[TW : spoilers / j’ai vu le film au cinéma / je n’ai pas lu le livre dont il est adapté]
Lumière. Sur la scène, le monde se bouscule. Chacun sait où il va, dans une cacophonie renversante. Chaque intérêt particulier se signifie aux autres par la confrontation, chaque intérêt collectif se noie dans la masse pour en ressurgir transformé.
Lumière. Dans la salle, le silence des fidèles se mêle au brouhaha du public, cherchant des yeux une occupation plus intéressante que ce qui se trame pourtant sur scène. Loin d’être aveugles, leurs œillères sont simplement agencées d’une manière différente.
Lumière. Chacun y trouve son compte.
A la morne campagne succède le faste parisien, pour un Lucien qui se trouve plus périphérique de la tornade du succès qu’en son épicentre. L’ascension sociale bâclée, une vie rêvée dont les indices de son caractère branlant et temporaire sont pourtant légion, voilà ce que rapporte notre fiction. Un format long qui pourtant, lorsque qu’il nous attrape enfin à la suite d’une introduction plate, mais qui sert son propos, nous fait oublier toute temporalité extérieure. Cette dernière ressurgit suite à l’acmé triomphante, redoutée voire anticipée, néanmoins à faire pleurer, lorsqu’à nouveau le gris se déroule en toile de fond. Tel un soufflet qui s’effondre, le personnage comme le spectateur ne sait guère comment tout a pu aller si vite, mais se souvient précisément de chaque moment. Les marguerites, les voitures, la fumette, la pomme de terre, les canards, l’ananas, le champagne, le singe, l’encre… éléments-ancres, images-indélébiles, qui nous font retenir autant le contexte que la leçon.
Le génie du portrait balzacien est splendidement adapté : le propos est parfait, les comédiens dans leur rôles, les décors dans leurs époques (et les clichés au placard, ou presque). Suite à des débuts maladroits, les dialogues font mouche, les jeux de regards ne trompent pas. Tout semble énumération et pourtant tout est lié, conté par la douce voix de Nathan, qui vient avec délicatesse nous ramener à la réalité, nous guider sans nous prendre pour des nigauds qui n’y connaitraient rien. La force d’une adaptation est de retranscrire une oeuvre passée à une époque présente : c’est un triomphe.