. Le téléchargement d'un film en HD à l'aide d'une connexion wifi consomme pour sa part autant d'énergie que la confection d'un DVD et son envoi par la poste.

Aussi, nous apprenons que 118 cyclistes devraient pédaler en continu pour produire l'énergie qu'utilise en moyenne un français en une année... Pour nous qui avons parcouru plus de 5 000 kilomètres, cette équivalence est frappante. Sans attendre que les ressources de la Terre ne s'épuisent totalement, prenons ensemble le chemin de la sobriété énergétique et rejoignons les milliers de personnes qui réduisent dors et déjà leur empreinte sur la Terre, au quotidien !

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