L'histoire de Nawal, 12 ans, emprisonnée, en France, en 2021

L'histoire de Nawal, emprisonnée, en France, en 2021
L'histoire de Nawal, 12 ans, emprisonnée, en France, en 2021 Je m'appelle Nawal. J'ai 12 ans. Je suis née et j'ai passé toute ma vie en Normandie. Ma maman, Carole, est française, et mon père est d'origine égyptienne. Peu après ma naissance, suite à des violences conjugales, ma maman a quitté mon père. Lorsque j'étais âgée de 2 ans, mon père m'a fait exciser. Dans son appartement. Sans le consentement de ma mère. En octobre 2013 j'ai été placée pour la première fois. J'avais 4 ans. Le placement a été reconduit. Mes placements ont été gérés par les structures Adaea du 27 et Les Nids du 76. Par la suite, vu que les rapports des éducatrices de ces deux structures étaient favorables à l'égard de mon père, mais défavorables à l'égard de ma maman, le juge a décidé que j'habiterais dorénavant chez mon père, avec une mesure Aemo (mesure d'assistance éducative en milieu ouvert) mise en place. Lorsque j'habitais chez mon père, mon père était très souvent violent avec moi. Une des raisons de sa violence envers moi était le fait que je refusais de porter le voile. J'en ai parlé aux éducatrices en charge de la mesure Aemo, qui m'ont traité de menteuse. Pendant ce temps là, ma maman a tout fait pour me protéger. Elle a également été traitée de menteuse par les éducatrices, les juges, et les gendarmes, qui ont refusé d'enregistrer ses plaintes. L'année dernière, j'ai déposé plainte pour violences contre mon père. J'ai été traitée de menteuse et ma plainte est restée sans suite. Suite à ma plainte pour violences contre mon père, ma maman a été accusée de m'avoir manipulée, et, par conséquent, on m'a interdit de revoir ma maman. Le 28 décembre, pendant les vacances de Noël, la veille du jour où j'étais censée retourner chez mon père, j'étais tellement en détresse, à cause du fait que je devais retourner chez mon père, que j'ai essayé de me defenestrer. Suite à cela, j'ai été hospitalisée, et, par la suite, j'ai été envoyée dans la prison pour enfants (foyer) gérée par la structure Idefhi de Canteleu, dans le 76. Ce lundi dernier 25 janvier 2021 une des éducatrices de l'Idefhi m'a amené au Tribunal pour Enfants de Rouen, pour l'audience censée décider mon sort. Lorsque nous sommes arrivées devant le Tribunal pour Enfants, ma maman était, elle aussi, là. Mon frère, Kévin, et ma tante maternelle, Lise, étaient également là. Nous étions tous en pleurs. Je me suis jetée dans les bras de ma maman, en lui disant que je l'aimais très fort. Ma maman m'a répondu que, elle aussi, elle m'aimait très fort. Ma maman m'a amené mon gel douche préféré, pour que je l'amène avec moi dans la prison pour enfants de Canteleu. L'éducatrice qui m'accompagnait m'a arraché des bras de ma maman. Nous sommes rentrés dans le Tribunal pour Enfants. Lors de l'audience, comme lors des audiences précédentes, par ailleurs, on a essayé de faire passer ma maman pour une menteuse manipulatrice, puisqu'elle à essayé de me protéger en essayant de déposer plainte pour les violences que j'ai subies de la part de mon père. Une fois tous sortis du tribunal, on était tous, de nouveau, en pleurs. Je me suis, de nouveau, jetée dans les bras de ma maman, en lui disant que je l'aimais très fort. Elle m'a, de nouveau, répondu que, elle aussi, elle m'aimait très fort. L'éducatrice  qui m'accompagnait m'a, de nouveau, arrachée des bras de ma maman. L'éducatrice m'a amené dans la prison pour enfants de Canteleu, où je me trouve actuellement. Je ne comprends pas pourquoi je me trouve en prison. Je ne suis pas une criminelle. Je ne suis pas une délinquante. Je n'ai commis aucun crime, aucun délit. J'ai des très bonnes notes à l'école (17 de moyenne). Je ne comprends pas pourquoi je suis enfermée dans une prison pour enfants, plutôt que d'être avec ma maman, que j'aime très fort, qui m'aime très fort, qui a toujours tout fait pour me protéger, et qui, contrairement à mon père, ne m'a jamais maltraitée. Je ne comprends pas pourquoi depuis que je suis enfermée dans la prison pour enfants de Canteleu on m'interdit d'aller à l'école. Je ne comprends pas pourquoi ma parole n'est jamais entendue ou prise en compte, ni par les juges, ni par les éducatrices, ni par les gendarmes. Je m'appelle Nawal. J'ai 12 ans. La "justice" française m'a volé mon enfance. #libereznawal #justicepournawal #placementsabusifsdenfants #desenfentement #stopalimpunitedesjuges #stopalemprisonnementdenfants

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