Lutte contre la biopiraterie, ou comment associer les peuples primitifs à leur propre spoliation

La lutte contre la biopiraterie est devenue une des causes célèbres des défenseurs de la planète, de la biodiversité et de ceux qui militent contre la spoliation des peuples autochtones, des peuples indigènes, des peuples premiers, brefs des peuples qui tout simplement ne vivent pas (encore) selon le mode de vie des occidentaux.
MEP GREZE 140113 Biopiraterie © Catherine Greze
MEP GREZE 140113 Biopiraterie © Catherine Greze

La lutte contre la biopiraterie est devenue une des causes célèbres des défenseurs de la planète, de la biodiversité et de ceux qui militent contre la spoliation des peuples autochtones, des peuples indigènes, des peuples premiers, brefs des peuples qui tout simplement ne vivent pas (encore) selon le mode de vie des occidentaux. Associations de défense de l’environnement, partis politiques se sont lancés contre la spoliation de ces peuplades. On (les multinationales) leur vole leurs richesses et les capitalistes se font des millions de dollars de profits sur leur dos. Ils faut réagir et protéger ces malheureux incultes.

S’appuyant sur le Protocole de Nagoya sensé protéger la biodiversité, les nouvelles bonnes âmes aveugles entendent faire reconnaître les droits de propriétés des indigènes (une autre manière de les nommer). Une entreprise devra obtenir leur accord avant de pouvoir breveter et utiliser les plantes et leurs propriétés de manière commerciale. Cela rappelle étrangement l’appropriation du sol par les colons de toutes espèces.

« Dis voir grand chef, est-ce que tu peux nous vendre un million d’hectares de la terre sur laquelle toi, ta famille et tes copains vous habitez »

Le grand chef se gratte la tête et finit par dire « Pourquoi pas…. » et voilà je ne vous refais pas la conquête de l’ouest avec John Ford et John Wayne. Juste que les gens, avec des plumes sur la tête, ils ne connaissaient pas la propriété privée des sols, ils ne comprenait ni le concept, ni bien sûr les implications futures.

Aujourd’hui, les amis de indiens au lieu de lutter contre le brevetage du vivant (ils considèrent que c’est un fait acquis, sur lequel on ne pourra jamais revenir), placent tous leurs efforts pour que les indiens ou autres reçoivent une part du gâteau, des miettes, rien quoi, pour ne pas être volés.

Ce faisant, ils les poussent à participer à un crime : vendre ce qui ne leur appartient pas. La biodiversité des plantes amazoniennes n’appartient pas plus au chef du clan Watatapata des Yanomami qu’à Monsanto. La biodiversité n’appartient à personne. Elle bénéficie à tous, c’est son usage qui doit être libre.

Renversons la table. Imaginons un instant que l’empire Mandigue du Mali ait conquis la moitié de la planète, développé des technologies et roule maintenant en 4X4 sur toute la planète en quête de biodiversité. Ils arrivent en Europe ou les blancs vivent encore en tribus. Mamadou Coulibaly, qui connaît bien cette zone et parle un peu le dialecte de ces habitants, descend de sa bagnole et va vers un groupe d'hommes assis par terre dans un pré de montagne. « Eh, les gens, on m’a dit que la gentiane a des qualités digestives. Je vous propose un truc. Je trouve le gène qui fabrique la protéine digestive. Je pose un brevet dessus. Je dépose tout cela à la bibliothèque de Tombouctou et je vous reverse 1% des bénéfices générés par cette superbe découverte. Je reviens la semaine et vous direz quoi les faces de lune» 

Les mecs des Pyrénées se grattent la tête, crache par terre, comprennent qu’ils peuvent se faire un peu de tunes, après moultes réflexion et disent banco. La firme de Coulibaly développe un médicament à partir de cette molécule, se fait des bourses en or et envoie un peu d’argent chez les gens de Pyrénées qui ont accepté.

Les gens de l’autre vallée des Pyrénées, celle qui est juste de l’autre côté de la crête, finissent par apprendre au bout d’un certain temps qu’un brevet a été deposé sur la gentiane. « Eh merde alors, c’est vraiment des têtes de con, ils auraient pu nous en parler quand même, enfin puisque c’est fait, c’est trop tard, réclamons notre part ». Ils vont rencontrer leurs voisins. La discussion tourne au vinaigre. Avec leur massues ils tapent dans le tas, et repartent laissant deux cadavres pourrir dans l’herbe au milieu des jolies fleurs d'alpage.

Tout cela fait un peu de bruits, alors les tribus du massif central et celles du Jura veulent aussi toucher des royalties. Les voisins dans les Alpes se joignent à la plainte (les alpes de l’Italie à l’Autriche c’est assez grand) et tous ces braves gens s’empoignent, se haïssent, se détestent et se tappent dessus parce que d’une part :

  1. Pourquoi les zigotos des pyrénées ont vendu un truc qui ne leur appartenait pas ? Ils auraient pas du. A ça, non.
  2. Pourquoi, ils l’ont vendu si peu cher ?
  3. Pourquoi ils ne veulent pas partager la tune.

La zizanie est installée au cœur de l’Europe, et Mamadou Coulibaly s’en fout, lui son business tourne plutôt bien, merci.

Lutter contre la Biopiraterie en associant les peuples premiers (avant ils disaient primitifs) c’est faire un pas supplémentaire dans l’infamie en les rendant coresponsable de la marchandisation de la planète et tout cela pour des clopinettes. C’est tout simplement criminel, ignoble, stupide et détestable. 

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