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Billet de blog 7 mai 2024

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Après le dialogue, Oligui Nguema serait-il en route vers l'hyperprésidence ?

Le spectre de l'hyperprésident plane de nouveau sur le Gabon.

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Au Gabon, le dialogue national inclusif mené par les autorités de transition a pris fin le 30 avril dernier. Après plus de trois semaines de discussions, l'une des suggestions majeures concerne l'instauration d'un régime présidentiel renforcé.  Cette proposition fait écho au concept d'hyperprésident, tel qu'il fut incarné par les anciens chefs d'État Léon Mba, Omar Bongo et Ali Bongo, ce dernier étant encore en vie, mais destitué le 30 août 2023.

Illustration 1
Gabon, 30 avril 2024, cérémonie de clôture du dialogue national inclusif. Au pupitre, devant, M. Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la Transition

Concentration excessive des pouvoirs

La discussion sur la mise en place d’un « hyperprésident » ou d’un régime présidentiel consolidé au Gabon suscite des questions légitimes. Bien que le besoin d’un pouvoir exécutif solide et stable puisse paraître attrayant, une telle centralisation des pouvoirs entre les mains du président présente des risques importants qu’il est nécessaire d’étudier avec précaution.

Tout d’abord, un tel système pourrait mener à un déséquilibre des pouvoirs, mettant en péril les principes fondamentaux de séparation des pouvoirs et de contrepoids. Un président trop puissant, non soumis à des freins efficaces, pourrait être tenté de dépasser ses compétences et d’empiéter sur les prérogatives d’autres institutions, affaiblissant ainsi les bases de l’État de droit. Ce qui a été le régime d’Ali Bongo Ondimba.

De plus, une hyperpersonnalisation du pouvoir risque d’éroder la confiance du peuple dans les institutions démocratiques. Le peuple, détenteur de la souveraineté, pourrait se sentir exclu des processus décisionnels et des réformes majeures, nourrissant ainsi un sentiment d’aliénation et de méfiance envers le pouvoir en place.

Le Gabon sous le régime d’Ali Bongo : autoritarisme, népotisme et mécontentement populaire

Le régime d’Ali Bongo Ondimba au Gabon, successeur de son père Omar Bongo qui a régné pendant 42 ans, s’est caractérisé par un pouvoir autoritaire et familial. Ali Bongo a maintenu le Parti démocratique gabonais (PDG) comme parti unique, étouffant ainsi toute forme d’opposition politique.

Le manque de transparence du régime, en particulier concernant l’état de santé réel du président après son accident vasculaire cérébral en 2018, a nourri un sentiment de méfiance et de mécontentement au sein de la population, donnant ainsi naissance à l’idée d’un « régime du faux« .

Malgré la prospérité économique relative du Gabon, grâce à ses abondantes ressources naturelles, le régime d’Ali Bongo a été sévèrement critiqué pour sa mauvaise gouvernance et son népotisme. De nombreux membres de la famille Bongo occupaient des postes clés, renforçant ainsi le caractère familial du pouvoir.

Le 30 août 2023, le régime d’Ali Bongo a été renversé par un coup d’État militaire, mettant fin à plusieurs décennies de règne familial. Les militaires ont justifié leur action en évoquant une « grave crise institutionnelle, politique, économique et sociale » dans le pays.

Le Gabon sous la transition d’Oligui Nguema, comme une continuité de l’ancien régime !

Bien que le régime d’Oligui Nguema se présente comme une période de transition, de nombreux observateurs y voient une certaine continuité avec l’ancien système politique gabonais, marqué par l’influence des militaires et la présence de figures de l’ancien régime. La rupture promise avec le passé semble donc pour l’instant limitée.

Continuité avec l’ancien régime.
Le général Oligui Nguema a nommé plusieurs anciens caciques du régime d’Ali Bongo à des postes clés, notamment à la tête du Parlement. Des personnalités comme Brice Laccruche Alihanga, ancien tout-puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo, ont été libérées de prison par le nouveau régime. Cette mansuétude envers l’ancien régime a été critiquée, car elle semble indiquer une certaine continuité plutôt qu’une véritable rupture.

Concentration du pouvoir militaire.
La charte de transition publiée par le CTRI (Comité pour la transition et la restauration des institutions) est placée au-dessus de la Constitution, conférant un pouvoir important aux militaires. Le texte de la charte a été signé uniquement par des généraux, sans aucun civil, ce qui montre la prédominance de l’armée dans la transition.

Promesses de changement.
Le général Oligui Nguema a promis de redonner de l’oxygène à la société civile et de remettre en jeu une opposition marginalisée sous le régime précédent. Cependant, son « sens de l’équilibre politique » est critiqué comme dissimulant sa toute-puissance en tant que « grand maître des horloges de la transition ». Les observateurs restent donc sceptiques quant à la réalisation de ces promesses de changement.

Gabon : Les leçons du passé 

Il est de ce fait crucial de promouvoir une gestion saine de la chose publique en impliquant toutes les forces vives de la nation. Seule une gouvernance ouverte et participative, respectueuse des contrepouvoirs et des libertés fondamentales, pourra garantir la stabilité et la légitimité du système politique.

Les enseignements du passé, avec les régimes de Léon Mba, Omar Bongo et Ali Bongo, mettent en lumière les dérives potentielles d’une trop grande personnalisation du pouvoir. Les abus, la corruption et les atteintes aux droits humains ont marqué ces périodes et doivent servir d’avertissement. En fin de compte, si un exécutif fort peut être souhaitable, il doit s’inscrire dans un cadre équilibré, respectueux des institutions démocratiques et de l’État de droit.

Un « hyperprésident » concentrant tous les pouvoirs entre ses mains représenterait un risque majeur pour la stabilité et le bon fonctionnement du pays. La prudence et la sagesse doivent prévaloir dans la recherche d’un juste équilibre des pouvoirs, garant de la prospérité et de la cohésion nationale.

Hyperprésidence  : Le calendrier de la transition 

Bien que les recommandations ne soient pas contraignantes et que le dialogue national inclusif n’ait pas été souverain, la transition politique au Gabon suit un calendrier précis. Voici les principales étapes à venir :

En juin 2024, le Parlement se transformera en Assemblée constituante. Fin août, une première version de la future Constitution sera disponible. Fin octobre, après examen des observations, la Constituante adoptera le projet final.

Entre novembre et décembre 2024, un référendum populaire permettra d’adopter la nouvelle Constitution.

En janvier 2025, les travaux sur le nouveau Code électoral débuteront. Mi-février, un débat final aura lieu après recueil des remarques sur la première version. Fin février, le texte définitif sera arrêté.

Mi-mars 2025, le Parlement adoptera ce Code électoral, qui sera promulgué par le Chef de l’État.

En avril 2025 commencera la révision de la liste électorale. En juillet, les cartes d’électeurs seront distribuées et le matériel mis en place.

Enfin, les élections présidentielles sont prévues pour août 2025.

Cet échéancier détaillé permet de suivre l’évolution de la transition politique au Gabon et du processus devant mener à l’élection d’un nouveau président.

Anne-Marie DWORACZEK-BENDOME
Journaliste indépendante
07/05/2024

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