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Billet de blog 23 septembre 2024

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Ali Bongo implore la clémence : l'ultime cynisme d'un autocrate déchu

Un an après sa destitution, l'ex-despote gabonais Ali Bongo sort enfin de son silence doré.

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Dans une lettre ouverte d'une hypocrisie révoltante, il mendie la pitié pour sa famille emprisonnée, tout en osant évoquer ses "insuffisances". Un geste tardif qui ne trompe personne et divise une nation meurtrie.

Illustration 1
Le président déchu du Gabon, M. Ali Bongo Ondimba

La missive d'Ali Bongo : un chef-d'œuvre de duplicité

Le 19 septembre 2024, Ali Bongo Ondimba brise enfin son mutisme calculé. L'ancien autocrate gabonais, balayé par un coup d'État salvateur en août 2023, a l'outrecuidance de s'adresser au peuple qu'il a spolié pendant 14 ans. Ce document, authentifié par son avocate Me Gisèle Eyue Békalé, illustre l'indécence crasse qui a caractérisé l'ère Bongo.

Dans ce plaidoyer larmoyant, l'ex-tyran feint une contrition de pacotille, évoquant du bout des lèvres les "insuffisances" de son règne calamiteux. Il prétend comprendre "la volonté des citoyens de souhaiter de nouveaux responsables politiques". Cette pseudo-autocritique, aussi creuse que tardive, ne saurait effacer les années de prédation et de répression qui ont marqué ses mandats.

Le véritable dessein de cette missive éclate au grand jour : Ali Bongo, ce rapace insatiable, quémande la libération de son épouse Sylvia et de son fils Noureddin, croupissant en prison depuis le coup d'État salvateur. Il ose les qualifier de "bouc-émissaires impuissants", lui qui n'a pas hésité à broyer ses opposants pendant des années.

Cette supplique obscène soulève une interrogation cruciale : peut-on seulement envisager la clémence envers les Bongo sans cracher au visage de leurs innombrables victimes ? Le dilemme est d'autant plus révoltant que Sylvia et Noureddin Bongo sont inculpés pour des crimes gravissimes : "haute trahison" et "détournements massifs de deniers publics".

Illustration 2
Gabon, défilé du 17 aout 2023 -Ali et Sylvia Bongo Ondimba.

Un bilan présidentiel catastrophique

Pour saisir l'ampleur de l'imposture, il faut disséquer le bilan apocalyptique des 14 années de despotisme d'Ali Bongo. Malgré les ressources colossales du Gabon, son règne a plongé le pays dans un marasme sans précédent.

Les chiffres sont accablants : le taux de pauvreté a explosé de près de 10 points sous ses deux mandats frauduleux. Cette débâcle est d'autant plus scandaleuse que même les pays les plus miséreux d'Afrique n'ont pas connu une telle descente aux enfers. Comment justifier un tel désastre dans un pays regorgeant d'or noir, de minerais et de bois précieux ?

La réponse est simple : une kleptocratie éhontée, érigée en système de gouvernement. Ali Bongo a perpétué et perfectionné la machine à piller mise en place par son père Omar. Les détournements de fonds se sont multipliés à un rythme effréné, tandis que les hôpitaux tombaient en ruine et que les enfants gabonais croupissaient dans des écoles délabrées.

Cette gestion criminelle a engendré une haine viscérale au sein de la population. Les promesses de "changement" martelées par Ali Bongo lors de sa prise de fonction en 2009, se sont révélées être un tissu de mensonges éhontés. La colère populaire a atteint son paroxysme avec sa réélection truquée de 2016, une parodie de démocratie qui a bafoué la volonté du peuple.

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Illustration 3
Noureddin Bongo et sa « Young Team » inculpés, seul Jessye Ella Ekogha est libre
n appel à la clémence qui divise et indigne

La supplique d'Ali Bongo provoque des réactions contrastées au sein de la population gabonaise. Si quelques âmes naïves osent encore plaider pour le pardon, invoquant la capacité de chacun à reconnaître ses erreurs, la majorité des Gabonais voit clair dans le jeu du tyran déchu.

De nombreux citoyens rejettent catégoriquement cette démarche hypocrite. Ils estiment, à juste titre, que la "réconciliation nationale" ne saurait être l'affaire d'Ali Bongo. Le peuple gabonais, trop longtemps bâillonné, place désormais ses espoirs en Brice Clotaire Oligui Nguema, vu comme le véritable artisan potentiel de la transformation du pays.

Cette vague d'indignation témoigne des plaies béantes laissées par plus d'un demi-siècle de dictature Bongo. La transition démocratique en cours reste fragile, menacée par les réseaux mafieux tissés par l'ancien régime.

Un avenir incertain pour le Gabon

La lettre d'Ali Bongo n'est qu'une diversion grossière face aux défis colossaux qui attendent le Gabon. Quid des centaines d'opposants torturés dans les geôles du régime ? Quelle justice pour les manifestants massacrés en 2016 ? Comment récupérer les milliards engloutis dans les paradis fiscaux par le clan Bongo ?

Le nouveau pouvoir militaire, dirigé par le général Oligui Nguema, se retrouve face à un chantier titanesque. Il doit purger l'appareil d'État des sbires de Bongo tout en évitant de sombrer dans une nouvelle autocratie. La tentation de l'arbitraire reste forte, comme en témoigne le traitement réservé à Ali Bongo, qui se dit "soumis à surveillance quotidienne".

L'avenir du Gabon se jouera dans sa capacité à éradiquer le cancer laissé par les Bongo. La réconciliation nationale ne pourra se faire sans une justice implacable, impliquant la restitution des biens mal acquis et la condamnation des responsables de crimes économiques.

En définitive, la lettre d'Ali Bongo n'est que le dernier soubresaut d'un politicien véreux, plus soucieux du confort de sa progéniture que du sort du peuple qu'il a saigné à blanc. Son appel à la clémence résonne comme une ultime insulte face à l'océan de souffrances qu'il a engendré. Le Gabon tourne enfin la page la plus sombre de son histoire, mais le chemin vers la rédemption sera long et douloureux.

@DworaczekBendom

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