Mon frere est parti de chez moi en me traitant de connard

Je m'en veux de ne rien ressentir, je devrais pourtant avoir cela marqué en moi comme une faute, un problème, du stress, mais non, je trouve cela juste pathétique, tristement banal. J'en rigolerai presque. Même carrément.

Je suis calme et me demande à quel point je suis dans le déni, non, un point de rupture voila tout.

J'ai mal pris son conseil, je me suis enferré à lui démontrer qu'un conseil non souhaité est toujours malavisé, j'ai tourné le dos et n'ai pas réagi aux menaces et à la montée en procès d'ingratitude.

Il a fini son plat et claqué la porte, non sans me gratifier du sobriquet infamant déjà présenté.

J'ai été assez froid et rugueux, il est vrai, je lui ai même remis in extremis un billet de 50€ pour les précédents agapes. Les bons comptes font les bons amis.

Pourquoi tant de haine? Je n'en avais aucunement l'intention, j'avais même plaisanté au téléphone, en employant le second degré, au sujet des toutes les expressions violentes dans l'actualité, je ne sais plus trop quoi au sujet des défenseurs de l'ordre, de la patrie, de la masculinité blessée, et de toutes les haines créatives et les registres politiques incantatoires que cela permettait, en concluant bien sûr par la religion, on a du goût ou on n'en a pas.

Bref l'atmosphère était lourde et l'orage grondait. Oui mais aussi il ne faut pas me conseiller de fumer moins quand j'explique comment se guérir par les plantes.

Enfin c'est un échec dans ma pratique de l'écoute empathique, il faut dire que c'est de famille, écoute va encore mais empathique faut pas pousser.

Il suffit normalement d'être du bon avis, de ne pas faire son indépendant, son rebelle, c'est pourtant simple comme mode de pensée et puis il faut dire que le travail n'aide pas ou plutôt aide bien à annihiler toute velléité de rester sensible.

Ici je ne regrette rien, cela couvait comme je disais, et puis marre d'entendre toujours les mêmes souffrances volontaires (les miennes me suffisent), phénomènes de manipulation, de domination, malgré les répétions, et mes conseils, pour s'éloigner et contrer ces pernicieux personnages et révéler la servitude volontaire maladive à sa base.

Mieux vaut être seul que mal accompagné me disais-je et je ne connais personne qui n'ai réussi à se détacher de ce que je nomme "mal de notre époque" (le mal de dos donc la somatisation du problème psycho-sociétal), je me trompe peut être mais avons nous jamais autant intériorisé, à force de vanter un modèle, que celui-ci nous dépassait et nous rendait forcément négligeables, sans possibilité de se retourner car nous lui avions donné notre enthousiasme, et que maintenant le choix implique le renoncement au bonheur.

Lâcher prise, sortir la main du piège, s'enfuir avant d'être capturé et dévoré. Fugitifs, résistants, dans les ruines de nos ambitions passées.

La reconnaissance infinie, la course à la surenchère, tout sauf n'être rien ou personne, c'est à dire donner l'image de la joie comme sur les prospectus, une vie de papier glacé au sourire éblouissant et ces présentateurs qui viennent envahir en direct nos écrans de leurs questions (suivez mon regard) dont le pernicieux n'a d'égal que le caractère totalisant : "dites que vous êtes ceci, avouez ! Mais vous allez le dire bon sang! !" 

Dans le temps il est vrai, une paire de gifle était le seul modèle éducatif, il faut comprendre que l'on n'a pas beaucoup évolué et qu'il faudrait arrêter de s'étonner de l'esprit ambiant sans ouvrir la parole à des générations qui on été éduquées à base de beignes.

Vous l'avez compris c'est la parole qui pose problème, il faut la faire taire et le problème sera résolu, vous avez le droit de souffrir mais en silence, sidération garantie.

Le langage de la domination passe par des évaluations constantes, la réduction à l'utilité de la personne, maquillant la simple lutte d'égo moteur assumé du monde et donc intouchable, égo piège et outils de contrôle, imparables.

Pas de sentiments, peut être un sursaut de pitié, ô miracle, mais alors au mépris du règlement.

Pourquoi reproduire ce modèle presque irrésistiblement, la loi du plus fort, mais après tout si ce n'est moi ce sera mon frère, je ne l'ai pas vu venir, mais bon je ne suis pas étonné non plus.

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