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Billet de blog 10 avril 2016

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La machine à broyer les perdants

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Gagner, c’est survivre.

La société a ses règles. La première est -- attention : en cas de force majeure, on n’est pas des sauvages tout de même ! --  de sacrifier les perdants.

C’est comme ça, et c’est d’une férocité extrême sous des dehors policés. On subit cette violence, on étouffe, jusqu’au jour où quelqu’un de plus doué émerge de la masse, et crie sous les vivats  que les dés sont pipés et que la farce a trop duré. On l’applaudit, on pleure ; on rit, on revit : alléluia ! On va gagner ! Un nouveau chef  est né !

Le piège s’ouvre.

L’image du chef est une image guerrière -- l’instinct de guerre est animal. Le chef protège la meute en l’organisant contre l’extérieur et assure la reproduction tout en gérant les conflits internes qui menacent la stabilité. Quelques dizaines de siècles de civilisation n’ont pu effacer ce schéma, gravé par des millions d’années de lutte pour la survie.

Le bon chef  peut être tendre, cruel, pacifique, violent, juste ou injuste… On peut apprécier sa tendresse ou sa justice, redouter sa cruauté ou sa violence : on admire et respecte son efficacité.  Le bon chef sait ; il sait gagner. Pour ça,il doit convaincre. C’est à dire faire école. La marque de son charisme, la preuve de son influence, résident dans sa capacité à savoir entraîner les autres dans des activités qu’ils n’auraient pas spontanément placées en tête de leurs priorités, pour atteindre un objectif qu’ils croient semblable au sien. 

Le piège se referme.

Tous, dans toutes les chapelles, du haut en bas d’une hiérarchie composée de bons et de mauvais chefs, de légitimistes et de contestataires, s’entraînent bientôt mutuellement dans une spirale de tâches unanimement jugées vitales ; un engrenage écrasant les plus faibles en donnant l’illusion aux plus forts qu’ils n'y sont pour rien.

Avec ce constat effrayant : plus on lutte, plus on s’unit, plus on conçoit d’alternative au système, et plus il prospère. Il engloutit goulûment toute activité nouvelle, la rumine, puis la recrache en un regain d’énergie tourbillonnante, sous les hourras des primates grisés par l’accélération et le rire grinçant de la machine à broyer.

Comment s’extraire de cette logique épuisante ?

Sans fonder de nouvelle école, sans bâtir de nouvelle église, sans lever de nouvelle armée ?

En tranchant le nœud gordien.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.