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Billet de blog 12 janvier 2026

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Corruption au Gabon : Le spectacle Sosthène Nguema

Sous Oligui Nguema, le Gabon dérive. Les accusations sans preuve de tentative de corruption de Sosthène Nguema Nguema contre les pétroliers confirment l'errance d'un pouvoir sans cap et privé de capitaine.

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Les faits

Le régime d'Oligui Nguema semblait avoir épuisé le registre de la surprise gabonaise. Pourtant, les déclarations fracassantes de Sosthène Nguema Nguema, passé en sept mois du ministère du Pétrole et du Gaz à celui des Mines, viennent rappeler l'errance qui caractérise la gouvernance actuelle. L'homme accuse, sans la moindre gêne et sans l'ombre d'une preuve, les entreprises pétrolières présentes sur le territoire d'avoir cherché à l'acheter. Cette posture révèle un pays à la dérive, privé de cap et de capitaine.

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gABON. Sosthène Nguema Nguema, ancien ministre du Pétrole et du Gaz. Aujourd'hui, ministre des Mines © Photomontage : ©AM-DB

TikTok, nouvelle tribune de l'intégrité ministérielle

L'affaire débute sur TikTok, plateforme devenue tribune officieuse du pouvoir. Une Gabonaise, manifestement missionnée, y célèbre les mérites du "grand Sosthène Nguema Nguema". Selon elle, cet homme d'exception, incarnation du patriotisme moderne, aurait refusé des sommes versées directement sur son compte bancaire par des acteurs du secteur pétrolier désireux de l'influencer. L'intéressé, paré des habits de la vertu et soucieux de l'intérêt national, aurait résisté à cette tentation.

Le 9 janvier 2026, lors de sa prise de fonction au ministère des Mines, le principal intéressé reprend ces mêmes éléments devant une assemblée venue l'écouter. Cherche-t-il à séduire son auditoire ? À construire une image publique flatteuse ? À générer du bruit médiatique ? Quelle que soit l'intention, cette communication hasardeuse inquiète profondément les investisseurs et les opérateurs économiques, pour qui les ministres constituent les interlocuteurs privilégiés dans leurs relations avec l'État gabonais.

Une communication vertueuse aux intentions troubles

Le monde observe le Gabon avec attention. En découvrant l'extrait vidéo du ministre des Mines, une interrogation s'impose : qui tire bénéfice de cette confession publique ? Le président Brice Clotaire Oligui Nguema ? Son vice-président Hugues Alexandre Barro Chambrier ? Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault ? Ou simplement Sosthène Nguema Nguema lui-même, en quête de reconnaissance personnelle ?

Une économie gabonaise en pleine fragilisation

La situation économique du pays inspire des inquiétudes légitimes. Les indicateurs témoignent d'une fragilité préoccupante.

La défiance des marchés financiers. En novembre 2025, Bloomberg a inscrit le Gabon sur la liste des États africains les plus vulnérables en matière d'emprunt, notant une confiance des investisseurs tombée à son plus bas niveau historique. Les agences de notation Fitch (CCC) et Moody's (CAA2) ont successivement dégradé la note souveraine du pays, signalant un risque élevé de défaillance. Les conditions de financement se sont dramatiquement détériorées : les bons du Trésor à trois mois atteignaient un rendement de 6,73 % en janvier 2025, contre 3,06 % en 2019, tandis que les titres à un an dépassaient 7,6 %. La restructuration de 1 400 milliards de FCFA de dette en mars 2025, baptisée opération "Mouele", illustre l'ampleur du fardeau financier qui paralyse l'investissement et entretient la méfiance sur les marchés.

Un optimisme gouvernemental déconnecté. Face à cette situation, les autorités gabonaises affichent une confiance volontariste. Le Comité national économique et financier projette une croissance de 6,5 % pour 2026, fondée sur une diversification économique éloignée du pétrole. Le gouvernement annonce des investissements massifs de 2 137 milliards de FCFA dans l'agriculture, le BTP, l'agro-industrie et le gaz. Une nouvelle politique d'attractivité, lancée en octobre 2025, propose une carte de résident permanent de dix ans aux investisseurs apportant au minimum 10 milliards de FCFA. Le président Oligui Nguema insiste sur l'amélioration des partenariats avec les investisseurs étrangers selon un principe de "partage équitable des productions".

Le réalisme du FMI face aux illusions. Le Fonds monétaire international adopte une lecture nettement plus prudente, anticipant une croissance de seulement 2,6 % en 2026, loin des 6,5 % affichés par Libreville. L'institution estime que l'économie gabonaise demeure dépendante des fluctuations du secteur pétrolier et que les réformes structurelles nécessiteront du temps avant de produire des résultats tangibles. Cette projection reste inférieure à la moyenne de l'Afrique subsaharienne, évaluée à 4,4 % pour 2026. Par ailleurs, l'Agence française de développement a annoncé une réduction de ses engagements en Afrique à partir de 2026, contraignant le Gabon à rechercher des partenaires financiers alternatifs vers la Chine, le Moyen-Orient et les fonds climatiques internationaux.

L'absence troublante de preuves judiciaires

Le ministre affirme avoir reçu des propositions de corruption de la part d'opérateurs économiques. Plus grave encore, certains auraient transféré des fonds directement sur son compte bancaire personnel, sans son consentement, dans l'intention d'influencer ses décisions. Cette franchise mérite l'applaudissement. Mais un problème majeur subsiste.

Pourquoi, pendant l'exercice de ses fonctions ministérielles, aucune plainte n'a-t-elle été déposée pour tentative de corruption ? Comment ces opérateurs ont-ils obtenu le numéro de son compte personnel, sachant que ce type d'information relève du secret bancaire ? À moins qu'une violation grave de la confidentialité bancaire ait eu lieu.

Restituer l'argent constitue un geste louable. Saisir la justice serait plus approprié. Dans une République fonctionnelle, on alerte les autorités judiciaires. On ouvre une enquête. On convoque les personnes mises en cause. D'ailleurs, qui sont exactement ces opérateurs du secteur pétrolier qui auraient tenté de corrompre ce ministre ? Dans quelle institution bancaire l'argent a-t-il été transféré ?

Un enfantillage préjudiciable à l'image économique nationale

La vertu ne se démontre pas devant les caméras, mais devant les tribunaux. Les déclarations du ministre des Mines étant publiques, le nouveau procureur de la République devrait s'en saisir d'office. Ces fanfaronnades doivent cesser. Le Gabon a besoin d'hommes d'État responsables, non de perturbateurs qui, pris d'agitation médiatique, se lancent dans des accusations inconsistantes, uniquement pour divertir l'opinion publique.

Lorsqu'on évoque publiquement des faits de corruption en prétendant détenir des preuves, il ne s'agit plus d'un exercice de communication, mais d'une affaire judiciaire. Comme si l'ascension sociale brutale pouvait altérer le discernement.

Le pétrole, pilier incontournable du budget 2026

Dans le budget gabonais 2026, le secteur pétrolier représente environ 36,7 % des recettes totales de l'État, malgré les efforts affichés de diversification économique. Le pétrole constituant le premier produit d'exportation du Gabon, ce secteur ne peut être géré avec légèreté, au risque de compromettre le fonctionnement même de l'État.

Un poids budgétaire majeur. Selon le projet de loi de finances 2026, les recettes pétrolières sont estimées à 1 525 milliards de FCFA sur un total de recettes propres de l'État évalué à 4 154 milliards de FCFA. En incluant les revenus du domaine pétrolier (participations dans les sociétés pétrolières et domaine foncier), ce montant atteint 1 288 milliards de FCFA selon certaines estimations, soit une augmentation spectaculaire de 65 % par rapport à 2025. Cette hausse contraste fortement avec les prévisions de mars 2024 qui anticipaient une baisse des recettes pétrolières à 661,4 milliards de FCFA en 2026.

Une dépendance structurelle qui persiste. Le pétrole représentait entre 23 % et 24,2 % du PIB gabonais en 2023, selon la Banque mondiale, confirmant son rôle central dans l'économie nationale. Les revenus pétroliers ont constitué environ 10,5 % du total des recettes nationales, bien que ce pourcentage varie selon les méthodologies de calcul. Cette dépendance demeure préoccupante alors que la production pétrolière devrait diminuer de 3 % en 2026 face à l'épuisement des gisements matures.

Un déséquilibre face aux autres secteurs. La prédominance du pétrole apparaît encore plus nettement lorsqu'on la compare avec les autres sources de revenus. Les recettes fiscales intérieures atteignent 1 541,4 milliards de FCFA, tandis que les recettes douanières s'élèvent à 707,3 milliards de FCFA. En revanche, les participations dans les sociétés hors pétrole affichent une baisse de 33 %, et celles dans les sociétés minières reculent de 7 %. Cette situation souligne les difficultés du Gabon à construire des alternatives de croissance solides hors hydrocarbures, malgré un objectif ambitieux de croissance hors pétrole de 9,2 % en 2026.

Le choix assumé des hommes du président

Le choix des collaborateurs qui entourent un président relève de sa seule responsabilité. Il faut cesser de prétendre que "tel ou tel" serait responsable de l'entrée au gouvernement de certaines personnes. Élu avec 94,85 % des voix le 12 avril 2025, Oligui Nguema est le seul responsable devant le peuple gabonais. Personne n'impose au président la nomination de tel ou tel profil ; il doit, par conséquent, assumer les élucubrations de son ancien ministre du Pétrole, aujourd'hui ministre des Mines. L'image du pays renvoyée à l'international en souffre une fois de plus. Comment, dès lors, accorder sa confiance aux dirigeants d'un pays qui se livrent à des sorties démagogiques, cherchant à se donner bonne conscience au détriment des investisseurs ?

La corruption au Gabon : Entre chiffres vertigineux et impunité institutionnalisée

La corruption représente un fléau majeur au Gabon en 2026, causant des pertes économiques considérables et minant durablement le développement du pays.

Une hémorragie financière sans précédent. Les pertes annuelles liées à la corruption sont estimées entre 400 et 500 milliards de FCFA. Un scandale récent a révélé des détournements vertigineux de 4 402 milliards de FCFA, soit près de 98 % du budget de l'État de 2024 et 22,7 % du PIB national. Cette situation fragilise la croissance économique et limite drastiquement les investissements publics essentiels.

Un système alimenté par les élites. Au Gabon, la corruption est nourrie par les hauts serviteurs de l'État, l'administration, ainsi que les responsables de sociétés publiques, parapubliques et privées. À cette liste s'ajoutent les proches du pouvoir qui bénéficient souvent d'une protection tacite. Malgré l'ampleur des détournements, très peu de ces acteurs répondent réellement de leurs actes devant la justice.

Ce constat d'impunité généralisée semble pourtant échapper à Sosthène Nguema Nguema. En accusant les compagnies pétrolières d'avoir tenté de le corrompre, l'actuel ministre des Mines feint d'ignorer que le mal est avant tout structurel et interne à l'appareil étatique.

Dégradation internationale et désaveu populaire. Le classement du pays reflète cette réalité : avec un score de 27/100 à l'Indice de perception de la corruption 2024, le Gabon a chuté à la 153e position mondiale. Ce recul témoigne de l'aggravation du phénomène malgré les discours officiels. 90 % des citoyens gabonais désapprouvent la performance du gouvernement, estimant que la corruption entrave l'accès à l'éducation, à la santé et creuse les inégalités sociales.

Face à ce constat, le président Oligui Nguema a qualifié la lutte contre la corruption de "champ de bataille". Il prône un durcissement de l'arsenal pénal avec des lois "fermes et exemplaires". Le procès Bongo-Valentin pour détournement et blanchiment est présenté comme une preuve de cette volonté de changement. Selon l'homme fort du pays, chaque gestionnaire devra désormais "rendre compte de ses actes".

On peut donc s'étonner des allégations de Sosthène Nguema Nguema. Demain, ce sera à qui le tour ? Car, au-delà des procès retentissants liés à l'ancien régime, on observe surtout un silence troublant sur les turpitudes du nouveau système, laissant craindre une justice à géométrie variable.

Par Anne Marie DWORACZEK-BENDOME, Journaliste
11 janvier 2026

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