Loi contre le «séparatisme»: un vote indigne!

La Seine-Saint-Denis n’a semble-t-il pas le droit à la parole dans l’hémicycle d’une représentation nationale qui, force est de le constater, participe et alimente sa stigmatisation. Lettre ouverte aux parlementaires de la Seine-Saint-Denis qui ont décidé de s'abstenir ou de voter sciemment en faveur du projet de loi gouvernemental contre le « séparatisme ».

À Madame Marie-Georges Buffet et Monsieur Stéphane Peu du Parti Communiste Français (PCF),

À Monsieur Patrice Anato, Monsieur Stéphane Testé et Madame Sylvie Charrière de La République En Marche (LaRem),

À Monsieur Jean-Christophe Lagarde de l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI),

Chers parlementaires de la Seine-Saint-Denis,

Vous avez décidé de vous abstenir ou de voter sciemment en faveur du projet de loi gouvernemental contre le « séparatisme ». 

Au menu, le contrôle des cultes (plus précisément des mosquées) et des associations loi 1901 (contrat d’engagement républicain), l’abrogation des textes autorisant l'instruction en famille (sauf exceptions avec une accentuation des contrôles en prime), le renforcement des principes de laïcité et de neutralité des services publics (cantines, équipements sportifs...), des mesures accessoires et démagogiques contre les certificats de virginité ou la polygamie (déjà encadrées par les textes législatifs en vigueur), etc...sont autant d’amalgames, de stigmatisations et de restrictions de libertés dont vous avez décidé de valider l’esprit, le principe et l’application.

Assurément votre responsabilité de parlementaire est engagée et ce choix viendra indéniablement jeter un peu plus l’opprobre sur une population déjà excessivement discriminée et stigmatisée. 

Dans une société française qui plus que jamais a besoin d’apaisement, de sérénité et d’union autour de valeurs fortes, cette loi alimentera son effritement.

La Seine-Saint-Denis n’a semble-t-il pas le droit à la parole dans l’hémicycle d’une représentation nationale qui, force est de le constater, participe et alimente sa stigmatisation. 

Ce vote est indigne et à bien des égards, nous le réprouvons.

Nous voilà donc tous suspectés ? 

Hier tous trafiquants de drogue, aujourd’hui tous terroristes en puissance, qui œuvreraient en silence, s’infiltreraient dans le tissu associatif sportif, gagneraient la confiance des habitants pour mieux les endoctriner et établir à terme un califat dans le 9-3 ? Voilà en somme l’imaginaire d’extrême droite dans lequel vous vous êtes inscrits en votant cette loi.

En ratifiant cette conception inepte, liberticide et dévoyée de la laïcité, vous contrevenez complètement aux sains (et même saints) principes de la loi de 1905 portée en son temps par Aristide Briand, seule garante de la liberté de culte et de l’harmonie entre les différentes composantes religieuses et areligieuses de la Nation

Cette loi entérine la suspicion généralisée vis-à-vis de toute une partie de la communauté nationale, se traduira par encore plus d’exclusion et d’autoritarisme.

L’histoire retiendra cette infamie institutionnelle à laquelle sans ambiguïté, aucune, La Seine-Saint-Denis au Cœur fermement s’oppose.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.