Veolia veut censurer un docu sur le business de l'eau, Proglio-Guérini: "Si je peux vous être de quelque utilité que ce soit"...

Water makes Money © mansan
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Veolia veut censurer un docu sur le business de l'eau (ici)

 

Proglio-Guérini: "Si je peux vous être de quelque utilité que ce soit"(lien)

 

Proglio-Guérini: "Si je peux vous être de quelque utilité que ce soit"

Henri Proglio, alors patron de Veolia, avait apparemment un problème avec Michel Vauzelle. Le président (PS) de la région Paca a toujours refusé de contribuer à la construction et au financement du "campus Veolia" (un centre de formation pour apprentis) à La Ciotat. Les raisons de Vauzelle étaient politiques: pour lui, les marques n’ont pas leur place à l’école. D’ailleurs, la Région finira par financer un institut de formation concurrent. Plusieurs fois, des émissaires de Veolia sont revenus à la charge. Sans succès. Le jeudi 7 mai 2009, Henri Proglio appelle Alexandre Guérini. Les deux hommes se connaissent depuis vingt ans et Guérini doit une grande partie de sa fortune à la revente, en 2001, d’une de ses sociétés, SMA, au groupe Veolia. La conversation est enregistrée par la police. Extraits.

Henri Proglio: J’ai vu Michel Vauzelle.
Alexandre Guérini: Ouais.
H.P.: Parce que, dans la perspective de la construction de notre centre de formation de La Ciotat… […] Parce que comme il bloque tout, je lui ai dit: “Ecoutez, monsieur le Président, moi, je suis un homme du Sud-Est, on a 16.000 collaborateurs sur cette région, je ne comprends pas que vous ne facilitiez pas la réalisation de ce qui est, en fait, un investissement pour les jeunes quoi, je ne comprends pas.”
A.G.: Ouais.
H.P.: C’est assez irresponsable, donc je voulais vous le dire parce que je ne peux pas me permettre de ne pas le faire, et simplement d’aller inonder la presse de considérations de ce type. C’est pas à moi de faire de la politique.”
A.G.: Bien sûr.
H.P.: Et puis j’ai été gentil après en lui expliquant tout ce qu’on allait faire, tout ce qu’on avait envisagé de faire, tout ce qu’on avait déjà fait […].
A.G.: Bien sûr.
H.P.: Bon alors finalement […] il a été très positif, il m’a quitté sur des mots très encourageants disant que, bien entendu, oui oui, il voulait faire un établissement régional mais que sans nous il n’y arriverait pas et que donc il était favorable et qu’il me le confirmerait, voilà…
A.G.: Du Vauzelle dans l’âme…
H.P.: Du pur Vauzelle.
A.G.: On le connaît par coeur.

H.P.: Bon, je lui ai dit, si vous voulez venir visiter notre campus, c’est quand même le plus beau de France, pour au moins vous faire une idée de ce que c’est. Il m’a dit oui, ce serait avec plaisir, mais j’ai pas le temps. Il a pas le temps.µ
A.G.: Hahahaha, le con, hahahahaha!
H.P.: Putain mais c’est… Alexandre, faut se les faire, hein!
A.G.: Le con!
H.P.: Ouais, donc je l’ai vu à l’Assemblée nationale pour ça.
A.G.: Ouais, ouais, mais je le savais que vous l’aviez vu, parce que Franck Dumontel, qui était son ancien directeur de cabinet, qui est un mec extraordinairement intelligent et très efficace, qui est actuellement le directeur de cabinet de Caselli [le président de la communauté urbaine de Marseille], que Jean-Noël [Guérini, le président du conseil général des Bouches-du-Rhône] a mis pour être son directeur de cabinet, en vérité, c’est lui, le patron, heu, c’est Franck, qui est le vrai patron de la communauté urbaine de Marseille, et qui est notre, heu, notre ami intime, quoi…
H.P.: Hum, hum.
A.G.: Et alors, heu, bon, il me dit putain, ce con-là il s’oppose à la création de ce centre.
H.P.: C’est fou, hein.
A.G.: Il dit c’est vraiment un con, Jean-Noël est d’accord, Jean-Noël pousse pour qu’on le fasse et lui, ce con, il veut pas. Il me dit, il paraît qu’il a été reçu par M. Proglio…
H.P.: Non, il n’a pas été reçu, c’est moi qui ai fait le déplacement, je suis allé lui cirer les pompes à l’Assemblée nationale pour pas qu’il pense que je faisais pas l’effort d’aller le voir.
A.G.: Alors, ben, ça, il le savait pas, je vais lui dire. […] Je vais lui donner un petit coup de fil pour lui expliquer.
H.P.: Oui, pour lui dire que c’est moi qui ai fait le geste. […]

A.G.: Ouais, ouais. Dites-moi, je vais vous écrire un mot ce weekend, comme ça vous le recevrez chez vous, et je vous expliquerai tout ce que, heu, tout ce que j’ai eu là comme petits soucis, là, et…
H.P.: Ecoutez-moi, Alexandre, quoi qu’il arrive, si je peux vous être de quelque utilité que ce soit dans quelque domaine que ce soit, je suis à vos côtés, hein.
A.G.: C’est gentil, mais simplement que vous soyez informé, parce que c’est bien d’avoir toutes les infos et de savoir…
H.P.: Bien sûr […] sinon on est le roi des cons.
A.G.: Voilà, et savoir, nos cousins, nos cousins, de quel bois ils se chauffent, vous voyez.
H.P.: Oh ben, c’est des salopards définitifs.
A.G.: Non, mais je vous expliquerai mieux, vous allez tomber le cul par terre.
H.P.: Oh, je tomberai plus, parce qu’ils m’ont tout fait, il n’y a plus que le proxénétisme dont je ne sois pas accusé, tout le reste y passe…
A.G.: Ah, écoutez Henri, je vous embrasse, merci de m’avoir rappelé.

 

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