Pérou. Assassinat de leaders indigènes d’Amazonie par de présumés bûcherons illégaux

Edwin Chota ©Photo Emory Richey

Edwin Chota © Emory Richey

Dans une zone reculée de l’Amazonie péruvienne, à la frontière avec le Brésil, quatre membres de la communauté Asháninkas ont été assassinés, selon les sources officielles. Ils auraient été victimes d’une embuscade. Parmi eux, l’activiste et chef de la communauté de l’Alto Tamayo-Saweto, Edwin Chota, connu pour son engagement depuis plus de dix ans dans la lutte contre l’exploitation illégale de bois et la défense de son territoire.

Une enquête est en cours pour déterminer les auteurs du crime, mais déjà les trafiquants de bois sont tenus pour responsables. Dans une déclaration à la presse, le Président Ollanta Humala affirme que « Les responsables sont apparemment des mafias qui ont des intérêts économiques dans la coupe illégale du bois; elles s’en prennent aux communautés qui ne font que protéger leur forêt. »

Menaces de mort répétées

Dans une interview accordée au New York Times l’an dernier, Edwin Chota avait déclaré craindre pour sa vie et celle des membres de sa communauté. « La justice n’arrive pas jusqu’où nous vivons, ils peuvent nous tuer à tout moment », avait-il dit. Edwin Chota se sentait en danger car il avait reçu à plusieurs reprises des menaces de mort. Il avait publiquement demandé la protection des autorités mais aucune mesure n’avait été mise en place.

Eduardo Vega, le Défenseur du Peuple (sorte de Médiateur de la République) affirme que « ces morts auraient pu être évitées. Nous ne voulons pas comprendre que ces populations sont vulnérables, abandonnées et quand nous, les autorités, sommes alertées [des dangers qu’elles encourent], notre réponse est très lente ».

Patricia Balbuena, vice-ministre de l’Interculturalité reconnaît pour sa part que dans ces « zones frontalières dangereuses » la police et l’armée sont absentes. « Cela doit changer », a-t-elle annoncée.

Dans quelles circonstances les leaders Ashaninkas ont-il été assassinés ?

Les faits remontent au 31 août, lorsqu’Edwin Chota et trois autres membres Asháninkas sortent de leur communauté de Saweto. Ils devaient rejoindre les dirigeants d’un autre village coté brésilien, à plusieurs jours de marche, pour tenter de trouver des réponses face au trafic de bois dans la zone, selon la BBC.

Mais sur le chemin, le 1er septembre, les quatre dirigeants indigènes sont assassinés dans circonstances encore non élucidées. Selon diverses sources et témoignages, ils auraient été ligotés et criblés de balles, sous les yeux de membres de la communauté.

Les veuves et villageois ont entamé une marche de trois jours le long du fleuve jusqu’à Pucallpa, la capitale régionale, pour prévenir les autorités et demander une enquête. 

L’Aidesep[1], la principale association péruvienne de défense des peuples indigènes, a dénoncée le laissez-faire des autorités et le peu de moyens engagés pour combattre les mafias. Aussi, elle demande des « sanctions sévères pour les responsables de ce crime » et exige que les autorités attribuent les titres de propriétés réclamés par les communautés natives amazoniennes, afin de d’empêcher les incursions de bûcherons sur leurs territoires.

Au Pérou, le trafic de bois a pris des proportions alarmantes. Selon une étude de la Banque mondiale datant de 2012, 80% du bois péruvien exporté proviendrait de coupes illégales. Les communautés indigènes amazoniennes sont directement affectées par ce trafic qui détruit leur habitat et leurs ressources. D’autant plus qu’elles sont victimes d’agressions répétées. En août dernier, une vingtaine d’indiens isolés non contactés ont fui vers le Brésil après avoir été attaqués, selon l’ONG Survival[2] par de probables bûcherons illégaux et trafiquants de drogue.

[1] Association Interethnique de développement de la jungle péruvienne

[2] ONG internationale de défense des peuples indigènes

Sources :

Ministerio de Cultura, http://www.cultura.gob.pe/es/comunicacion/noticias

Peú 21, http://peru21.pe/politica/humala-anuncio-investigacion-asesinato-cuatro-ashaninkas-ucayali-2198047

La República, El Comercio

Diario Correo, http://diariocorreo.pe/ultimas/noticias/10894283/politica/defensor-del-pueblo-reconoce-que-se-pudo-evi

The New York Times, http://www.nytimes.com/2014/09/11/world/americas/peru-investigates-the-killing-of-an-environmental-advocate.html?partner=rss&emc=rss&_r=2

BBC News, http://www.bbc.com/news/world-latin-america-29119833

The Guardian, http://www.theguardian.com/world/2014/sep/09/illegal-loggers-blamed-for-of-peru-forest-campaigner

Survival France, http://www.survivalfrance.org/actu/10399

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.