Abolissons les partis politiques

La question de l'éthique se pose sans cesse face aux décisions politiques et aux choix que les citoyens sont amenés à exprimer. La remise en question des fonctions démocratiques ne peut se faire qu'à la lumière de cette interrogation.

La diversité des avis des citoyens et leur implication dans la démocratie est ici en question.

Si cet aspect parait fondamental et au cœur de notre fonctionnement démocratique il s'avère que celui-ci doit sans cesse évoluer tout en gardant son équilibre.

L’état doit se protéger de la société et la société doit se protéger de l’état.

Les évolutions sociétales nous amènent à reprendre à la source les fondements de nos institutions tout en les faisant évoluer.

Seulement le doute est permis quand à notre capacité à aboutir à un tel objectif, en effet chacun a son avis et les convergences d'opinions et d'intérêts ne garantissent pas toujours des décisions conformes à la notion d'intérêt général.

Le propos de cet article est de dépasser le simple problème des divergences de point de vue, de proposer une solution ou du moins de savoir quelle question se poser pour avancer tout en conservant une unité.

Une interrogation donc sur la nature humaine et sur l'arbitrage des conflits, tout en appelant à une recherche de solutions concrètes pour une démocratie dont on aura compris les lacunes mais également les enjeux.

Il faut en effet partir de ce qui me semble fondateur de nos sociétés, les différents régimes politiques se basent sur les individus qui les composent, sur leur façon d’appréhender leur vie en commun. Et quels que soient ces régimes ils sont confrontés à une base universelle : les besoins humains.

Les régimes doivent respecter ces besoins mais les individus doivent également en être conscients. Un gouvernement doit connaître les besoin de son peuple mais l’individu doit se connaitre lui-même. Sans cette interrogation philosophique tout projet de vitalité démocratique est voué à l'échec.

Autrement dit d'un côté il y a l'idée fondatrice plus ou moins utopique appliquée par une autorité et de l'autre des individus conscients des mécanismes et des limites de leur propre être mais ils sont l'un et l'autre liés dans une même question d'organisation.

Cette question est traversée par différents points de vues et idéologiques qui s'en revendiquent mais préconisent différentes approches, parfois jusqu'à l'opposition totale. En effet cela ne va pas sans conséquence et c'est bien l'objet de mon propos, chaque individus a son propre jugement à la lumière des enseignements qu'il a reçu et sa vie, sa personnalité, les évènements rencontrés forgent sa vision mais sans que soit remis en cause la base commune de l'être humain.

Donc l'être humain n'est ni bon ni mauvais, il prétend l'un ou l'autre voila tout, selon son point de vue. Nous devons tous tendre vers le bien mais chacun a une vision subjective et cette question ne peut être définitivement tranchée et renvoi chacun à l'introspection et à l'étude des philosophes et de la littérature.

Nous devons partir de cette base pour comprendre maintenant en quoi les organisations représentatives de l'autorité constituent le deuxième aspect de la question des crises et des évolutions de nos démocraties, il faut reconnaitre qu'il y a de forte raison de les remettre en question, le pouvoir s'exerce par le législatif et l’exécutif, dans un rapport de contrôle et d'équilibre assez stable mais très contraignant pour pouvoir faire face aux défis de la démocratie respectueuse.

L'idée que nous devrions étudier parait tomber sous le sens, et son auteur est une source intarissable d'inspiration, cette idée est très claire et je cite donc directement le passage qui nous intéressera, il concerne l'abolition des partis politiques ou du moins la dissociation des fonction de porteurs d'idées de celles de gestion des intérêts et de leur contrôle :

" La solution pratique immédiate, c'est l'abolition des partis politiques. La lutte des
partis, telle qu'elle existait dans la Troisième République, est intolérable ; le parti
unique, qui en est d'ailleurs inévitablement l'aboutissement, est le degré extrême du
mal ; il ne reste d'autre possibilité qu'une vie publique sans partis. Aujourd'hui,
pareille idée sonne comme quelque chose de nouveau et d'audacieux. Tant mieux,
puisqu'il faut du nouveau. Mais en fait c'est simplement la tradition de 1789. Aux
yeux des gens de 1789, il n'y avait même pas d'autre possibilité ; une vie publique
telle que la nôtre au cours du dernier demi-siècle leur aurait paru un hideux
cauchemar ; ils n'auraient jamais cru possible qu'un représentant du peuple pût
abdiquer sa dignité au point de devenir le membre discipliné d'un parti.

Rousseau d'ailleurs avait montré clairement que la lutte des partis tue
automatiquement la République. Il en avait prédit les effets. Il serait bon d'encourager
en ce moment la lecture du
Contrat Social. En fait, à présent, partout où il y avait des
partis politiques, la démocratie est morte. Chacun sait que les partis anglais ont des
traditions, un esprit, une fonction tels qu'ils ne sont comparables à rien d'autre.
Chacun sait aussi que les équipes concurrentes des États-Unis ne sont pas des partis
politiques. Une démocratie où la vie publique est constituée par la lutte des partis
politiques est incapable d'empêcher la formation d'un parti qui ait pour but avoué de
la détruire. Si elle fait des lois d'exception, elle s'asphyxie elle-même. Si elle n'en fait
pas, elle est aussi en sécurité qu'un oiseau devant un serpent.

Il faudrait distinguer deux espèces de groupements, les groupements d'intérêts,
auxquels l'organisation et la discipline seraient autorisées dans une certaine mesure, et
les groupements d'idées, auxquels elles seraient rigoureusement interdites. Dans la
situation actuelle, il est bon de permettre aux gens de se grouper pour défendre leurs
intérêts, c'est-à-dire les gros sous et les choses similaires, et de laisser ces
groupements agir dans des limites très étroites et sous la surveillance perpétuelle des
pouvoirs publics. Mais il ne faut pas les laisser toucher aux idées. Les groupements
où s'agitent des pensées doivent être moins des groupements que des milieux plus ou
moins fluides. Quand une action s'y dessine, il n'y a pas de raison qu'elle soit exécutée
par d'autres que par ceux qui l'approuvent"

Simone Weil 1949 : l’Enracinement

Bien qu'il faille remettre dans son contexte ce passage (la 5eme république arrive en 1958) en effet l'instabilité du régime parlementaire de la 3eme république ne parle plus à grand monde aujourd'hui, il me semble d'une actualité brulante tout de même.

La paralysie et le côté inextricable des situations est lié à ces jeux de partis qui sont pour le moins malsain et totalement étrangers à l'avancée de l'intérêt général et au bonheur des citoyens.

En effet on ne peut compter que sur l'amour du bien des individus qui les composent tout en sachant qu'ils seront contraints et que l'hypocrisie ou le cynisme indissociables de l'exercice du pouvoir achèvera de dégouter les électeurs.

De plus c'est déjà le cas dans certains aspect de la vie publique et il suffirait d'y parvenir progressivement en gardant seulement à l'esprit l'intérêt général. Une telle distinction me parait saine et urgente à mettre en place.

On assiste actuellement à la disparition des partis qui ne rassemblent plus, ne séduisent plus car ne correspondent pas à cette aspiration bien légitime.

Dans un premier temps je vous renvois vers la lecture de l’œuvre de S. Weil (dont je devrais faire l'éloge mais le texte parle de lui même) et de J. J. Rousseau qu'elle nous invite au passage à relire.

Si chacun agit autant sur sa conscience personnelle que sur cette idée de réforme des institutions qui passe par l'évolution du système politique à travers cette idée de distinguer les intérêts des idées il me semble qu'un pas puis un autre feront avancer les choses. C'est en effet aux citoyens de remettre l'intérêt général au cœur de la réforme de l'état sinon il ne le fera pas de lui-même.

La réforme de l'état actuelle ne méritant pas vraiment de porter ce nom tellement elle ne répond pas aux problèmes centraux, c'est à dire de légitimation, représentation, régulation et de souveraineté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.