Joyeuses fêtes

Ben quoi ? On a plus le droit d'être positifs ? Même en ces temps de coronavirus ?

C'est l'histoire d'un monde qui nous veut du bien. Dans lequel tout risque est anticipé et où les moyens sont mis à disposition du public, quoi qu'il en coute. Un large éventail de biens et services sont conçus, distribués et les meilleurs artistes sont mis en avant pour rendre agréable notre quotidien. Tout est bien organisé. Même le chef des armées pourrait être notre oncle tellement il semble proche et s'adresse à tous sans distinction avec un langage simple et commun pour nous expliquer à quels gestes il convient de s'habituer pour notre santé et notre sécurité. Il vaut mieux prévenir que guérir. La guerre, les privations, les virus, sont nos ennemis communs et la victoire est proche. Les citoyens éduqués s'épanouissent au sein d'une société protectrice. Assainissement, construction, démocratie et développement. A tel point qu'on en vient à craindre que le danger qui nous guette serait plutôt l’excès de confort et l'ennui qui en découle. On pourrait résumer le slogan actuel par l'interjection "on est bien". Morale-ment, physique-ment, politique-ment. Tout est disponible en quelques tapotements, un transport, un repas, une rencontre... Il n'y a plus qu'à suivre et optimiser cette ligne et tout restera en ordre. Bien sûr il reste à élucider la pathologie de ceux qui n'arrivent pas à réaliser leur bonheur, ils invoquent des menaces qui viendraient d'un méchant, comme un patron d'industrie, un politique ou un groupe médiatique. On n'arrive pas à comprendre où ils veulent en venir avec leurs extrapolations sur le CO2, qui pourtant fait le bonheur des plantes et des coraux.
Dans ce monde de rêve on s'étonne du crédit donné à ces tristes sires. De plus qui peut bien avoir du temps pour les écouter à part ceux qui auraient déjà tout et seraient tombés dans un tel ennuis qu'ils en préfèrent le risque et le danger, comme un phénomène de mode pour enfants riches dépressifs.
Alors que le bonheur c'est simple, il suffit de s'envoyer des messages positifs, vous êtes géniaux, sympas, restez zen. Il y a des applications qui vous préparent d'avance ces répliques, pas besoin de savoir écrire... Bon il est vrai parfois que la bienveillance tourne un peu à l'excès, bien qu'on ne puisse se plaindre d'un trop plein de bonheur. Comme si l'armée américaine était une menace par exemple, alors qu'elle dissuade le monde de toute agression, et bien que le général Colin Powel avait un tout petit peu exagéré, mais pour notre bien, en brandissant une fiole d'anthrax ou des détonateurs nucléaires, qui pourrait le lui reprocher, un peu comme à une mère d'être trop protectrice et malade à l'idée qu'on puisse courir un risque ? La preuve en est qu'il n'y a eu que 3000 cas en France d'enveloppes contenant des poudres suspectes en 2001, et aucune ne s'est avérée être dangereuse... Preuve rassurante également que l'on avait anticipé et qu'on était préparés à cette éventualité. De mauvaises langues diront qu'il avait lui-même instillé le mode opératoire, mais cela relève du délire. Et puis le principal est qu'il n'y ait pas eu d'attaque bactériologique ou nucléaire, mais on ne sait jamais. Le renforcement de la sécurité va dans le bon sens. Il y a d'ailleurs toujours eu des abris dans les jardins que je sache, et l'être humain a toujours fait des réserves dans sa cave où y a aménagé une pièce supplémentaire en espace de loisir. Il me semble que certains ont du lire trop de livres de science fiction et voient le mal partout : dans la technologie, dans la nature humaine, la politique, la dissuasion nucléaire, les médias, le tourisme...etc
On s'inquièterait si ces médias étaient menacés, mais leur santé financière et celle de leur propriétaires nous montrent le contraire. Alors je dis stop aux rumeurs et à la désinformation, il y a des plus en plus de burn-out, certes, mais ils sont pris en charge par l'état, auquel toutes les banques accordent un crédit illimité, au propre et au figuré. L'argent est même largué par hélicoptère il n'y a qu'à s'abaisser. On ne paye que les intérêts, et roule la dette. N'en déplaise aux grincheux, quand une bulle éclate et bien on remâche le chewing-gum et on en fait une autre. Les reproches faits aux excès de confiance et à l'insouciance sont le fait d'aigris jaloux, si vous n'aimez pas le marketing n'en dégoutez pas les autres s'il vous plait. Les rapports humains ne se sont jamais aussi bien portés car même les réseaux et messageries sont expurgés de la négativité, vous savez les histoires de cartables trop lourds, pourquoi pas les cabas trop plein de courses pendant qu'on y est ?
On critique d'ailleurs la dernière loi protectrice contre le séparatisme, mais jamais un tel confort électoral ne nous a été concédé. On savait déjà d'avance qui allait être élu en se prêtant au jeu du vote, alors maintenant que l'on peut s'en passer il faut rappeler avec force que le seul souci du 1er ministre est de coller le plus possible à nos besoins, à notre opinion, et elle n'a jamais fait l'objet d'une telle attention. Je vous suggère donc de montrer votre gratitude, car il le mérite bien, en lui adressant au moins une carte de vœux, des fleurs, du chocolat, un panier garni, pour lui rendre tout l'amour, le soutient et l'attention qu'il nous porte dans ce monde de brutes, et ce sans poudre suspecte bien sûr, en toute bienveillance républicaine.

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