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Popularité et contestation : la dualité du Président de transition
Propulsé à la tête de l'État gabonais depuis le coup d'État militaire pacifique du 30 août 2023, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, figure charismatique, jouit d'une popularité certaine dans l'opinion publique. Selon un sondage d'un média gabonais en ligne (janvier 2024), 67 % des Gabonais approuvent sa gestion de la période de transition. Cette cote favorable s'explique par ses premières mesures, dont l'augmentation du salaire des chefs de villages/cantons (+59 %). La libération des prisonniers de braconnage d'éléphants (81 % d'opinions positives) et l'élargissement des bourses scolaires jusqu'au lycée (plébiscité par 75 % des parents d'élèves) malgré les changements intervenus en cours de route sans crier gare. Néanmoins, d'autres décisions du Président de transition ont soulevé des critiques et des débats houleux au sein de la société civile gabonaise.
La réconciliation nationale à l'épreuve des nominations controversées
Guidant sa politique par un impératif de réconciliation nationale, le général Oligui Nguema n'a pas hésité à nommer au sein des institutions de transition des personnalités clivantes de l'ancien régime Bongo. C'est notamment le cas de Mr. Jean-François NDOUNGOU, Président de l'Assemblée nationale de Transition. Le cas emblématique qui suscite colère et consternation concerne Marie-Madeleine Mborantzuo. En tant que Présidente Honoraire de la Cour Constitutionnelle selon la Loi organique de 2018, son absence de mention dans la Charte de la Transition et la Constitution du 26 mars 1991 est frappante. La nomination de quelqu'un en tant que Président Honoraire d'un organe de dissous semble contradictoire. À titre de rappel, lorsque le général de brigade a prêté serment le 4 septembre 2023, il n'a pas prêté serment devant Marie-Madeleine Mborantzuo pour cette raison.
Et selon Monsieur JOVANNY_MOUBAGNA, citoyen gabonais, que ce soit Marie Madeline Mborantzuo ou sa collègue Mme Louise Ange, elles ont été désignées respectivement Présidente honoraire et juge honoraire de la Cour Constitutionnelle de la Transition. Cela repose sur la loi organique à son article 15-b nouveau (modifiée en 2018), de la loi n°004/2018/ du 29/7/2018, de l'ordonnance n°00005/PR/2018 du 26 janvier 2018, modifiant et complétant la loi organique n°9/91/ du 26 septembre 1991 sur la Cour Constitutionnelle. Cependant, constitutionnellement, les lois, les décrets, arrêtés ne peuvent être abrogés que par un texte de même valeur, une loi par une autre loi, un décret par un autre décret, etc. Cette loi organique n'a d'effet qu'en situation normale et non en période exceptionnelle. Les neuf sages de la Cour constitutionnelle de Transition auraient dû proposer une loi organique modifiant ou complétant, comme se fut fait avec la loi n°15/96/du 6 juin 1996 relative à la décentralisation, qui a été modifiée pour pallier l'urgence des délégations spéciales. Sans remplir ces formalités constitutionnelles, les nominations des deux juges honoraires sont alors anticonstitutionnelles.
De même, la nomination de Laurence Ndong au ministère de la Communication, poste qu'elle a utilisé pour recruter son propre époux, a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. Ces choix interrogent sur la capacité du général Oligui Nguema à opérer la rupture politique et morale tant attendue par les gabonais depuis des décennies.
Attentes et défis immenses de la période de transition
En dépit de ces controverses, le président de la Transition bénéficie encore d'un crédit de confiance substantiel pour relever les immenses défis du Gabon d'aujourd'hui : chômage endémique, pauvreté, accès limités aux soins et à l'éducation, corruption, atteintes aux droits de l'Homme.
Cependant, le général Oligui Nguema marche sur une corde raide. S'il ne parvient pas à concrétiser rapidement des améliorations dans la vie quotidienne des gabonais, grâce à des réformes structurelles profondes, il décevra les immenses espoirs placés dans cette transition historique.
La bonne tenue des élections démocratiques à l'horizon 2025, la lutte contre les violations des droits humains, l'assainissement des finances publiques et la diversification de l'économie hors pétrole sont autant de défis déterminants pour l'héritage politique que laissera le général putschiste à la tête de cet État stratégique d'Afrique centrale.
@DworaczekBendom
Journaliste indépendante
30/01/2024