Au bal masqué ohé ohé

Il ne faudrait pas trop tirer sur l'élastique.

Je comprends que certains aient peur de mourir. Qu'ils implorent des mesures strictes de port du masque permanent et général au nom de la solidarité et du bon sens collectif. Je me réjouis même de ce renouveau de conscience d'autrui. Bon mais ils ont surtout peur pour eux-même ne nous emballons pas si vite.

Pourquoi, même si cette demande ne se base que sur une estimation invérifiable, ne devrions nous pas faire un petit effort et faire plaisir aux prohibitionnistes du bas du visage?

Est-ce seulement un échange d'argument, même fiévreux ? Je crois recevoir pour ma part une injonction de faire, point barre. Et en osant ouvrir la bouche à la suite, ne faire qu'amplifier la crispation sur le sujet.

Un petit tour de la presse sur les bienfaits supposés, toujours sur cette fameuse supposition invérifiable, du confinement généralisé et c'est idem.

Selon moi deux choses participent à cette situation et état d’esprit, la croyance pure et simple de tout à chacun lorsqu'il s'agit d'évaluer (c'est difficile et quasiment impossible calmement) une situation nouvelle potentiellement à risque.

On se réfère immédiatement à des consignes claires et strictes. Sauf qu'il fallait anticiper ces consignes car on le sait nos réflexes sont conditionnés.

Toute règle de sécurité prévoit que sur le coup la panique l'emporte toujours et qu'il faut répéter et répéter des mises en situation pour gérer cet afflux de stress.

L'émotion qui nous submerge nous empêche de réfléchir et d'agir, le piège se referme. Il faut avoir à l’esprit quelque règles élémentaires au cas où.

Ce que je propose ici est d'imaginer comment sans assignation à résidence les citoyens auraient pu s'organiser, comme ils l'ont fait en partie (sans se comparer à d'autres pays) mais dans le but d'éviter à la fois la surprise et l'hystérie collective dans laquelle nous nous trouvons, c'est à dire subir un discours strict sans remédier à la panique.

La pire des situations donc. On ne s'entend plus penser. On ne pense plus qu'à soi.

Simulation :

On signale en janvier un virus nouveau et comme les précédents (H1N1 il y a 10 ans beaucoup de piqures pour pas grand chose, pour les convaincus nous serions tous morts mais bon...) potentiellement dangereux.

Souhaitant éviter la manipulation et l'infantilisation comme instrument (ne pas porter un masque nuit gravement à votre entourage...ou carrément peut tuer l'enfant que vous portez...) on demande aux citoyens de s'organiser :

1) j'ai peur : c'est normal restez alors chez vous ou si vous devez aller sur votre lieu de travail la patrie vous sera reconnaissante (quoi ?).

2) je dois manger : vous avez un téléphone ? Signalez vous à la mairie.

3) que dois-je faire : restez calme et continuez.

Suite à une canicule et à un scandale en désinvolture, un plan a été mis en place pour les situations de surmortalité.

La surmortalité c'est le pic, le cap ou la péninsule selon l'ampleur de la contingence externe (chaleur, pluie de grenouille, etc).

Elle touche en priorité les personnes n'ayant pas la climatisation en été ou le chauffage en hiver, des revenus pour se nourrir correctement, qui sont déjà malades ou qui arrivent au bout de la vieillesse.

Tous les ans il y en a une qui fait 10 000 mort à minima, pour laquelle on vide les hôpitaux, on retarde les opérations, et c'est une telle tradition qu'elle n'émeut personne, il est honorable de mourir tranquillement de la grippe... Mais pas d'un rhume nouveau. Ya plus d'place en enfer! Oui c'est normal en France on réanime tout le monde même à plus de 95 ans avec trois comorbidités, c'est systématique personne ne peut y échapper, tant qu'on aura pas sereinement réglé la question avec cette satanée fin de vie on en sera là, il n'y a pas de magie ou plutôt si, celle de la dignité, de la volonté, ces petits rien qui peuvent tout changer. A priori seuls les empereurs, les pharaons ont eu une haute estime de leur mort, nous la redoutons, et ils souffraient (trahison ou rage de dent...). C'est cette souveraineté que nous devrions chérir, celle de notre respect, seule moyen de faire de notre fin une porte qui s'ouvre et non qui se ferme.

"La Mort" a mauvaise presse. C'est que par le passé on mangeait pour vivre on travaillait pour vivre, aujourd'hui on mange pour le plaisir, et on demande à ne plus travailler mais à disposer de notre temps pour des activités plus épanouissantes.

La société des loisirs à laquelle nous aspirons tous a cette étrange contrepartie, notre humanité s'est forgé dans l'adversité et bien que la vie soit toujours dure pour beaucoup trop encore, si nous ne savons qu'occuper notre temps aucune réalité ne viendra juger du bien fondé de nos actes.

Le paysan qui ne coupait pas son bois avant l'hiver se préparait lui-même à moyen terme à de sérieuses difficultés.

Sans vouloir faire ma fourmi, nous avons besoin de contraintes, la pression atmosphérique, la pesanteur, mais la confiance aussi en est une, prendre un risque, se confronter à une adversité.

Il est certes difficile de ne pas céder à l’imprécation plutôt que de l'accepter. Ne le faisons nous pas à tout bout de champs ? A toute occasion ?

Et bien je tiens à rassurer tout le monde et je me suis toujours dis que personne n'était dupe de son propre discours car il est fait en fonction des circonstances, on fait tous semblant et sans être fou on tient un discours de maboule.

Moi je laisse les gens gueuler ça leur fait du bien, avant c'était à qui trouverait une petite bête à asticoter, maintenant ils sont occupés avec la pharmacopée.

Il y a toujours des gens pas content de toute façon.

Ils ne veulent pas être confinés sauf si tout les monde l'est, ils veulent que l'on porte tous un masque et pas seulement eux c'est efficace pour les autres, il veulent sortir mais avec une société adaptée, mono-client, voiture, petits soins et oui c'est compliqué, on est tous comme ça.

On dirait que la mort est le résultat d'une irresponsabilité, on doit mourir en bonne santé, enfin moi je ne sais pas mais je sais qu'il vaut mieux répéter le discours officiel, après on verra.

Je comprend mieux les partisans de l'euthanasie maintenant et l'importance de savoir relativiser, on peut s'en sortir, regardez il est toujours permis de fumer alors que c'était mal parti, non ?

Vaclav Havel déclarait ceci : “ Nous avons une tâche fondamentale à remplir dont tout le reste découlerait.Cette tâche consiste à faire front à l'automatisme irrationnel du pouvoir anonyme, impersonnel et inhumain des idéologies, des systèmes, des appareils, des bureaucraties, des langues artificielles et des slogans politiques (…) à faire confiance à la voix de notre conscience plutôt qu'à toutes les spéculations abstraites et à ne pas inventer de toutes pièces une autre responsabilité en dehors de celle à laquelle cette voix nous appelle ; à ne pas avoir honte d'être capable d'amour, d'amitié, de solidarité, de compassion et de tolérance, mais au contraire à rappeler de leur exil dans le domaine privé ces dimensions fondamentales de notre humanité et à les accueillir comme les seuls vrais points de départ d'une communauté humaine qui aurait un sens ”

J’espère que ces sages paroles réchaufferont les esprits chagrins qui veulent des masques, du confinement, des médocs, des tubes de réa, des défouloirs.

 

 

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