Démocratie et lutte de pouvoir

Quelques réflexions sur la conception de la démocratie et du pouvoir autour d'aspects de la vie quotidienne qui me désespèrent...

Biberonnés que nous sommes à la culture du divertissement, soumis à la loi des séries, je interrogeais sur leur pouvoir d'influence surtout à propos de celles dans lesquelles les mafieux sont décrit comme des gens sympas, les avocats fiscalistes des gens cools, et l'ambition politique fascinante.

Dans tout groupe humain en effet, on notera que se joue une impitoyable lutte pour l'influence. J'insiste car il me semble que nous y sommes désensibilisés à force de sclérose de chaque compartiment social : Famille, école, médias, travail, et santé.

L'idée est que la population représente des dangers potentiels pour un dirigeant, la division devient alors un outil très efficace, et toutes les occasions sont bonnes pour faire de cette gestion anti-démocratique le summum de ce qui est attendu d'eux.

Dans une continuation logique de la fabrique à la chaine, on assiste à une lutte psychologique, digne des techniques d'emprise et de déshumanisation, propre aux criminels psychopathes. Des comptes rendus d'experts sont mis en lumière parfois lors de leur procès, mais nous semblons tellement habitués qu'on n'y prête plus attention. 

Tout irait bon an mal an, en effet, tant que cela semble confiné aux sphères de luttes pour un mandat, pour une avancée hiérarchique, pour de l'argent, tant qu'il y a de la croissance et de l'insouciance. Mais quand la situation se tend, et que l'on subit ces méthodes soi-même, on s'étonne et s'offusque. On réalise alors que cette sidération, cette manipulation, sont des outils de gestion.

Un système corrompu s'effondre t' il de lui-même ? Une terreur ne s'en suivrait-elle pas ? Et si la population devient de plus en plus gênante, elle sera, dans la même logique, réprimée. 

Ce qui pose problème en démocratie c'est qu'il n'y en a jamais eu, et qu'il faut y maintenir l'illusion coute que coute. On confond alors démocratie et lutte de pouvoir, ils se verraient tous à la place du chef. Et pendant que nous regardons le match, on oublie qu'elle appartient à ceux qui en font la base, c'est à dire nous, simples citoyens. 

On régresse, chaque assemblée est un petit Versailles, chaque conseiller un traitre en puissance, le mariage bourgeois est resté le seul moyen de se hisser d'un niveau social, niveau qui vous identifie immédiatement et plus sûrement que tout le reste...

On aime cette rengaine, ce rêve délavé, ce conte de fées. On rêve de revanche face à l'injustice et à notre plan machiavélique pour y parvenir. Obsédés par cette vision, et puis on se rend compte, un jour de désillusion, que tout cela n'est que du vent.

C'est le capital qui tient ainsi la place d'honneur, il préside en bon patriarche tyrannique. On ne lui dira rien, on se disputera ses faveurs, on fera ce qu'il demande.

On se dit de toute façon quel choix avons nous ? C'est ça ou le placement d'office, la relégation à ne plus être rien du tout, un sous être bon pour l'enfermement, l'asile psychiatrique. Oui il n'y a pas de fous, c'est juste un système qui détermine ceux qui sont valables ou pas. On se disait qu'heureusement il y a la médecine, pour vous exfiltrer de là en dernier recours, mais ce passeur demande en définitive beaucoup d'argent pour accéder à votre liberté, cet espoir d'une vie meilleure.

Ces codes sociaux sont l’apanage d'une société de classe type 19eme qui poursuit tranquillement son bonhomme de chemin, chaque génération pensant qu'elle est issue d'un monde totalement nouveau, qu'hier n'existait pas et qu'il n'a rien enfanté.
Dans notre radieuse société cela est intériorisé, un classement qui se fait sous la table, discrètement, un code secret dont la courtoisie première est le don et le contre don, défiscalisé il va de soit...

Le graissage pour faire avancer les rouages. Cette tradition est même exportée et constitue une fois implantée une des pires arme de guerre, pour déstabiliser une région, changer un dirigeant politique élu, créer une famine...etc On parle de corruption pour un pays lointain, mais chez nous cela se pratique pourtant quotidiennement. L'avantage de l'argent liquide c'est qu'il est invisible, inodore, incolore. Le marché du blanchiment se porte très bien, il faut bien écouler l'argent illégal et les devises sont pratiques, et acceptées partout : chez le médecin, chez un artisan, chez tous les responsables qui peuvent vous obtenir quelque-chose...

Le principal est que cela reste secret, mais la France est mal classée en ce domaine, et pratique même cela comme un sport (1).  Il suffit de quelques valises de billets. Celui de 500 € a cessé d'être émis en 2019 mais restera indéfiniment valable n'en doutons pas, et il s'usera peu dans des sacs de luxe (2). La banque centrale nous indique en effet qu'ils sont "soupçonnés de faciliter les activités illégales"...

Je ne vois pas beaucoup de critiques de ce pan entier qui me semble le principal facteur de statut social et de passe droit, on retrouve parfois des valises chez des homme et femmes politiques, mais cela reste surtout un secret de polichinelle.

N'avez vous jamais eu affaire à une demande de bakchich, et l'avez vous acceptée ? La réponse dépend de votre appartenance à une certaine classe sociale, il s'agit plus d'un code obligatoire, un système de renforcement des inégalités qui profite au corrupteur ainsi qu'au corrompu, il est illusoire de critiquer les inégalités sans parler de ce système.

Ce que je préconiserais donc, c'est l'annulation définitive des billets de 500 pour commencer, on aurait certainement des bonnes surprises dans les réactions. Et puis on remplacerait ensuite ceux de 200 et puis les 100, comme ça à l'ouest de Paris on verrai des gens devoir se promener avec leurs chiens et une grosse valise, au lieu du sac à main habituel. Peut être se plaindraient ils alors moins des assistés et petits trafics des jeunes de banlieue, comme ils en ont l'habitude.

Il serait surtout bon de relever cette collusion d'intérêt entre la classe sociales défiscalisée, utilisant largement ces moyens, la corruption des états, et le crime organisé (traite humaine, drogue, blanchiment), qui leur donne un caractère d'unicité troublante et se renforce tant que rien n'est fait.

1) https://transparency-france.org/actu/communique-indice-de-la-perception-de-la-corruption-publie-par-transparency-international-il-y-a-urgence-pour-la-france-a-relancer-la-lutte-contre-la-corruption/#.YIRb2906-Ul

2) https://www.lafinancepourtous.com/2019/01/10/fin-du-billet-de-500-euros-et-nouveaux-billets-de-100-et-200-euros/

https://www.courrierinternational.com/article/italie-le-mystere-des-billets-de-500-euros

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