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Billet de blog 5 août 2021

Une solution juste au conflit du Jammu et Cachemire, garante de la paix en Asie du Sud

Aujourd’hui, plus de 8 millions de Cachemiris sont toujours détenus dans le plus grand camp de prisonniers à ciel ouvert du monde. Il incombe à la communauté internationale de rappeler à l’Inde les atrocités qu’elle commet à l’encontre du peuple cachemiri et de l’exhorter à trouver une solution pacifique au conflit du Cachemire. Par Shah Mahmood Qureshi, ministre des Affaires étrangères du Pakistan.

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Dès le lendemain de son élection en 2018, notre gouvernement a œuvré à l’avènement d’un « nouveau Pakistan », conformément à ses promesses de campagne. Nos ambitions en termes d’éducation, d’emploi, et de santé reposaient sur l’interconnexion de nos infrastructures pour favoriser le commerce et les investissements régionaux, ainsi que sur l’établissement de liens pacifiques avec nos voisins.

Le Premier ministre Imran Khan a déclaré peu de temps après avoir été élu que le Pakistan « s’engagerait résolument sur la voie de la paix si cette volonté était partagée par l’Inde ». Il espérait que le Pakistan et l’Inde lutteraient de concert pour réduire la pauvreté plutôt que l’un contre l’autre.

Hélas, le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi n’a pas répondu à l’appel. Le parti au pouvoir en Inde, le Bharatiya Janata Party, est imprégné du credo raciste et haineux de l’hindutva (hindouïté) porté par le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une organisation paramilitaire dont les pères fondateurs avaient pour modèles Hitler et Mussolini.

Le gouvernement du BJP sème la haine et la violence contre les minorités religieuses — en particulier les musulmans — et assoit sa légitimité politique en adoptant une attitude belliqueuse, fondée sur la stratégie du bruit de bottes, à l’encontre du Pakistan. À tel point qu’une guerre a été évitée de justesse en février 2019 entre les deux pays, dotés de l’arme nucléaire. Seule la retenue du Pakistan a prévenu cette tragédie.

Nous pensions qu’avoir frôlé la guerre aurait dégrisé le gouvernement de Narendra Modi. Mais nous avions sous-estimé l’ampleur de la contamination de l’idéologie du RSS au sein même du gouvernement indien.

New Delhi n’a cessé de repousser les tentatives d’Islamabad visant à renouer le dialogue au sujet du conflit crucial du Jammu-et-Cachemire, ainsi que sur d’autres questions qui entravent nos relations. Le Premier ministre indien a, semble-t-il, pris la volonté pacifiste du Pakistan pour un aveu de faiblesse.

Le 5 août 2019, l’Inde a assiégé et réduit au silence le Jammu-et-Cachemire-illégalement-occupé-par-l’Inde (IIOJK) en coupant toutes les communications. Depuis lors, des milliers de Cachemiris, y compris des mineurs, ont été arrêtés et torturés. Les leaders cachemiris ont toujours fait les frais de la répression de l’État indien, à l’image de Ali Shah Geelani, 91 ans. Cette fois, l’Inde n’a même pas épargné ces représentants politiques, y compris trois anciens ministres en chef, considérés par la population comme des supplétifs de l’occupation indienne.

Aujourd’hui, plus de 8 millions de Cachemiris sont toujours détenus dans le plus grand camp de prisonniers à ciel ouvert du monde, sous la surveillance de 900 000 membres des forces militaires et paramilitaires indiennes. Observateurs indépendants et organisations de défense des droits de la personne y sont personae non gratae. L’Inde a interdit aux sénateurs américains de se rendre au Cachemire. Elle a détenu et expulsé une députée britannique en exercice pour avoir critiqué les violations des droits de l’homme commises par l’Inde au Cachemire.

Depuis le 5 août 2020, un an après la mise sous cloche de l’IIOJK, les forces de sécurité indiennes ont tué 390 Cachemiris. Rien qu’en 2021, quelque 85 Cachemiris ont été mis à mort lors d’exécutions extrajudiciaires. Les forces de sécurité indiennes tendent régulièrement de sinistres pièges aux jeunes manifestants cachemiris sous forme de fausses réunions clandestines et utilisent des fusils à plomb contre les femmes et les enfants, laissant aveugle et mutilant des centaines de personnes.

Les craintes du Pakistan se sont malheureusement avérées fondées. Le gouvernement indien poursuit la mise en œuvre de mesures illégales visant à provoquer un changement démographique au Cachemire. Le déplacement de la population d’un territoire faisant l’objet d’un conflit international par des non-résidents constitue une violation du droit international et, en particulier, de la Quatrième Convention de Genève. Tous les leaders politiques du Cachemire s’accordent pour dire que les mesures prises par le gouvernement indien pour créer des « colonies de peuplement » sont inacceptables.

Les actions de M. Modi ont placé l’Inde et la région dans une impasse. Déconcertée par son incapacité à étouffer le combat des Cachemiris pour l’autodétermination, New Delhi cherche à nouer des liens avec les leaders du Cachemire pour donner un vernis de légitimité à son occupation, tout en menant en parallèle une campagne systématique visant à effacer l’identité religieuse, culturelle et linguistique du peuple cachemiri.

Cette campagne échouera elle aussi, tout comme ont échoué toutes les autres tentatives visant à étouffer les revendications d’indépendance des Cachemiris.

Que fera alors le gouvernement indien ? Ressuscitera-t-il l’épouvantail familier du « terrorisme transfrontalier » pour discréditer la lutte pour la liberté du Cachemire ? Fabriquera-t-il de toute pièce une nouvelle crise avec le Pakistan pour détourner l’attention du flot incessant de scandales (y compris les récentes révélations sur les tentatives d’espionnage du Premier ministre Imran Khan par l’Inde) qui ne cessent d’ébranler le gouvernement du BJP ?

New Delhi nourrit l’ambition de compter sur la scène internationale. Elle ne manque pas de puissants alliés, qui pourtant détournent le regard lorsqu’elle se moque des valeurs démocratiques et des droits de l’homme qu’ils défendent.

Il incombe à la communauté internationale de rappeler à l’Inde les atrocités qu’elle commet à l’encontre du peuple cachemiri et de l’exhorter à trouver une solution pacifique au conflit du Cachemire. Bien qu’un cessez-le-feu fragile ait été instauré de part et d’autre de la ligne de contrôle depuis février, le climat reste tendu. Et avec la détérioration rapide de la situation en Afghanistan, le regain de tensions régionales autour du Cachemire n’est dans l’intérêt de personne.

Il ne peut y avoir qu’une seule solution. L’Inde doit revenir sur les actions entreprises depuis le 5 août 2019, et créer les conditions d’un dialogue productif avec le Pakistan et les représentants légitimes du peuple cachemiri en vue de la résolution de ce différend de longue date. 

Les sociétés d’Asie du Sud — l’une des régions les plus pauvres du monde — aspirent à la paix, à la prospérité et à un avenir meilleur pour leurs enfants. Elles ne doivent pas être prises en otage par l’Inde qui refuse obstinément de voir la réalité en face : il ne peut y avoir de paix en Asie du Sud sans un règlement pacifique du conflit du Jammu-et-Cachemire, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et aux souhaits du peuple cachemiri.

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