JOURNAL D'UN CONFINÉ N°7 (une histoire, un autre point de vue)

Le réveil fut difficile, hier soir, les heures se sont enfilées devant plusieurs vidéos sur internet. Je ne me plains pas de cet affrontement national contre un virus, cette quarantaine est plutôt reposante, d’ailleurs, j’esquive les dures journées de service au restaurant. Ce matin-là, en petit-déjeunant j’ai écouté une émission de radio pirate intitulée la vérité cachée. Un homme d’expérience distille les informations de masse au millimètre. Turlupiné par certaines de ces annonces, je négligeai la pendule, l’éclat des cloches ecclésiastiques m’extirpa de mes songes à onze heures. Ma visite chez l’infirmière libérale approcha, je dus me presser pour me rendre au cabinet médical.  Si cette blessure à l’œil droit ne fut pas si douloureuse, j’aurai probablement lézardé dans mon modeste studio.  Précipitamment, j’enfilai une chemise bleue, un jeans et ma veste. Une fois le nez dehors un soleil plein m'éblouit, pendant un instant j’eus l’impression d’embrasser l’été. À quelques mètres de ma voiture, je décidai de faire barrière aux premières suées caniculaire et plaçai mon manteau dans le coffre. 

Excédé par mon retard, j’accélérai lourdement sur cette route traversant verdure et bosquets. J’aperçus au loin l’entrée de la ville, à chaque mètre avalé le dessin d’un homme en bleu apparut. Quand la distance m’offrit une visibilité correcte, je m’écriai : « merde la maréchaussée ». Un homme rondouillard me fit signe de m’arrêter. Exaspéré par cette rencontre inattendue, je ne pus m’empêcher de me remémorer ma dernière confrontation avec les représentants de l’ordre. Ce samedi 24 novembre 2018, à Paris, le reflet de mon âme fut poinçonné par les représentants de l’état, mon œil en premier ligne devint défaillant. Une fois à sa hauteur, d’un ton crispé il me déblatéra le baratin habituel, sans aucune salutation il m’admonesta de lui présenter mes papiers d’identité.

Ma première intention fut de creuser mes poches, promptement je me souvins avoir déposé mes documents officiels dans ma veste. Le gendarme hagard, s’impatienta. Cette ridicule situation ne s’arrangea pas avec mon plaidoyer sur le désarroi sociétal, mais aussi l’asphyxie pandémique. Ces yeux se remplirent de haine et m’arrosèrent de médisance. En continuant mon exposé lyrique, je pris l’initiative de sortir de ma voiture afin de récupérer ma veste dans le coffre. Après quelques pas, mes souvenirs s’arrêtèrent, mon esprit s’évada dans les abîmes de l’inconscience.

 

A.M

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.