L’histoire ne doit pas se répéter en Afghanistan

L’Afghanistan se trouve une fois de plus à la croisée des chemins. La communauté internationale craint que les talibans ne dirigent le pays d’une main de fer, comme ils l’ont fait entre 1996 et 2001. Les pays voisins ont un rôle majeur à jouer pour une paix durable en Afghanistan.

M. Muhammad Amjad Aziz Qazi, chargé d’affaires de l’ambassade du Pakistan à Paris M. Muhammad Amjad Aziz Qazi, chargé d’affaires de l’ambassade du Pakistan à Paris
Par Muhammad Amjad Aziz Qazi, chargé d’affaires de l’ambassade du Pakistan à Paris.

L’Afghanistan se trouve une fois de plus à la croisée des chemins. Les talibans ont repris l’ascendant. À première vue, l’histoire semble se répéter. La communauté internationale, en particulier l’Occident, craint que les talibans ne dirigent le pays d’une main de fer, comme ils l’ont fait entre 1996 et 2001.

Les talibans soutiennent que ce nouveau régime respectera les droits humains fondamentaux, y compris les droits des femmes, et qu’il n’entravera pas l’éducation des jeunes filles. Ils se sont engagés à garantir que le territoire afghan ne soit pas utilisé pour abriter des terroristes menaçant un quelconque pays. Ils ont également autorisé les recrues afghanes ayant travaillé pour les forces de la coalition à quitter le pays. 

Le peuple afghan se trouve pris entre les appréhensions de l’Occident et les promesses des talibans, oscillant entre espoir et désespoir. L’Occident, manifestant sa volonté de venir en aide à ceux qui ont aidé la coalition en Afghanistan, pourrait évacuer les Afghans par milliers. Il n’empêche que des millions resteront dans ce pays — leur partie, où leurs ancêtres reposent et où naîtront leurs enfants. Qu’adviendra-t-il d’eux ? 

Après quatre décennies de conflit et de souffrances, ils ont désespérément besoin de paix et de stabilité pour mener une vie normale, sans luttes intestines entre les factions afghanes, dans un pays en paix avec lui-même et avec ses voisins, offrant un avenir prospère à la jeune génération afghane. Cet élément crucial risque d’être ignoré alors que la situation en Afghanistan évolue rapidement.

Les pays voisins ont un rôle majeur à jouer pour une paix durable en Afghanistan. Le Pakistan, deuxième pays le plus touché après l’Afghanistan au cours des vingt dernières années, mesure pleinement la valeur et l’importance de la paix en Afghanistan. Le conflit en Afghanistan a coûté la vie à plus de 80 000 Pakistanais. Les pertes économiques du Pakistan s’élèvent à plus de 150 milliards de dollars, et il accueille toujours environ 4 millions de réfugiés afghans.

Le Pakistan a longtemps maintenu qu’il n’y avait pas de solution militaire au conflit afghan et qu’un règlement politique négocié incluant toutes les factions afghanes était la seule voie possible. Le Pakistan plaide en faveur d’un règlement politique inclusif et d’un consensus régional, en exhortant les autres pays voisins de l’Afghanistan à adopter une approche coordonnée pour faire face à la situation. État responsable, le Pakistan a contribué à la récente évacuation d’Afghanistan de plus de 12 000 personnes de diverses nationalités.

Le Pakistan insiste également auprès de la communauté internationale pour qu’elle reste pleinement engagée aux côtés de l’Afghanistan. Cet engagement doit être soutenu et considéré comme une responsabilité partagée pour assurer la paix, la stabilité et la prospérité en Afghanistan. Les erreurs du passé ne doivent pas être répétées. Elles ont coûté cher à la communauté internationale.

À l’instar de l’Afghanistan, la communauté internationale se trouve à la croisée des chemins. Une approche manquant de vision lui ferait courir le risque de voir l’histoire se répéter, avec de sérieuses ramifications dans les années à venir, alors qu’elle peut œuvrer à la préservation de la paix en Afghanistan. Certains sont tentés de s’engager sous conditions. Le peuple afghan mérite mieux. Le Pakistan se tient à ses côtés pour donner une chance à la paix.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.