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Billet de blog 20 août 2024

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Gabon : la justice à l'épreuve des réseaux sociaux

Au Gabon, l'émission de mandats de dépôt contre deux activistes pour des propos tenus en ligne soulève des questions cruciales sur la liberté d'expression à l'ère numérique. Cette affaire révèle les tensions entre régulation d'internet et droits fondamentaux dans un pays en transition.

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L'affaire Zeng-Amiang : révélatrice des tensions entre liberté d'expression et diffamation en ligne

Dans un contexte de transition politique, le Gabon se trouve confronté à un défi judiciaire d'un nouveau genre. L'émission récente de mandats de dépôt à l'encontre de deux activistes, Stéphane Zeng et Landry Amiang Washington, pour des propos tenus sur les réseaux sociaux, soulève des questions cruciales sur l'équilibre entre liberté d'expression et protection de la réputation individuelle à l'ère numérique.


Illustration 1
justice gabonaise réseaux sociaux © Rd Agency ¤

Un cas emblématique des défis posés par l'activisme en ligne

L'affaire qui secoue actuellement la scène médiatique gabonaise trouve son origine dans une série de diffusions en direct sur TikTok et Facebook. Au cours de ces sessions, Zeng et Amiang Washington auraient proféré des accusations graves à l'encontre de Hervé Patrick Opiangah, une figure publique gabonaise. Les termes employés, particulièrement virulents, incluaient des qualificatifs tels que "criminel rituel" et "pédophile", dépassant largement le cadre de la critique politique habituelle.

Cette affaire met en lumière la complexité des enjeux liés à l'expression en ligne dans un pays en pleine mutation politique. Elle soulève des questions fondamentales sur la nature de l'activisme à l'ère des réseaux sociaux, les limites de la liberté d'expression, et la capacité du système judiciaire à s'adapter aux nouvelles formes de communication.

Une réponse judiciaire ferme qui soulève des interrogations

La décision du parquet de Libreville d'émettre des mandats de dépôt contre Zeng et Amiang Washington marque un tournant dans l'approche de la justice gabonaise face aux délits commis sur les réseaux sociaux. Cette action s'inscrit dans une volonté affichée de renforcer l'autorité judiciaire, comme l'a souligné le président de la Transition.

Un dispositif de sécurité disproportionné ?

Le déploiement d'un dispositif de sécurité impressionnant pour l'exécution de ces mandats soulève des questions quant à la proportionnalité de la réponse étatique :

  • Mobilisation de la Direction Générale des Recherches (DGR) et de la Direction Générale de la Contre Ingérence et de la Sécurité Militaire (B2)
  • Renforcement de la surveillance aux frontières impliquant les forces de défense, la gendarmerie et le Cedoc

Ce déploiement massif pour une affaire de diffamation en ligne interroge sur la perception du risque associé à ces activistes et pourrait être interprété comme une forme d'intimidation.

Les enjeux sous-jacents d'une affaire complexe

Cette affaire cristallise plusieurs problématiques cruciales pour le Gabon et, plus largement, pour le continent africain à l'heure du tout numérique.

La difficile régulation de l'espace numérique

L'utilisation des réseaux sociaux comme tribune pour des accusations graves met en évidence les défis auxquels sont confrontés les États africains dans la régulation de l'espace numérique. Comment concilier la liberté d'expression, pilier démocratique, avec la nécessité de protéger les individus contre la diffamation et le harcèlement en ligne ?

L'adaptation du cadre juridique à l'ère digitale

Le cas Zeng-Amiang souligne l'urgence d'une mise à jour du cadre juridique gabonais – et plus largement africain – pour répondre aux spécificités des délits commis en ligne. Les lois sur la diffamation, souvent conçues pour les médias traditionnels, se révèlent parfois inadaptées face à la rapidité et à l'ampleur de la diffusion de l'information sur les réseaux sociaux.

Le rôle ambivalent des plateformes numériques

Cette affaire pose également la question de la responsabilité des plateformes comme TikTok et Facebook dans la modération des contenus. Quelle doit être leur implication dans la prévention et la gestion des cas de diffamation, particulièrement dans des contextes politiques sensibles ?

Analyse critique : entre nécessité de justice et risques pour la liberté d'expression

La fermeté de la réponse judiciaire dans cette affaire peut être interprétée de diverses manières :

  1. Une volonté de restaurer l'ordre et la crédibilité de l'État : Dans un contexte de transition politique, cette action pourrait viser à démontrer la capacité de l'État à faire respecter la loi, y compris dans l'espace numérique.
  2. Un risque d'effet dissuasif sur la liberté d'expression : La sévérité de la réponse pourrait conduire à une autocensure des activistes et des citoyens, craignant des poursuites pour leurs propos en ligne.
  3. Un précédent juridique potentiellement dangereux : L'utilisation de moyens judiciaires et sécuritaires importants pour une affaire de diffamation en ligne pourrait ouvrir la voie à une judiciarisation excessive des conflits sur les réseaux sociaux.
  4. Une opportunité de clarification juridique : Cette affaire pourrait servir de catalyseur pour une réflexion approfondie sur l'encadrement légal de l'expression en ligne au Gabon.

Perspectives : vers une redéfinition des droits numériques en Afrique ?

L'affaire Zeng-Amiang pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières gabonaises :

  1. Pour la liberté d'expression en Afrique : L'issue de cette affaire pourrait influencer la manière dont d'autres pays africains abordent la question de la liberté d'expression en ligne.
  2. Pour l'évolution du cadre juridique : Cette affaire pourrait accélérer la réflexion sur l'adaptation des lois africaines aux réalités du numérique, notamment en matière de diffamation et de protection de la vie privée.
  3. Pour les stratégies des réseaux sociaux en Afrique : Les plateformes comme TikTok et Facebook pourraient être amenées à repenser leurs politiques de modération pour le continent africain, prenant en compte les spécificités politiques et culturelles locales.
  4. Pour l'activisme numérique : Cette affaire pourrait marquer un tournant dans les méthodes d'engagement en ligne des activistes africains, les poussant peut-être vers des formes d'expression plus mesurées ou des plateformes alternatives.

Un test crucial pour la démocratie numérique au Gabon

L'affaire Zeng-Amiang représente bien plus qu'un simple cas de diffamation en ligne. Elle constitue un test crucial pour la capacité du Gabon – et par extension, de l'Afrique – à naviguer les eaux troubles de la démocratie à l'ère numérique.

Alors que le procès suit son cours, il sera essentiel d'observer comment la justice gabonaise parviendra à équilibrer la protection des individus contre la diffamation et la préservation d'un espace de débat public ouvert et dynamique. La décision finale pourrait bien servir de baromètre pour l'état de la liberté d'expression et des droits numériques non seulement au Gabon, mais dans toute l'Afrique subsaharienne.

Dans un monde où les réseaux sociaux deviennent le principal forum de débat public et d'activisme politique, l'enjeu n'est rien de moins que la définition des contours de la citoyenneté numérique africaine du 21e siècle. Le Gabon, à travers cette affaire, pourrait bien être en train d'écrire un chapitre crucial de cette histoire en devenir.

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