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Billet de blog 30 juil. 2019

Le taureau Ferdinand n'est pas une exception

Mardi 23 juillet, vers 7h30, un taureau s’est évadé de l’abattoir de Meaux. Notre système en avait décidé autrement, Ferdinand devait mourir.

Amandine Sanvisens
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Quelques heures après son évasion, Ferdinand a été tué vers 14h dans des bois de Crégy-lès-Meaux, près du canal de l’Ourcq, alors même que la Fondation Brigitte Bardot avait alerté la Préfète de Seine et Marne qu’une place attendait Ferdinand dans ses refuges.

Cet acte de résistance animale, qui a mobilisé pompiers et force de l’ordre comme s’il s’agissait d’un dangereux fugitif, est loin d’être un cas isolé. La véritable exception est la présence d’une quinzaine de militant-es antispécistes au moment des faits. Les militant-es de Paris Animal Save ont été les premiers témoins extérieurs de l’évasion du taureau qu’ils ont appelé Ferdinand. 

Paris Animal Save fait partie de l’organisation The Save Movement « qui témoigne des derniers instants des animaux envoyés à l’abattoir ». Ce rassemblement comme tous les autres était déclaré en Préfecture. Présent-es sans sonorisation aux entrées des abattoirs, les militant-es échangent avec les chauffeurs qui transportent les animaux à l’abattoir, donnent à boire aux animaux, essayent de les rassurer et filment ce que notre société fait subir aux animaux. L’évasion de Ferdinand a donc pu être documentée (photos et vidéos).

Le plus incroyable est la version officielle racontée par les pompiers aux médias : Ferdinand aurait été « effrayé » par les quinze militant-es de Paris Animal Save ! 

Rappelons que Ferdinand a vécu une perte de repère angoissante du au transport jusqu’à l’abattoir. Lors du déchargement, il a sans doute perçu les bruits métalliques assourdissants et les fortes odeurs omniprésents dans les abattoirs. Comme tous les animaux qui en pénètrent les murs, Ferdinand a senti la mort et a voulu s’échapper de cet enfer. Ferdinand lui, a eu une opportunité et peut-être avait-il un peu plus de courage et de force que d’autres comme l’avait écrit la sociologue Marcela Iacub à propos de la vache résistante Marguerite : « Oui, Marguerite n’est pas une exception ou un accident : elle a la même envie de vivre que n’importe quelle vache. Certes, elle est plus courageuse, plus nerveuse, plus audacieuse, plus acariâtre, plus folle aussi. (…) Car combien d’entre nous sont prêts à se dire que tant qu’à faire, il vaut mieux se sauver, refuser, résister ? »

Ce que Pythagore puis Porphyre ont appelé le « meurtre alimentaire » est aujourd’hui une machine implacable qui tente de cacher ce qu’il y a derrière notre morceau de steak : un individu en souffrance qui se bat pour survivre.

Quelques soient nos tentatives notamment technologiques pour la contrer, la résistance animale demeurera aussi longtemps que nous asservirons les animaux. Les images tournées par l’association L214 dans une vingtaine d’abattoirs français en témoignent. À chaque fois, on voit des animaux qui ne se laissent pas faire : des agneaux qui refusent d’avancer dans les couloirs de l’abattoir de Mauléon Licharre, des vaches qui gémissent en évitant le matador au Boischaut, des employés qui utilisent des aiguillons électriques pour faire avancer des cochons à Houdan, des chevaux qui refusent de rentrer dans le box de l’abattoir d’Alès, les truites qui se débattent…

A l’image de la tigresse Mevy qui s’est évadée de son cirque le 24 novembre 2017 à Paris, Ferdinand a déjoué tous les plans savamment pensés par les humains pour profiter au maximum de leur exploitation. Comme elle, Ferdinand est mort libre ! Désormais, il nous appartient de ne pas oublier Ferdinand et tous les autres. Transmettre les histoires des animaux qui résistent à leur oppression est un levier puissant pour fragiliser l’institutionnalisation de l’exploitation animale.

Photos : Heisen Berg 

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