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Billet de blog 3 févr. 2011

Trente oeuvres "disparues ou volées" saisies à l'institut Wildenstein

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Trente oeuvres "disparues ou volées" saisies à l'institut Wildenstein

EXCLUSIF. Les richissimes marchands d'art sont soupçonnés de "recel". ici

Jean-Michel Decugis, Mélanie Delattre et Christophe Labbé

C'est un rebondissement dont les Wildenstein, richissimes marchands d'art au coeur d'un scandale politico-financier se seraient bien passés. Les héritiers Wildenstein étaient déjà accusés "d'abus de biens et de blanchiment" dans le cadre de la succession du patriarche Daniel Wildenstein en 2001. Les voilà maintenant soupçonnés de "recel". Une mauvaise nouvelle pour Guy, chef de file de la famille et représentant (UMP) au sein de l'Assemblée des Français de l'étranger, proche de Nicolas Sarkozy.

Les 11 et 12 janvier dernier, lorsque les policiers ont débarqué à l'Institut Wildenstein, l'une des adresses parisiennes, ils ont foncé droit vers la salle des coffres et ont demandé à y avoir accès. À l'intérieur de cette chambre forte d'une vingtaine de mètres carrés, une véritable caverne d'Ali Baba avec, entassés du sol au plafond, plusieurs centaines de tableaux et sculptures.

Au milieu de ce capharnaüm : une trentaine d'oeuvres déclarées disparues ou volées, que les enquêteurs ont immédiatement saisies. Les hommes de l'Office central pour la lutte contre le trafic de biens cultuels (OCBC) agissaient dans le cadre d'une information judiciaire pour "recel" confiée au juge parisien André Dando. Ils savaient ce qu'ils cherchaient.

Une toile à 800 000 euros

C'est en effet la deuxième perquisition qui a lieu en moins de deux mois au 57, rue de la Boétie, dans le 8e arrondissement parisien. La première, datant du 17 novembre, avait été effectuée par un autre service de police. Les enquêteurs de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) avaient fait une descente dans cet hôtel particulier qui jouxte le siège de l'UMP dans le but d'évaluer l'ampleur réelle du patrimoine de la famille. L'OCRGDF enquêtait alors sur la succession du patriarche Daniel Wildenstein, mort en 2001, à la suite d'une plainte déposée par sa seconde épouse, Sylvia Roth, elle-même décédée le 13 novembre dernier, pour "abus de confiance" et "blanchiment". Depuis plusieurs années, la seconde épouse du marchand d'art accusait ses beaux-fils, Guy et Alec (décédé en 2008), de l'avoir flouée sur l'héritage en l'empêchant d'avoir accès aux trusts à l'étranger dans lesquels est logée la majeure partie de la fortune des Wildenstein.

Lors d'une première perquisition, le 17 novembre, les enquêteurs s'étaient contentés de photographier les oeuvres du coffre dans le cadre d'un inventaire. Stupéfaction, après examen des clichés, ils repèrent plusieurs oeuvres d'origine douteuse. De fil en aiguille, les policiers s'intéressent à l'huile de l'impressionniste Berthe Morisot. Cette toile, évaluée à 800 000 euros, avait disparu lors de la succession en 1993 d'Anne-Marie Rouart.

Quand Yves Rouart, le neveu et cohéritier désigné d'Anne-Marie Rouart, apprend par les policiers que la "Chaumière en Normandie" a été retrouvée dans le coffre des Wildenstein, il dépose aussitôt plainte contre X pour "recel". L'espoir renaît pour cet ancien expert, qui se bat depuis des années pour retrouver les oeuvres disparues lors de la succession de sa tante, notamment trois Manet et un Corot. Car Yves Rouart, défendu par Me Serge Lewisch, en est convaincu : il a été abusé par les exécuteurs testamentaires désignés par Anne-Marie Rouart, Olivier Daulte, le fils du célèbre éditeur d'art suisse, et surtout Guy Wildenstein, héritier de la dynastie, en charge de la galerie new-yorkaise de la famille.

Inventaire

Comment ? Dans son testament, Anne-Marie Rouart avait désigné l'Académie des beaux-arts comme principal légataire, avec à charge pour elle de créer une fondation Rouart et de remettre au musée Marmottan les principales oeuvres de sa collection. Elle avait par ailleurs légué à son neveu, Yves Rouart, tous "les meubles meublants" de son appartement de Neuilly. En clair tout le mobilier et les oeuvres accrochées. Selon Yves Rouart, les exécuteurs testamentaires, proches de la défunte, auraient profité de l'inventaire de la succession pour décrocher les toiles. Une fois posés par terre, les tableaux, qui n'étaient plus des "meubles meublants", ne rentraient plus dans l'héritage d'Yves Rouart.

Ce dernier, s'estimant floué, avait déposé en 1997 une première plainte contre X pour "abus de confiance, escroquerie et vol". Sans suite. Sauf que, deux ans plus tard, lors du décès du père d'Olivier Daulte, 24 oeuvres disparues de la succession Rouart - dont un Corot - avaient été retrouvées dans le coffre suisse des Daulte. Pour éviter un scandale, une tractation à l'amiable avait été signée entre les deux parties.

L'affaire est aujourd'hui relancée par la découverte de la fameuse "Chaumière en Normandie" dans le coffre de Guy Wildenstein, le deuxième exécuteur testamentaire. "On est en droit de demander aux Wildenstein où se trouve le reste des pièces disparues", déclare au Point Yves Rouart.

Bronzes de Bugatti

Dans le cadre de son enquête, la PJ a entendu un célèbre galeriste parisien qui aurait été chargé, il y a quelques années, d'expertiser la "Chaumière en Normandie". Pour le compte de qui ? L'homme assure qu'il agissait pour le compte d'un courtier. Auditionné lui aussi par les policiers, ce dernier aurait affirmé qu'Alec, le frère de Guy, lui avait demandé de trouver un acquéreur pour cette oeuvre signalée.

Comment Guy pouvait-il ignorer que le tableau qui dormait dans son coffre avait disparu de la succession dont il était l'exécuteur testamentaire ? Contactés la semaine dernière et à nouveau ce matin, ni Guy Wildeinstein, ni ses avocats n'ont souhaité répondre à nos questions. Au juge de démêler les fils de cette affaire ouverte pour "recel". D'autant que, dans le coffre, les policiers ont retrouvé plusieurs bronzes de Rembrandt Bugatti et deux dessins de Degas qui appartiendraient aux descendants de Joseph Reinach, un député de la IIIe République célèbre pour avoir défendu la cause de Dreyfus.

Après avoir reconnu sur photo un Bugatti et un dessin de Degas susceptibles de lui appartenir, Alexandre Bronstein, un des descendants de Reinach, a déposé une double plainte contre X pour "vol et recel". "Joseph Reinach possédait avant la guerre une des plus grandes collections d'art spoliée par les nazis, explique-t-il. En 1972, lors de la succession de Julie Goujon, fille de Joseph Reinach, de nombreuses oeuvres ont disparu, alors que Daniel Wildenstein avait été chargé du partage avec l'expert Durant-Ruel." Parmi les toiles manquantes : un Gauguin, "Tournesols et Mangos", et un Van Gogh : "Papillons dans les hautes herbes".

"Comme nous n'avons jamais eu entre les mains le vrai inventaire de la succession, nous avons du mal à déterminer ce qui a été pillé par les nazis et volé par la suite", rappelle Bronstein. Une plainte pourrait prochainement être déposée au nom de Suzanne Reinach. Cette résistante de 97 ans, ancienne déportée, aujourd'hui sous tutelle, était propriétaire d'un bronze de Bugatti intitulé "Groupe de quatre cigognes" (ci-dessous) et qui ferait partie des pièces retrouvées dans le coffre par les policiers.

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