Amélie Langlais
Adjointe au Maire de Bègles chargée des Solidarités, de l'Habitat, de la Politique alimentaire et des Anciens combattants
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Billet de blog 11 avr. 2022

Un lendemain qui ne chante pas, pour l'instant...

Le résultat du premier tour de la présidentielle déçoit beaucoup de militant·es de gauche, il met en colère, parfois il rend amer, pour des raisons qui divergent pourtant beaucoup entre les un·es et les autres.

Amélie Langlais
Adjointe au Maire de Bègles chargée des Solidarités, de l'Habitat, de la Politique alimentaire et des Anciens combattants
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Quelques idées et tentatives d'analyse ci-dessous, numérotation un peu aléatoire, au fil des pensées dominantes ces dernières heures et ces derniers mois.

Je ne prétends pas avoir un regard neutre, quelques mots pour préciser d'où je parle : je suis socialiste et écologiste, j'ai passé 20 ans au Parti socialiste, je suis membre de Génération.s, et j'ai voté Jadot au second tour des primaires et hier, je suis adjointe d'un maire EELV au sein d'une équipe qui comprend également des socialistes, des communistes et des membres de la société civile.

1. Donnons nous les chances de nous unir un jour.

Si j'avais écrit ce texte hier soir ou à mon réveil ce matin, il serait sans doute plein de colères contre de nombreuses personnes, que j'aurais citées. Je pense qu'il faut que nous prenions tous et toutes nos responsabilités en arrêtant de se faire plaisir en insultant et en jetant des accusations sur les uns et les autres. C'est tentant, oui. J'ai utilisé abondamment ces deux derniers mois la fonction "Masquer [nom d'un.e militant.e de gauche que je respecte mais qui m'agace très fortement dans les arguments utilisés pour défendre son candidat] pendant 30 jours". Je n'allais pas les convaincre, il et elles n'allaient pas me convaincre, et les mois avant les présidentielles ne sont pas un bon moment pour débattre sereinement du fond. Je serai ravie dans quelques jours d'avoir à nouveau des nouvelles de leurs combats.

Ces derniers jours il y a eu beaucoup d'insultes et de procès d'intention, cela laissera des traces, mais nous ne sommes pas obligé.e.s de nous y accrocher, ni les un.e.s ni les autres, et nous pouvons éviter de rechercher des prétextes pour ne pas se mettre au travail pour éviter cette catastrophe dans l'avenir.

2. Ce n'est pas un problème d'egos.

Alors déjà, on a tous et toutes un ego, et dès qu'il y a des humain.e.s il y a des jeux de pouvoir et d'amour propre. Qu'il s'agisse des présidentielles, des repas de famille, des clubs de foot de village, ou des associations de collectionneurs de [je vous laisse compléter]. Si tout le monde pouvait arrêter de faire semblant que c'est une spécificité du personnel politique, ce serait un grand progrès.

Et donc quoi ? Et donc des projets différent, avec différents niveaux de prise en compte de chacun des enjeux, avec des modèles de "futur désirable" différents, avec différentes visions de la démocratie. Une fois que nous en étions là en 2021, rien n'était possible. Aucun.e des candidat.e.s de gauche ne pouvait se désister en se disant que le projet qu'il portait était endossé par un.e autre. Yannick Jadot l'a fait en 2017 avec Benoît Hamon, là il n'y avait pas de projets suffisamment proches.

Je comprends les citoyen.ne.s en colère devant cette absence de rassemblement, mais il est important aussi d'essayer de saisir les raisons de ceux et celles qui agissent en désaccord avec nos souhaits, sans se laisser aveugler par les raisons faciles que la colère nous dicte.

3. Nous avons gardé une culture de monarchistes guillotineur.se.s.

J'ai vu à quel point le discours anti "homme providentiel" ne marchait pas dans la campagne de Benoît Hamon en 2017. Et Génération.s est un beau symptôme de cet échec. Nous tous et toutes nous sommes ambivalent.e.s vis à vis des responsables politiques : nous voulons qu'ils et elles nous ressemblent ET qu'ils et elles aient des supers pouvoirs, nous voulons qu'ils et elles aient un "vrai" travail et une "vraie" vie ET qu'ils et elles soient entièrement disponibles, nous voulons qu'ils et elles respectent leurs promesses sans se laisser distraire par les aléas, qu'ils et elles se préoccupent du long terme ET nous voulons pouvoir les révoquer, comme nous voulions que Marie-Antoinette brille à la cour ET qu'elle ait une vie simple et économe.

Les trois premiers d'hier incarnent des valeurs, des symboles, qui ne sont pas entièrement connecté.e.s à leurs actes, à leurs propositions concrètes, à ce que des député.e.s élu.e.s dans leur sillage porteraient. Les personnes qui ont voté pour les deux premiers croient sans doute que leur vie et/ou celle du pays va être rapidement améliorée par un homme seul ou une femmes seule, cela n'arrivera pas, et cela n'arriverait pas non plus avec les candidat.e.s de gauche. Les congés payés sont adoptés par les députés du Front populaire bien sûr, mais ce sont les grèves qui suivent leur élection qui leur donnent l'élan et la légitimité pour aller au-delà de leur programme électoral. Un président ou une présidente ne changeront pas la donne, il faudra que nous le ou la soutenions, et pour cela il faudra que nous soyons massivement convaincu.e.s de son projet, pas dans un calcul stratégique.

4. Les idées de gauche, solidaires et/ou écologistes sont complexes

"Il suffit de traverser la rue pour trouver un travail", "Travailler plus pour gagner plus", "Réserver les aides sociales aux Français" : tout cela est racoleur et en apparence simple. Il est assez facile de mobiliser autour de ce genre de slogans. Combien de temps faut-il pour expliquer les effets pervers de ces propositions et démontrer qu'elles sont très nocives, en premier lieu pour les personnes auxquelles elles sont censées s'adresser ? Dans un système où les médias les plus diffusés, soit ne parlent pas vraiment de politique (juste l'écume, les petites phases) soit laissent généreusement une phrase et demie aux responsables politiques pour répondre à des questions, elles-même souvent déconnectées de nos sujets de préoccupation quand elles ne sont pas orientées et ouvertement méprisantes de la part de certain.e.s journalistes devenu.e.s incapables de comprendre des concepts qui sortent de leur toute petite fenêtre d'Overton.

5. Nous argumentons, nous démontrons, bref nous sommes rationnel.le.s

Nous sommes de gauche, nous respectons les citoyen.ne.s alors nous leur parlons faits, logique, chiffres en pensant que cela va leur permettre de décider en fonction de leurs intérêts / de l'avenir qu'ils et elles veulent pour leurs enfants... Mais personne n'a envie de penser rationnellement à ce qu'il va se passer pour l'humanité si nous changeons pas radicalement de cap sur le plan environnemental. Et très peu de personnes ont envie de décrypter et d'être lucides sur leurs propres privilèges, de prendre conscience que leur "réussite sociale", quel qu'en soit le niveau, n'est pas due qu'à leurs mérites.

6. Nous sommes performant.e.s localement parce que c'est une échelle qui convient mieux à nos projets

Ce matin, un ami me disait qu'il avait l'impression que la gauche avait abandonné l'idée de gouverner au niveau national. Je ne crois pas. Je crois que nous nous sommes laissé.e.s porter par l'évolution de la société - individualisme, consommation, immédiateté - sans chercher à bâtir des alternatives massives - à la fois sur le nombre de personnes engagées et la taille de l'écart avec le modèle dominant - et maintenant nous sommes coincé.e.s. Si nous réussissons mieux électoralement au niveau local c'est sans doute aussi parce que les logiques de détermination du vote sont différentes.  Noël Mamère disait régulièrement quand il était maire : "La ville c'est la démocratie à portée de baffe". Il y a plusieurs façons d'entendre et de vivre cela. Nous parlons de projets concrets dont les bénéfices sont palpables, nous présentons des candidat.e.s que chacun.e peut croiser au coin de la rue et qui donc peuvent convaincre, même longuement, même si cela veut dire rentrer bredouille du marché et agacer son conjoint ou sa conjointe. Cela veut dire aussi que si un service municipal ne fonctionne pas, laisse de côté une partie du public qu'il était censé toucher ou produit des effets pervers, nous allons très vite le savoir et pouvoir le modifier, de même pour un projet d'investissement.

_____________

Je n'ai pas de solutions. Un média ? Des structures d'éducation populaire plus nombreuses / accessibles ? Trouver des façons "éthiques" de s'adresser aux émotions de concitoyen.ne.s ? Une grande primaire des idées à porter dans un projet de gauche dans 5 ans ?

Je ne sais pas. La seule chose que je sais, c'est que nous devons nous y mettre très vite si nous voulons arriver à quelque chose en 2027, et être meilleur.e.s, dans les élections et dans les actions, entre temps.

Et peut-être que nous pourrions commencer par arrêter de nous insulter entre nous ?

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