JADE, la journée de la femme a bon dos: un appel à témoigner !

Le 08 avril prochain, un mois jour pour jour après les célébrations de la Journée Internationale des Droits des Femmes, les élu.e.s de la commune de La Courneuve en Seine-Saint-Denis seront invités à voter une subvention au bénéfice de l'association JADE (Jeunes Actions Dialogues Entreprises).

Une structure associative d'insertion sociale et professionnelle qui depuis 1988 à La Courneuve, accompagne les personnes en difficultés. Pour cela, JADE dispose de plusieurs agréments étatiques (agrément ACI/agrément auto-école associative) lui conférant auprès des financeurs publics une situation quasi monopolistique autour des problématiques et marchés portant sur l’insertion professionnelle en Seine-Saint-Denis avec un budget qui avoisinait le million d'euros en 2018 et en 2019.

Mais depuis plusieurs mois, c'est sur le volet judiciaire qu'est confrontée l'historique association courneuvienne.

En effet, l'association JADE se retrouve empêtrée dans des affaires de soupçons d'agressions sexuelles et dysfonctionnements graves en lien avec la gouvernance de l'association, mettant ainsi à mal sa structure comptable et financière.

Deux femmes en situation de fragilité sociale et anciennes bénéficiaires de l'association accusent un moniteur de conduite auto-école d'agressions sexuelles. L'une des victimes affirme avoir alerté les responsables et administrateurs de la structure en vain.

D'après nos informations corroborées par une déclaration de 30 pages envoyée le 31 août dernier par le directeur de l'association et lanceur d'alerte [licencié suite à la révélation de cette affaire] transmise à l'ensemble des financeurs publics de l'association (État, Département de la Seine-Saint-Denis, EPT Plaine Commune et ville de La Courneuve), les co-présidents de l'association ainsi que l'emblématique directrice de la structure auraient manœuvrés afin que l'affaire soit réglée en interne. Un mémoire a également été adressé par le directeur de la structure à ces mêmes partenaires institutionnels.

C'est d'ailleurs au titre de l'article 40 du code de procédure pénal que l'édile de La Courneuve, Gilles POUX (PCF/LFI) destinataire de ces correspondances, fera en septembre 2020 un signalement au Procureur de la République ainsi qu'à la Préfète déléguée à l'égalité des chances de la Seine-Saint-Denis.

Un positionnement appuyé par la consigne donnée par l'édile aux services municipaux en lien avec l'association, de ne plus orienter jusqu'à nouvel ordre de jeunes vers JADE.

Selon les témoignages d'une des victimes recueillis par France Bleu, lorsqu'elle débute ses cours de conduite avec le moniteur mis en cause, au début, tout se passe normalement, dit-elle. Mais "au fur et mesure, ça se dégradait avec des propos très déplacés qu'un moniteur ne devrait pas tenir, par exemple : 'Quand je couche avec ma femme je pense à toi'". Une compagne qui serait inspectrice dans un centre d'examen du permis de conduire du département, selon Claudia. "Il sous-entendait qu'il pouvait faire en sorte qu'on ait le permis si on couchait avec lui", affirme la jeune femme. Et puis, il y a ces gestes, alors qu'elle est au volant : "des caresses à l'entrejambe, sur les avant-bras, des bisous dans le cou". 

Un jour, en voiture, ils s'arrêtent devant une maison à Drancy. Le moniteur lui dit qu'il doit récupérer un panneau d'auto-école et l'invite à entrer. À l'intérieur, "il s'est préparé un café, il s'est assis en face de moi et il a essayé de m'embrasser. Je l'ai repoussé, je me suis levée, il m'a attrapé les deux avant-bras pour me ramener vers lui, pour me forcer", se souvient Claudia.

Suite aux deux plaintes, le moniteur a été déféré au parquet le 10 novembre dernier pour des faits "d'agression sexuelle par personne ayant autorité au préjudice de deux victimes", pour "des faits commis à Drancy et à La Courneuve entre 2016 et 2020", confirme le parquet de Bobigny. Il a été placé sous contrôle judiciaire en attendant son procès le 16 avril prochain

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/tout-le-monde-savait-accusations-d-agressions-sexuelles-au-sein-de-l-association-jade-a-la-courneuve-1617314880

Depuis les informations diffusées par France Bleu, la parole s'est quelque peu libérée et salariés et anciens bénéficiaires de la structure décrivent alors unanimement des dysfonctionnements internes et des agissements "approximatifs" de la part de l'ancienne directrice et des co-présidents de l'association.

Des accusations d'agressions sexuelles, de harcèlement moral au travail, de discrimination sont tant de griefs portés aujourd'hui à l'encontre de JADE.

L'exemple de Rachida* en est un: "J'ai passé mon permis là-bas et à l'époque ils m'ont dit de retirer mon voile pour l'examen car c'était une honte pour eux de m'envoyer ainsi. J'ai alors tenu tête à la Directrice de l'époque. J'avais négocié et au final elle m'a dit OK pour le voile mais pas noir."

Parallèlement, c'est la situation des lanceurs d'alertes qui interpelle. Tout d'abord le désormais ex-directeur de l'association qui suite à la dénonciation de cette affaire par ses soins, a brutalement été remercié. Licencié pour faute grave, sans préavis ni indemnités de licenciement, il sera de facto empêché de participer à l'audit mandaté par les services de l’État. Une procédure prud’homales serait en cours à l'encontre des co-présidents et du conseil d'administration de l'association.

Un conseil d'administration alors co-géré par des proches de la l'ancienne directrice et étroitement lié aux financeurs publics de par leur engagement respectifs au sein d'associations nationales :

Mais également, celle d'un salarié moniteur de conduite auto-école qui lui aussi lanceur d'alerte, serait en voie de licenciement. Ce dernier ayant également la particularité d'être un élu de l'actuelle majorité municipale de La Courneuve qui comme évoqué plus haut s'apprête à voter un financement à hauteur de 22 000 euros au bénéfice de...son (bientôt) ex-employeur JADE. Une association qui n'aurait à ce jour formulé aucune demande de financement auprès de la ville. Les partenaires institutionnels s'étant positionné pour un soutien d'office à l'association sous certaines conditions.

De l'autre côté, le conseil départemental assure de son côté avoir suspendu le versement de sa subvention pour 2021, tant que ces mêmes conditions ne sont pas remplies. Un positionnement à minima ambivalent et au pire contradictoire qui pourrait s'expliquer par l'imminence des prochaines élections départementales de juin prochain. Le Département étant le second plus gros financeurs publics de l'association après l’État.

Alors non, vous ne rêvez pas: le conseil municipal de La Courneuve s'apprêterait donc à voter une subvention en faveur d'une association dont un des salarié est accusé d'agressions sexuelles sur des jeunes femmes en situation de fragilité sociale; une association dont le déséquilibre financier résultant conséquemment d'une gestion opaque de la structure confirmé par un audit mandaté par les services de l’État et le tout en présence d'un collègue élu de la majorité municipale, victime collatérale des agissements de la dite association dont il fut l'un des premiers à dénoncer les faits et dont il serait en cours de licenciement.

Une situation paradoxalement ubuesque tant la commune de La Courneuve a fait des violences faites aux femmes l'un de ses plus farouches combats.

C'est pourquoi, nous interpellons l'ensemble des conseillers municipaux de La Courneuve, le Maire Gilles POUX (PC/LFI) et le Président du Conseil Départemental et conseiller municipal de la majorité, Stéphane TROUSSEL (PS) afin que:

  • l'association JADE soit retirée de la liste des attributions des subventions aux associations socioculturelles 2021
  • soit créé un dispositif de soutien aux lanceurs d'alertes
  • soit lancé un appel à témoins recensant d'ancien.ne.s bénéficiaires et victimes présumés d'agressions sexuelles de l'association JADE

Des Citoyen.ne.s vigilant.e.s & engagé.e.s !

(* les prénoms ont été modifiés)

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