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Gabon : Le référendum constitutionnel, mascarade ou renouveau ?
À l'approche du référendum constitutionnel gabonais, les tensions s'exacerbent. Entre promesses de changement et soupçons de manœuvres politiques, le scrutin d'octobre cristallise les enjeux d'une transition controversée.
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Jean Delors Biyogue Bi Ntougou
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L'opacité du processus constitutionnel en question
Le processus d'élaboration de la nouvelle constitution gabonaise soulève de nombreuses interrogations. Paradoxalement, alors que le référendum approche à grands pas, le contenu précis du projet demeure inconnu du grand public. Cette situation ubuesque alimente les spéculations et suscite une méfiance croissante au sein de la population.
Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, figure emblématique du comité constitutionnel, s'est distingué par des déclarations pour le moins intrigantes. Le 1ᵉʳ août 2024, il affirmait : "Moi, j'appelle à voter oui parce que j'ai des éléments portant sur le contenu de l'ébauche de la nouvelle Constitution." Cette prise de position, à un moment où les Gabonais étaient maintenus dans l'ignorance, a été perçue comme une provocation par de nombreux observateurs.
Le manque de transparence qui entoure l'élaboration du texte fondamental contraste singulièrement avec les promesses de renouveau démocratique martelées par les autorités de transition. Cette opacité soulève des questions légitimes sur la nature réelle du processus en cours et sur la volonté des militaires de partager effectivement le pouvoir avec la société civile.
Bio : Delors BIYOGUE BI NTOUGOU
Jean Delors BIYOGUE BI NTOUGOU est un acteur politique gabonais au parcours complexe. Docteur en sciences sociales et économiques, spécialisé en sciences politiques, il s'est d'abord présenté comme candidat à l'élection présidentielle du 26 août 2023 au Gabon.
Après le coup d'État militaire du 30 août 2023 qui a renversé le régime d'Ali Bongo Ondimba, BIYOGUE BI NTOUGOU s'est rallié aux nouvelles autorités. Le 8 novembre 2023, il a été nommé président du Conseil d'Administration de l'Agence gabonaise de sécurité alimentaire par le gouvernement de transition, lors d'un Conseil des ministres présidé par Brice Clotaire Oligui Nguema, le chef de la junte militaire.
Son engagement auprès du nouveau régime s'est encore renforcé le 7 mai 2024, lorsqu'il a été désigné membre du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), chargé de mettre en place un Comité constitutionnel national.
Ces nominations successives font de Jean Delors BIYOGUE BI NTOUGOU un acteur clé du régime de transition militaire en place depuis un an au Gabon. Sa trajectoire, passant d'opposant à soutien du nouveau pouvoir, invite à considérer ses prises de position avec un regard critique, en tenant compte de son implication directe dans les structures du régime actuel.
Les militaires, arbitres ou acteurs du jeu politique ?
L'implication des forces armées dans le processus de transition suscite des débats houleux au sein de la classe politique gabonaise. Si certains saluent le rôle stabilisateur joué par l'armée depuis le coup d'État du 30 août 2023, d'autres dénoncent une militarisation rampante des institutions.
Le général Brice Clotaire Oligui Nguema, initialement présenté comme un garant temporaire de la stabilité, ne cache plus ses ambitions présidentielles. Cette volte-face apparente par rapport aux engagements initiaux de "rendre le pouvoir aux civils" alimente les craintes d'une confiscation du pouvoir par la junte militaire.
Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, dans son entretien à TV5 Monde, a défendu le droit du général Oligui Nguema à se présenter à l'élection présidentielle, arguant qu'aucun texte n'interdit à un militaire de briguer la magistrature suprême. Cette interprétation extensive du principe d'égalité devant le suffrage soulève néanmoins des questions éthiques sur la séparation des pouvoirs et le risque d'instrumentalisation des forces armées à des fins politiques.
Un bilan de transition controversé
Le tableau dressé par Jean Delors Biyogue Bi Ntougou de la transition gabonaise contraste fortement avec les critiques émises par certains acteurs politiques, notamment l'ancien Premier ministre Alain Claude Bilié Bi Nzé. Là où Biyogue voit une "marque de fabrique" positive avec "un pays en chantier" et "la paix sociale", ses détracteurs pointent l'inefficacité des mesures prises et des méthodes contestables.
La réalité semble plus nuancée. Si certaines avancées sont indéniables, comme la revalorisation de la situation des retraités ou l'amélioration du système de Sécurité sociale, l'ampleur réelle des changements reste à évaluer. La rhétorique du "pays en chantier" ne doit pas occulter les défis structurels auxquels le Gabon reste confronté, notamment en termes de diversification économique et de lutte contre la corruption.
L'absence de mouvements sociaux d'envergure, présentée comme un signe de stabilité, peut également être interprétée comme le résultat d'un contrôle accru sur la société civile. La "coopération civilo-militaire" vantée par Biyogue soulève des interrogations sur l'équilibre réel des pouvoirs au sein des institutions de transition.
Les enjeux cruciaux du référendum
Le référendum constitutionnel d'octobre s'annonce comme un moment charnière pour l'avenir politique du Gabon. Au-delà de la simple approbation d'un texte, c'est la légitimité même du processus de transition qui sera jugée par les urnes.
Les promesses de limitation du nombre de mandats présidentiels et de garantie de l'alternance politique, présentées comme des avancées majeures par Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, devront être scrutées à l'aune du texte final. L'intangibilité de ces dispositions, si elle se confirme, pourrait effectivement marquer une rupture significative avec les pratiques du passé.
Cependant, le processus d'adoption de la constitution soulève des questions sur la répartition effective des pouvoirs. Le rôle consultatif attribué au Parlement, dont les recommandations doivent être validées par les autorités militaires, interroge sur la nature réellement démocratique de l'exercice. La décision de soumettre le texte à référendum, présentée comme une mesure de légitimation populaire, ne saurait à elle seule garantir le caractère inclusif et transparent du processus constitutionnel.
In fine, le référendum d'octobre constituera un test crucial pour la crédibilité des autorités de transition. Entre aspirations démocratiques et réalités du pouvoir, les Gabonais devront trancher sur l'avenir institutionnel de leur pays. L'enjeu dépasse largement le cadre national, la communauté internationale scrutant attentivement cette expérience de transition, potentiel modèle ou contre-exemple pour une région marquée par l'instabilité politique.
@DworaczekBendom
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