Agrandissement : Illustration 1
Sommet CEMAC : cinq chefs d'État à Kintélé
Le 22 janvier 2026, Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo et président en exercice de la CEMAC, a convoqué un sommet extraordinaire à Kintélé, au nord de Brazzaville. Ont répondu présents Théodoro Obiang Nguema Mbasogo, chef d'État de la Guinée équatoriale, Faustin-Archange Touadéra, président de la République centrafricaine, ainsi que Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République gabonaise. Le Tchad a mandaté Tahir Hamid Nguilin, ministre d'État chargé des Finances, du Budget, de l'Économie et de la Coopération internationale, représentant le président Mahamat Idriss Déby. Pour le Cameroun, Louis Paul Motazé, ministre des Finances, agissait au nom du président Paul Biya.
Cette rencontre urgente s'inscrivait dans un contexte macroéconomique régional alarmant, marqué par l'érosion des réserves de change de la zone CEMAC, établies à 6 377 milliards de francs CFA en 2025 contre 7 295 milliards en 2024. La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) anticipe un redressement progressif à 6 566 milliards en 2026, puis 6 993 milliards en 2027, permettant de couvrir plus de quatre mois d'importations. Selon la BEAC, "cette trajectoire demeure fragile et tributaire d'une discipline budgétaire stricte de chaque État membre". Elle dépend également de la capacité à mobiliser des financements extérieurs sans alourdir les endettements publics, et d'une coordination renforcée avec le FMI pour éviter une crise monétaire dès le premier trimestre 2026. Denis Sassou Nguesso a prévenu : "Des mesures de redressement doivent être mises en œuvre en urgence dans nos différents États."
CEMAC : six économies sous pression
Ainsi, en 2024, le ratio moyen dette sur PIB dans la CEMAC s'est maintenu à 52,5%, avec une prévision de légère diminution à 52,2% en 2025. Toutefois, deux pays dépassaient déjà le seuil communautaire de 70% du PIB fixé par les critères de convergence CEMAC : le Congo avec 93,5% du PIB et le Gabon avec 74,7% du PIB en 2024, tendances qui se sont poursuivies en 2025. Le Cameroun, le Tchad et la Guinée équatoriale ont également enregistré des hausses, bien qu'à un rythme moindre. Le solde budgétaire moyen de la CEMAC est resté stable en 2025 à moins 1,3% du PIB, avec une détérioration observée au Cameroun et en Guinée équatoriale.
Parallèlement, le ratio service de la dette publique sur recettes budgétaires a atteint 43,6% en 2025 pour l'ensemble de la zone CEMAC, absorbant près de la moitié des ressources publiques hors emprunts et dons. Le Gabon et le Congo demeurent les plus affectés, avec des ratios respectifs de 45,2% et 30,8%, tandis que le Cameroun est remonté à 14,6% en 2025 après une amélioration temporaire. Pour la dette extérieure, les remboursements ont absorbé 22,1% des recettes d'exportations de biens et services non financiers en 2025, contre 18% en 2022, reflétant une pression accrue sur les revenus d'exportations fortement corrélés aux hydrocarbures. Un analyste de la BEAC souligne que "cette dynamique limite drastiquement la marge de manœuvre budgétaire régionale et réduit la capacité d'absorption de nouveaux chocs économiques".
Gabon août 2023-janvier 2026 : trajectoire économique critique
Dans le cas, plus spécifique du Gabon, le 30 août 2023, un coup d'État militaire a mis fin à plus d'un demi-siècle de règne de la famille Bongo. Les nouvelles autorités, dans la foulée, ont annoncé une transition politique devant durer au maximum deux ans, avec pour objectif la construction de nouvelles institutions et le retour à la gouvernance civile. Le 30 décembre 2025, le gouvernement a tenu parole et officiellement déclaré la fin de la transition politique, toutes les institutions transitoires ayant été remplacées après les élections ou par décret présidentiel.
Cinq ministres, vingt-huit mois, trajectoire budgétaire confuse
Ainsi, entre septembre 2023 et janvier 2026, quatre personnalités se sont succédé à la gestion des finances publiques gabonaises, révélant l'instabilité institutionnelle chronique de la transition. Charles Mba, expert-comptable, premier ministre des Comptes publics et du Budget de la transition, a été nommé le 9 septembre 2023. Devant l'Assemblée nationale de transition en décembre 2023, il a présenté un budget 2024 ambitieux de 4 162 milliards de francs CFA, promettant notamment "la correcte budgétisation" de certaines opérations prioritaires et affirmant que "le Gabon ne fera pas de plan d'austérité". Cependant, sous sa gestion, le ratio dette sur PIB a franchi le seuil communautaire de 70%, passant de 70,6% fin 2023 à 72,5% en 2024, tandis que les recettes budgétaires prévues à 2 862,2 milliards de francs CFA peinaient à se matérialiser.
Puis, Mays Mouissi, analyste économique de 37 ans, a occupé le poste de ministre de l'Économie et des Participations du 9 septembre 2023 au 15 janvier 2025. Prônant la transparence économique, il a rendu publics les contrats forestiers, miniers et pétroliers, et a publié les bilans de ses 100, 200 et 365 jours à la tête de son ministère. Sous son mandat, l'État gabonais a acquis 56% des actions d'Afrijet, 35% de GAGEPAR-CECA-GADIS, 100% de SUCAF Gabon, et a orchestré en novembre 2024 le rachat de 290 millions de dollars d'Eurobond 2025, réduisant la dette extérieure de 605 à 315 millions de dollars. Malgré ces opérations saluées comme " témoignant de la confiance des investisseurs", la dette publique totale a explosé, atteignant 8 606,643 milliards de francs CFA à fin octobre 2025, soit une progression brutale de 20,657% par rapport à fin décembre 2024. Mouissi a quitté le ministère de l'Économie en janvier 2025 pour rejoindre l'Environnement, laissant derrière lui une situation budgétaire alarmante.
Dès lors, Mark Alexandre Doumba, entrepreneur et économiste de 37 ans, a été nommé ministre de l'Économie et des Participations le 15 janvier 2025, succédant à Mays Mouissi. Fils d'Émile Doumba, ancien ministre sous Omar Bongo, et ancien rédacteur en chef de l'Africa Policy Journal à Harvard, il incarnait une nouvelle génération censée moderniser l'économie gabonaise. En février 2025, il a signé une convention d'investissement de 30 milliards de francs CFA avec le métallurgiste camerounais Prometal et négocié un accord de dettes croisées avec les traders locaux des hydrocarbures pour contenir les prix des carburants. Sélectionné en avril 2025 parmi les Young Global Leaders du Forum Économique Mondial, Doumba a été présenté comme "un profil rare dans le paysage africain" capable de "positionner le pays au cœur des réflexions économiques mondiales". Toutefois, cette reconnaissance internationale n'a pas empêché le gouvernement de le déplacer au ministère de l'Économie Numérique, de la Digitalisation et de l'Innovation dès mai 2025, moins de quatre mois après sa nomination aux Finances, réduisant drastiquement son périmètre d'action sur la politique économique nationale.
Le 5 mai 2025, Henri-Claude Oyima, banquier influent, président-directeur général du groupe BGFIBank, a été nommé ministre d'État de l'Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la lutte contre la vie chère. Architecte du groupe BGFI, devenu première banque de la zone CEMAC avec un résultat net consolidé de 122 milliards de francs CFA en 2024, Oyima incarnait "un profil technique et stratégique" censé rassurer bailleurs et investisseurs. En décembre 2025, il a annoncé que "l'ordonnateur de crédit n'est pas la Direction générale du Budget" mais "chaque ministre sectoriel", promettant transparence et responsabilisation. Durant son mandat, il a suspendu les missions et formations à l'étranger, ainsi que le traitement et le paiement des baux administratifs, évoquant une progression préoccupante de 6,6 milliards de francs CFA en 2013 à plus de 25 milliards en 2025, contribuant à une dette de 67 milliards de francs CFA d'arriérés. Néanmoins, son maintien simultané à la tête de BGFIBank pendant son mandat ministériel a suscité des interrogations persistantes sur les conflits d'intérêts, alors que le groupe préparait son introduction en bourse à la BVMAC. Oyima a quitté le gouvernement le 1er janvier 2026, quelques jours après la dégradation de la note souveraine gabonaise par Fitch Ratings.
Le pari "Minko-Abéghé"
Le remaniement gouvernemental du 1er janvier 2026 a marqué une étape décisive dans la présidence de Brice Oligui Nguema. Face aux turbulences économiques, le chef de l'État a choisi de confier les cordons de la bourse à un duo de technocrates aux profils complémentaires.
D'une part, l'arrivée de Thierry Minko à la tête de la stratégie budgétaire apporte une caution internationale indéniable ; son expertise acquise à l'Institut du FMI à Washington est le gage d'une rigueur retrouvée. D'autre part, la nomination de Marc Abéghé au poste de Ministre délégué au Budget vient stabiliser l'édifice. Ce dernier, véritable mémoire des arcanes de l'Économie, devra transformer les réformes techniques en réalités politiques. L'enjeu de ce binôme est clair : rompre avec l'instabilité passée pour sceller définitivement un accord avec le FMI et rassurer les bailleurs de fonds internationaux sur la solidité de la signature gabonaise.
Or, cette valse ministérielle incessante n'a produit aucune amélioration structurelle. Sur le plan économique, l'année 2023 a vu le PIB réel gabonais reculer de 2,4%, contre une croissance de 3% en 2022, en raison d'une contraction de l'activité du secteur hors pétrole qui n'a progressé que de 1,9% contre 3% l'année précédente. Malgré cette régression, l'exécution budgétaire a dégagé un excédent record de 1 320,6 milliards de francs CFA. Dès 2024, le Gabon a franchi la ligne rouge fixée par la CEMAC, avec une dette publique estimée à 72,5% du PIB contre 70,6% l'année précédente. En 2025, la situation s'est fortement détériorée : le PIB gabonais a chuté à près de 20 milliards de dollars, résultat de la fin du cycle haussier tiré par le pétrole et du ralentissement de la dépense publique observé depuis le second semestre 2024. Le secteur pétrolier représente désormais un repli estimé à plus de 35% du PIB et 70% des recettes d'exportation, tandis que le secteur non pétrolier subit le coût de l'énergie, les contraintes logistiques et la rareté du financement.
À fin octobre 2025, la dette publique gabonaise s'établissait à 8 606,643 milliards de francs CFA, soit une progression de 20,657% par rapport à fin décembre 2024. Cette hausse brutale résulte principalement de l'endettement intérieur sur le marché financier régional, dépassant 3 200 milliards de francs CFA, et de l'accumulation d'arriérés de paiement atteignant 443,6 milliards de francs CFA à fin octobre 2025, en hausse de plus de 174 milliards par rapport à décembre 2024. Le FMI anticipe désormais un ratio dette sur PIB de 82% en 2026, largement au-delà de la norme CEMAC de 70%, tandis que la Banque mondiale projette un dépassement à 86% d'ici 2027. Face à cette trajectoire insoutenable, Fitch Ratings a dégradé la note souveraine gabonaise de CCC à CCC- le 19 décembre 2025, évoquant "un risque de défaut de paiement significativement accru". Parallèlement, le gouvernement table sur une croissance ambitieuse de 6,5% pour 2026, là où le FMI maintient des prévisions prudentes de 2,6% seulement.
Gabon – 21 janvier 2026 – ministre de l'Économie, Thierry Minko
Négociations avec le FMI en cours, mission prévue en février 2026
Ainsi, le 21 janvier 2026, le ministre de l'Économie Thierry Minko a publié un communiqué annonçant "la conclusion d'un programme de croissance soutenu par le FMI". Toutefois, cette formulation a semé la confusion auprès des citoyens et des observateurs internationaux. Aucun document technique n'a été publié, aucun chiffre cible n'a été précisé, et aucun calendrier de réformes n'a été dévoilé. Le 23 janvier 2026, un porte-parole du FMI a rectifié : "Bien que les autorités aient annoncé leur intention de travailler en vue d'un programme soutenu par le FMI, nous n'avons pas encore reçu de demande formelle". Selon l'Agence Ecofin du 26 janvier 2026, le FMI prévoit une mission au Gabon en février 2026, confirmant que le programme n'est pas encore formellement approuvé par le conseil d'administration du Fonds. Les discussions techniques et institutionnelles se poursuivent activement, mais demeurent dans une phase préparatoire.
Le communiqué ministériel évoque la reconnaissance du Gabon envers le FMI, la Banque mondiale et l'ensemble des bailleurs bilatéraux et multilatéraux pour leur appui constant. Il insiste également sur l'alignement avec la politique macroéconomique de la CEMAC, appelant à "une démarche collective et concertée à l'échelle communautaire". Une rencontre entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI, avait eu lieu le 5 novembre 2025, portant sur la gouvernance, la transparence et l'amélioration des conditions de vie. Cependant, entre discours de principe et engagements chiffrés détaillés, le fossé demeure béant, et aucune mesure budgétaire ou fiscale concrète n'a été officiellement communiquée pour inverser la trajectoire de la dette ou protéger les populations vulnérables face aux ajustements structurels attendus.
Agrandissement : Illustration 2
Gabon – 21 janvier 2026 – ministre de l'Économie, Thierry Minko
Négociations avec le FMI en cours, mission prévue en février 2026
Ainsi, le 21 janvier 2026, le ministre de l'Économie Thierry Minko a publié un communiqué annonçant "la conclusion d'un programme de croissance soutenu par le FMI". Toutefois, cette formulation a semé la confusion auprès des citoyens et des observateurs internationaux. Aucun document technique n'a été publié, aucun chiffre cible n'a été précisé, et aucun calendrier de réformes n'a été dévoilé. Le 23 janvier 2026, un porte-parole du FMI a rectifié : "Bien que les autorités aient annoncé leur intention de travailler en vue d'un programme soutenu par le FMI, nous n'avons pas encore reçu de demande formelle". Selon l'Agence Ecofin du 26 janvier 2026, le FMI prévoit une mission au Gabon en février 2026, confirmant que le programme n'est pas encore formellement approuvé par le conseil d'administration du Fonds. Les discussions techniques et institutionnelles se poursuivent activement, mais demeurent dans une phase préparatoire.
Le communiqué ministériel évoque la reconnaissance du Gabon envers le FMI, la Banque mondiale et l'ensemble des bailleurs bilatéraux et multilatéraux pour leur appui constant. Il insiste également sur l'alignement avec la politique macroéconomique de la CEMAC, appelant à "une démarche collective et concertée à l'échelle communautaire". Une rencontre entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI, avait eu lieu le 5 novembre 2025, portant sur la gouvernance, la transparence et l'amélioration des conditions de vie. Cependant, entre discours de principe et engagements chiffrés détaillés, le fossé demeure béant, et aucune mesure budgétaire ou fiscale concrète n'a été officiellement communiquée pour inverser la trajectoire de la dette ou protéger les populations vulnérables face aux ajustements structurels attendus.
Agrandissement : Illustration 3
Gabon, communiqué du 21 janvier 2026 : Rapatriement des fonds RES
Rapatriement des fonds RES : geste ou nécessité ?
Toujours le 21 janvier 2026, dans un second communiqué, le ministre de l'Économie Thierry Minko a ordonné à la Gabon Oil Company (GOC) et ses filiales de procéder au rapatriement immédiat et intégral des Fonds de Restauration des Sites (Fonds RES) détenus à l'étranger. Le montant annoncé s'élève à 270 millions de dollars, soit environ 159 milliards de francs CFA arrêtés au 31 décembre 2025. Ces fonds, constitués par les opérateurs extractifs pour la remise en état des sites en fin d'exploitation, devront désormais être logés dans des comptes contribuant directement au renforcement des réserves de change de la BEAC. Thierry Minko a qualifié cette décision de « ferme et définitive ».
Cette décision s'inscrit officiellement dans le cadre du règlement n°1/CEMAC/UMAC/UM du 23 décembre 2021, qui encadre les opérations de change des entreprises extractives résidentes. Elle a été élargie au sommet extraordinaire de Kintélé du 22 janvier 2026, où les chefs d'État de la CEMAC ont adopté une résolution de portée régionale visant le rapatriement de l'ensemble des actifs financiers des acteurs du secteur extractif actuellement détenus dans des banques occidentales et asiatiques. Le communiqué final du sommet précise : « obligation stricte faite aux acteurs économiques, notamment du secteur extractif, de rapatrier leurs devises afin de renforcer durablement les réserves de change ». Le gouvernement gabonais a précisé que tous les autres opérateurs internationaux du secteur extractif implantés au Gabon pourront également, selon les accords conclus avec la BEAC, procéder au rapatriement de leurs Fonds RES en dollars au bénéfice de la zone CEMAC.
Gabon & FMI : ni feuille de route chiffrée ni calendrier
Donc, Libreville affiche une volonté de réforme, mais sans feuille de route chiffrée ni calendrier précis. La mission FMI de février 2026 sera déterminante pour transformer les discussions préparatoires en programme formel. Pour gagner en crédibilité, le gouvernement doit publier des indicateurs de suivi transparents, clarifier les mécanismes de protection sociale et démontrer son appropriation nationale du programme. Un économiste régional rappelle que « seule une discipline budgétaire rigoureuse, couplée à une communication pédagogique continue, permettra d'éviter une crise monétaire CEMAC et de restaurer la confiance ». Que les autorités passent enfin des promesses aux actes.
Par Anne Marie DWORACZEK-BENDOME | Journaliste | 26 janvier 2026