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Billet de blog 29 janvier 2026

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Crise scolaire au Gabon : Un baptême du feu pour Brice Oligui Nguema

À peine quelques mois après son élection à la présidence de la République le 12 avril 2025, Brice Clotaire Oligui Nguema affronte sa première tempête sociale d'envergure.

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Le secteur éducatif, poumon de la nation, est à l'arrêt. Sept semaines de grève ont transformé les écoles en déserts, portées par une base enseignante déterminée. La libération des leaders syndicaux Simon Ndong Edzo et Marcel Libama, le 26 janvier, a marqué un tournant décisif. Si cette main tendue répond au préalable exigé par les grévistes, elle place le nouveau chef de l'État devant un défi immense : prouver que son mandat électif peut apporter les solutions structurelles qu'un système scolaire exsangue réclame depuis trop longtemps.

Illustration 1
Oligui Nguema, président élu du Gabon, le 12 avril 2025, avec un score de 94,85 % des voix.

Libération  in extremis

Une contrainte politique, Simon Ndong Edzo et Marcel Libama ont retrouvé leur liberté le lundi 26 janvier 2026, après cinq journées de captivité au sein de la maison d'arrêt centrale de Libreville. Ces deux protagonistes majeurs de la contestation enseignante avaient été interpellés le 21 janvier dernier pour de prétendus « troubles à l'ordre public », formulation juridique au caractère extensible permettant toutes les manipulations répressives. Leur relâchement n'advient qu'à l'issue d'une mobilisation syndicale, civique et politique sans précédent.

Ainsi, Marcel Libama, figure de proue du collectif SOS Éducation La Base, et Simon Ndong Edzo, pilier historique du Syndicat autonome des enseignants du Gabon (SAEG), ont vu leur emprisonnement déclencher une vague d'indignation au sein des sphères pédagogiques et syndicales. La Confédération nationale des syndicats de l'éducation (Conasysed) ainsi que plusieurs collectifs ont dénoncé unanimement une « pénalisation du mouvement syndical » et réclamé leur libération sans délai. Cette précondition absolue était posée par le personnel enseignant gréviste avant toute réouverture des pourparlers avec le pouvoir exécutif.

Certes, cette libération incarne un acte politique calculé. Elle ne saurait toutefois masquer la violence initiale de leur arrestation, ni les interrogations suscitées par une telle coercition dans un pays censé s'engager vers une démocratisation effective.

Anatomie d'une crise prévisible : chronologie de décembre 2025 à janvier 2026 10 décembre 2025

Déflagration sociale Initiée, le 10 décembre 2025, la grève du personnel enseignant a gelé l'intégralité de l'appareil scolaire national avant même la période des festivités de fin d'année. Dès les premières heures, les amphithéâtres et salles de cours se sont vidés à travers l'ensemble du territoire gabonais, plongeant les infrastructures scolaires dans une désorganisation totale.
Fin décembre 2025 : Radicalisation des positions. Devant l'immobilisme gouvernemental, la fédération syndicale Conasysed a lancé fin décembre un appel à un dialogue social « authentique, sincère et participatif », tout en réitérant les exigences fondamentales : versement immédiat des effets de solde relatifs aux régularisations statutaires, apurement total des rappels de traitement, et couverture des rémunérations horaires. Simultanément, les organisations syndicales ont manifesté leur soutien au SYNETECPRO et au SYNFEP, d'autres entités du domaine pédagogique également en lutte.
5-7 janvier 2026 : Riposte gouvernementale tardive Lors de la reprise du deuxième trimestre scolaire, le 5 janvier, la ministre d'État Camélia Ntoutoume-Leclercq a proclamé le 6 janvier l'amorçage effectif du règlement des vacations dues au personnel enseignant. Transferts bancaires expéditifs et remise par chèques du trésor dès le 7 janvier représentaient des dispositifs visant à combler les impayés cumulés. Néanmoins, cette tentative palliative n'a point atténué la mobilisation gréviste dans diverses localités.
14-15 janvier 2026 : Dispositifs structurants annoncés.  L'exécutif a divulgué le 14 janvier 2026 sept dispositifs concrets supposés satisfaire aux doléances enseignantes. Émanées des délibérations de la commission tripartite interministérielle, ces décisions englobaient la mise en rémunération de 328 diplômés de l'ENS et de l'ENSET, la mise en présalaire de 692 diplômés des ENI, ainsi que l'incorporation de 1 810 enseignants auparavant bénévoles.
19-20 janvier 2026 : Protocole disputé Le 19 janvier 2026, un accord-cadre formel a été paraphé à Libreville entre l'appareil gouvernemental et les organisations syndicales principales du secteur — SENA, SYNETECHPRO et le collectif SOS Éducation. Ce texte prévoyait l'interruption de la grève moyennant des engagements chiffrés et datés de l'État, avec une échéance d'application fixée au 25 février 2026. Pourtant, cet arrangement n'a point recueilli l'adhésion unanime du corps enseignant.
21 janvier 2026 : Interpellations.  En dépit de la signature du protocole, le mercredi 21 janvier 2026, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo ont été incarcérés sous mandat de dépôt à l'établissement pénitentiaire central de Libreville. Cette décision a exacerbé les frictions et endurci la posture des grévistes. La « base » du collectif SOS Éducation a instantanément réprouvé le protocole paraphé par certaines structures syndicales et perpétué la grève, conditionnant toute reprise à la libération préalable de leurs représentants.
26 janvier 2026 : Réouverture conditionnelle des pourparlers À l'issue de leur élargissement le 26 janvier tard le soir, les enseignants se sont déclarés disposés à négocier, tout en réaffirmant leurs requêtes de régularisation statutaire et de liquidation des arriérés. Un comité tripartite piloté par le vice-président du gouvernement Hermann Immongault a été constitué pour tenter de dénouer l'impasse du secteur

Dispositifs gouvernementaux

Entre palliatifs et stratégies Règlement des vacations : urgence trop longtemps ajournée. Dès le 6 janvier 2026, la ministre de l'Éducation nationale a proclamé l'enclenchement effectif du versement des vacations dues au personnel enseignant. Les virements électroniques ont été activés sur-le-champ, tandis que les bénéficiaires réglés par bons du trésor ont pu percevoir leurs droits à partir du 7 janvier à la Direction centrale des affaires financières (DCAF) pour Libreville, et auprès des Trésoreries provinciales pour les régions. Le ministère a souligné que le versement s'exécuterait graduellement pour assurer la fluidité et la sécurité des opérations. Reste que cette disposition, quoique nécessaire, ressemble davantage à un comblement de retard qu'à une stratégie cohérente.

Régularisation statutaire : traitement incomplet
À l'aboutissement des négociations de la commission tripartite interministérielle, l'exécutif s'est obligé à normaliser 4 000 dossiers sur un total de 6 574 situations statutaires recensées à la Fonction publique. Ces régularisations englobent les titularisations, les promotions automatiques et les reclassements post-stage, représentant un taux de couverture de 60,85 %. Or, le reliquat de 2 574 dossiers devra être pris en considération progressivement selon une planification convenue dans le cadre du comité de suivi et d'évaluation. Cette approche fragmentée soulève des questionnements légitimes sur les critères de hiérarchisation et sur le destin réservé aux 40 % d'enseignants dont les dossiers demeurent en attente.
Recrutement et incorporation : Promesses à valider
L'exécutif a divulgué plusieurs dispositions ciblées pour les nouveaux certifiés et les enseignants en situation précaire. À savoir : mise en traitement de 328 diplômés des Écoles normales supérieures (ENS) et de l'École normale supérieure d'enseignement technique (ENSET) ; mise en présalaire de 692 diplômés des Écoles normales d'instituteurs (ENI) de Libreville et de Franceville ; incorporation de 108 enseignants des disciplines scientifiques ; incorporation de 1 810 enseignants anciennement volontaires, représentant 100 % des dossiers traités dans cette catégorie. Ces dispositions devaient s'appliquer graduellement à partir du 25 février 2026. Encore faut-il que les assurances se concrétisent véritablement.
Revalorisation des indemnités : doléance justifiée
L'exécutif s'est également prononcé sur l'amélioration des conditions d'existence et d'exercice du personnel enseignant, notamment la revalorisation des indemnités de logement, d'éloignement et de matériel pédagogique. Ces promesses figurent dans l'accord-cadre paraphé le 19 janvier 2026. Toutefois, aucun montant précis ni calendrier détaillé n'ont été diffusés, nourrissant le scepticisme ambiant.

Dispositif de surveillance : innovation à l'épreuve du concret

L'accord du 19 janvier stipule l'instauration d'un comité de suivi-évaluation paritaire, mandaté pour apprécier l'état d'avancée des engagements et débattre des éventuelles entraves. Ce comité doit siéger au minimum une fois par mois et rendre compte de l'accomplissement des dispositions arrêtées. L'accord-cadre a été paraphé pour une durée de six mois, sauf révision concertée par écrit entre les parties. Cette innovation institutionnelle pourrait représenter une avancée notable si, et uniquement si, elle ne se métamorphose pas en chambre d'enregistrement des défaillances étatiques. Généralisation aux autres fonctionnaires : promesse encore nébuleuse.  Selon le vice-président du gouvernement Hermann Immongault, ces dispositifs seront « étendues à l'ensemble des agents publics de l'État, notamment au personnel de la Santé, conformément aux directives du chef de l'État, Brice Clotaire Oligui Nguema ». Cette extension témoignerait d'une volonté gouvernementale de traiter la question de manière systémique et non sectorielle. Reste que les modalités tangibles de cette universalisation demeurent à ce jour largement indéterminées.

Réactivité gouvernementale : changement de paradigme ?

L'Union, quotidien gabonais privé et pro-gouvernemental, relève que l'exécutif a pris « la pleine mesure de la conjoncture en lançant, sans atermoiement, des négociations avec les acteurs sociaux ». Cette promptitude d'action signalerait « une différence perceptible avec les exécutifs antérieurs, dont la méthode consistait dans la putréfaction de la conjoncture et l'ouverture tardive des discussions avec les syndicats ». Si cette lecture se confirme, elle incarnerait un changement salutaire. Néanmoins, la véritable validation se situera dans l'exécution tangible des obligations souscrites.

Les doléances syndicales détaillées



Le collectif SOS Éducation, constitué spontanément sans véritable leader centralisé, a désigné neuf négociateurs incarnant les neuf provinces du Gabon. Leurs doléances majeures englobent la normalisation des situations statutaires (embauches, incorporations, titularisations, reclassements, promotions avec répercussion financière), le versement intégral des rappels de traitement et des vacations, ainsi que la revalorisation des indemnités de logement et de transport face à l'inflation démesurée. Selon Honorine Angue Mintsa, l'une des déléguées : « Une main nous a été tendue pour engager les discussions sur le protocole de sortie de crise. Dès que la base approuve ce protocole, nous pourrons lever ou suspendre notre mouvement pour regagner les classes. » Cette affirmation illustre la circonspect

SENA, incarné par son Secrétaire Général Magloire Memiaga, insiste particulièrement sur l'institution d'une Commission interministérielle, baptisée « Guichet unique », destinée à accélérer le processus de normalisation des situations statutaires. Magloire Memiaga a affirmé : « Le versement des vacations certes, mais nous attendons la normalisation des situations statutaires via l'instauration d'une Commission interministérielle, c'est-à-dire le Guichet unique. » Le SENA compte parmi les signataires de l'accord-cadre du 19 janvier 2026. Néanmoins, cette signature n'a point réduit au silence les critiques sur l'efficience réelle de ce mécanisme.

SYNETECHPRO, également signataire de l'accord-cadre, partage les doléances principales sur la normalisation statutaire et les trajectoires professionnelles. Son secrétaire général, Ghislain Nguema Mve, a proclamé : « Nous, en tant qu'acteurs sociaux, allons nous appuyer sur cet accord-cadre pour contrôler le 25 février prochain si l'exécutif a tenu ses promesses. » Cette attitude de surveillance traduit une défiance profondément enracinée.

Conasysed,  l'une des fédérations syndicales majeures du secteur, a formulé des requêtes spécifiques : versement immédiat des effets de solde liés aux régularisations statutaires ; apurement intégral des rappels de traitement ; couverture des vacations ; résolution des conjonctures des enseignants confessionnels et volontaires ; versement effectif de l'indemnité d'éloignement ; affectation sans délai des enseignants diplômés des ENI, ENS et ENSET des promotions 2024-2025. Aussi, la fédération syndicale stigmatise l'approche par compétences (APC), jugée « inapte » au cycle secondaire dans le contexte gabonais, caractérisé par la surcharge des effectifs, la carence d'infrastructures et l'insuffisance de matériel pédagogique. Cette réprobation méthodologique soulève des interrogations capitales sur la cohérence des réformes pédagogiques entreprises.

Durée et magnitude de la mobilisation

La grève a persisté durant sept semaines consécutives, du 10 décembre 2025 au 27 janvier 2026. Portée géographique : mobilisation nationale affectant l'intégralité des neuf provinces du Gabon. Secteurs concernés : enseignement primaire, secondaire, établissements techniques, et personnel des ENI, ENS et ENSET. Cette mobilisation massive traduit l'exaspération généralisée d'une profession bafouée.

Engagements quantifiés de l'exécutif

Les obligations gouvernementales, détaillées dans l'accord-cadre, portent sur : 328 diplômés de l'ENS et de l'ENSET mis en traitement ; 692 diplômés des ENI mis en présalaire ; 108 enseignants des disciplines scientifiques incorporés ; 1 810 enseignants anciennement volontaires incorporés, soit 100 % de cette catégorie ; 4 000 dossiers de normalisation statutaire traités sur 6 574 recensés, représentant 60,85 % ; 2 574 dossiers restants à traiter graduellement. Ces chiffres, bien qu'impressionnants sur papier, révèlent également l'envergure des dysfonctionnements systémiques.

Données financières, une opacité tenace, bien que les sources accessibles ne fournissent point de montants exacts précis pour les arriérés de traitements globaux, les documents mentionnent des vacations impayées dont le versement graduel a démarré le 6 janvier 2026, des rappels de traitement dont le montant demeure indéterminé, et des indemnités revalorisées (logement, éloignement, matériel pédagogique) sans précision chiffrée. Cette opacité financière nourrit légitimement les soupçons de mauvaise gestion, voire de malversations.

Réprobations du système de cogestion

Les enseignants grévistes stigmatisent un système de cogestion entre certaines structures syndicales et le ministère de l'Éducation nationale et de l'instruction civique, piloté par Camélia Ntoutoume-Leclercq, perçu comme opaque et défaillant. Plus grave encore, certains échanges officieux laissent entendre qu'au départ, en décembre 2025, le déclenchement de la grève aurait constitué un mode d'entente entre la ministre, qui était devenue parlementaire et devait normalement siéger à l'Assemblée comme le stipulait la loi et des syndicalistes complaisants.
Avant que le président Oligui Nguema n'agisse dans le sens opposé et ramène au gouvernement ses proches parlementaires, qui ont tous, plus ou moins, conservé leurs portefeuilles, elle se serait concertée avec les syndicalistes pour créer un petit désordre, manière de démontrer qu'elle maîtrise ce département mieux que quiconque au Gabon actuellement. Manque de chance, les syndicalistes sous emprise ont été débordés, et les véritables préoccupations des enseignants ont été exposées sur la place publique, refusant de se faire duper une nouvelle fois comme à l'accoutumée. Cette accusation, bien que non officiellement authentifiée, reflète une défiance croissante envers les mécanismes traditionnels de négociation, considérés comme n'aboutissant point à des résultats tangibles. Elle soulève également des interrogations éthiques majeures sur l'instrumentalisation possible d'un conflit social à des fins politiques personnelles.

Émergence de collectifs autonomes

Le collectif SOS Éducation La Base, s'est constitué spontanément, en marge des structures syndicales traditionnelles, reflétant une volonté de la « base » enseignante de reconquérir le contrôle du mouvement de contestation. Cette autonomisation illustre une défiance profonde envers les structures syndicales établies, accusées par certains de ne point défendre suffisamment les intérêts des enseignants. De manière significative, la base du collectif a réprouvé l'accord-cadre paraphé le 19 janvier par certaines structures syndicales, considérant qu'il ne reflétait point suffisamment leurs exigences. Cette fracture au sein du mouvement syndical révèle une crise de représentativité qui dépasse largement le cadre du secteur pédagogique et interroge les modalités du dialogue social au Gabon.

Les organisations syndicales stigmatisent des « défaillances systémiques de gestion bureaucratique » qui, selon elles, entravent la concrétisation des garanties gouvernementales et précarisent les conditions d'exercice du personnel enseignant. Ces dysfonctionnements nourrissent les soupçons de mauvaise gestion, voire de détournement de ressources destinées au secteur pédagogique. La requête réitérée d'un « Guichet unique interministériel » vise précisément à court-circuiter ces blocages bureaucratiques chroniques. Cette doléance, loin d'être anodine, constitue un réquisitoire implicite contre l'inefficacité administrative et ses potentielles complaisances.

Parole aux protagonistes 

 Le professeur Mayima, responsable du collectif SOS Éducation, a affirmé : « Nous souhaitons que l'exécutif accomplisse un geste en élargissant ces prisonniers afin que nous puissions engager les pourparlers. » Cette affirmation traduisait la précondition absolue posée par la base enseignante pour toute reprise du dialogue. Également, un intervenant syndical a rappelé avec vigueur : « Investir dans les enseignants, c'est investir dans le capital humain, dans la paix sociale et dans l'avenir du Gabon. » Cette affirmation souligne la dimension stratégique du conflit, bien au-delà de simples doléances salariales.
Magloire Memiaga du SENA a souligné que la commission technique œuvrait déjà sur les normalisations statutaires : « Nous demeurons dans la dynamique des pourparlers d'Alibandeng. » Cette référence aux pourparlers d'Alibandeng témoigne d'une volonté de s'inscrire dans une continuité du dialogue social. Côté gouvernemental : garanties et médiations. 
Le vice-président du gouvernement Hermann Immongault a proclamé que les dispositifs « s'appliqueront graduellement à partir de février et seront étendues à l'ensemble des fonctionnaires de l'État ». Cette proclamation vise manifestement à élargir la portée des engagements et à désamorcer d'éventuelles contestations dans d'autres secteurs. Ainsi, la ministre d'État Camélia Ntoutoume-Leclercq a intensifié les séances avec les directeurs d'établissements pour rouvrir les écoles fermées, dans l'objectif explicite de « préserver l'éducation gabonaise d'une année blanche ». Cette préoccupation, bien que compréhensible, ne saurait occulter les responsabilités de l'État dans la dégradation progressive de l'appareil pédagogique. L'exécutif a également désigné le parlementaire Gaspard Ntoutoume Ayi comme médiateur entre les parties, témoignant d'une volonté de dépasser les canaux institutionnels classiques pour résoudre la crise.

Réactions de la société civile et des parents

Des parents d'élèves ont manifesté leur détresse face aux perturbations scolaires. « Nos enfants perdent des semaines précieuses et nous ignorons quand les cours reprendront normalement », a déploré un parent. Cette angoisse légitime traduit l'impact social considérable d'une mobilisation de cette envergure. Cependant, la société civile a également soutenu les doléances des enseignants et a contribué à la pression exercée pour l'élargissement des leaders syndicaux. Le Conseil national des parents d'élèves (CNPE) a appelé à la reprise des cours dès le 26 janvier, tout en prenant acte des dispositifs annoncés par les autorités. Cette position nuancée illustre une compréhension de la légitimité des doléances enseignantes, malgré les désagréments occasionnés.

Oligui Nguema confronté à son premier bras de fer social

La crise du secteur pédagogique gabonais s'impose comme l'un des enjeux cardinaux de l'année 2026. La signature de l'accord-cadre du 19 janvier représente certes une étape notable, mais l'interruption de la grève demeure strictement conditionnée au respect scrupuleux des obligations gouvernementales. La date butoir du 25 février 2026 se profile comme un moment décisif pour jauger la crédibilité de l'État.

Si l'exécutif honore ses obligations et concrétise tangiblement les dispositifs annoncés, le Gabon pourrait esquiver une prolongation dévastatrice de la mobilisation et assurer une rentrée scolaire plus sereine. Toutefois, la défiance accumulée après des décennies de garanties non honorées rend la sortie de crise profondément incertaine. Le dispositif de surveillance paritaire constitue une innovation institutionnelle notable pour contrôler l'accomplissement des engagements et perpétuer le dialogue social. Néanmoins, son efficience réelle dépendra de la volonté politique authentique de le faire fonctionner comme un organe de contrôle et non comme une chambre d'enregistrement.

Les prochaines semaines détermineront si cette trêve sociale inaugure un véritable tournant vers une gestion plus rigoureuse du secteur pédagogique, ou simplement un répit provisoire dans un conflit systémique profond. Au-delà des chiffres et des protocoles, c'est la crédibilité de l'État qui se joue, ainsi que l'avenir de milliers d'élèves et d'enseignants.

Plus fondamentalement, cette crise expose les défaillances systémiques d'un appareil pédagogique national exsangue : opacité bureaucratique, précarisation du personnel enseignant, clientélisme syndical, carence des infrastructures, inadaptation des réformes pédagogiques. Elle interroge également la capacité de l'exécutif de transition à rompre avec les pratiques néfastes du passé et à instaurer une gouvernance authentiquement transparente et performante.

Enfin, elle souligne l'urgence d'une refondation globale du secteur pédagogique, intégrant non seulement la revalorisation matérielle de la profession enseignante, mais également la réhabilitation de son prestige social et la reconnaissance de son rôle stratégique dans la construction d'un Gabon démocratique et prospère. Sans cette refondation, les crises à répétition continueront d'hypothéquer l'avenir du pays.

Par Anne Marie DOWRACZEK-BENDOME | Journaliste | 26 janvier 2026

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