Turquie : le parti d'opposition pro-kurde de plus en plus menacé

Le 4 juin dernier, deux députés du parti démocratique des peuples (HDP) ont été emprisonnés en Turquie. La Cour de cassation a confirmé des condamnations à six et neuf ans de prison pour terrorisme. Le HDP dénonce des attaques illégales qui s’inscrivent dans une répression plus globale du peuple kurde.

Drapeau kurde en main, quelques dizaines de manifestants sont venus exprimer leur indignation sur le Vieux Port de Marseille samedi 6 juin. Ils s’insurgent contre l’emprisonnement des députés turcs Leyla Güven et Musa Farisoğullari. Les deux membres du parti démocratique des peuples (HDP) ont été déchus de leur mandat et incarcérés le 4 juin. Ils ont été condamnés à six et neuf ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste armée ».

Selon la décision de la Cour de cassation turque, les deux membres du HDP ont des liens avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), mouvement de guérilla qui défend l’autonomie des territoires kurdes. Ce parti est considéré comme une organisation terroriste par la Turquie et plusieurs démocraties occidentales, dont la France. Le HDP rejette cette décision et accuse le gouvernement de Recep T. Erdogan d’instrumentaliser la justice pour s’en prendre à ses opposants.

 « Le HDP défend les droits des Kurdes, un peuple qui a toujours résisté et qui représente une partie importante de la population turque », explique un bénévole du Conseil démocratique Kurde, qui regroupe 24 associations sur le territoire français. Pour Hamit Bozarslan, historien spécialiste de la question kurde, « le HDP représente une voie démocratique qui peut remettre en question la coalition au pouvoir ».

Le PKK : ennemi public n°1

Pour le Conseil démocratique kurde en France, les élections de juin 2015 ont été l’un des éléments déclencheurs des exactions qui visent le HDP. Lors de la campagne législative, le parti a recensé près de 400 attaques contre ses locaux. Malgré tout, le HDP a intégré le Parlement avec 13% des voix, privant l’AKP, parti au pouvoir, de sa majorité. Après l’échec de formation d’un gouvernement, le camp du président Erdogan convoque de nouvelles élections. L’AKP n’atteint toujours pas la majorité absolue mais parvient à former un gouvernement en novembre 2015.

Pendant cette période d’entre élections, les affrontements entre l’armée turque et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) reprennent après trois ans d’accalmie. En juillet 2015, en plein conflit syrien, les forces gouvernementales frappent les positions du PKK en Syrie. Les violences s’intensifient avec le bombardent de plusieurs provinces kurdes du sud-est de la Turquie. « Une demi-douzaine de centres urbains ont été détruits et des centaines de personnes sont mortes », indique l'historien Hamit Bozarslan. Selon le HDP, les forces turques ont tué près de 500 civils en 2015. De son côté, le PKK riposte, visant les forces de l’ordre. En janvier 2016, des membres de la milice kurde ont attaqué un commissariat de Çinar, dans le sud-est du pays. Lors de l'attaque, six civils sont tués, dont trois enfants.

Aujourd'hui encore, les forces gouvernementales attaquent régulièrement les territoires kurdes. En octobre 2019, l'armée turque a notamment frappé le nord-est de la Syrie, entraînant une contre-offensive des milices kurdes. Selon le Haut commissariat des Nations Unies, 92 civils sont morts et 200 000 autres ont dû fuir les affrontements. 

A plusieurs reprises, le président turc a accusé les membres du HDP de soutenir les forces armées kurdes. Depuis les élections locales du 31 mars 2019, 45 des 65 co-maires du HDP présents dans des provinces kurdes ont été arrêtés et remplacés par des administrateurs proches du pouvoir. A ce jour, 27 maires kurdes et 21 du HDP sont toujours derrière les barreaux.

Amandine Sanchez

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