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Billet de blog 26 nov. 2021

Se poser des questions sur le fait de se poser des questions

L'exercice en lui même parait impossible, faut il y renoncer pour autant ?

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L'abord de cette question sera celle du doute, consistant à se poser donc des questions sur le fait de se poser des questions.

L'exercice en lui même parait impossible, faut il y renoncer pour autant ?

Observons quelques faits pour présenter cette question :

La plupart d'entre nous avons reçu au moins 15 années d'enseignement. Or nous constatons, dans un parallèle, l'institution d'une lutte contre la désinformation (les croyances, les superstitions..etc), et de l'autre un résultat dans nos urnes d'une représentation de partis politiques avec une tendance assez nette (qui concerne au moins un tiers des votants) qui, comme vous l'aurez constaté, ne s’embarrasse pas des faits, et proclame haut et fort son racisme et ses solutions expéditives, alors qu'on serait en droit d'attendre d'individus éduqués, informés, piliers de la société, ayant une famille, évoluant dans un milieu professionnel, ayant accès aux médias pluralistes, d'être immunisés contre toute doctrine mensongère.

Que faut il en penser, est-ce un échec de l'éducation, est-ce un dévoiement qui la dépasse ?

J'en veux pour exemple les débats sur la laïcité, sur l'islamo-gauchisme, sur les mesures sanitaires...etc

Pour proposer une mise en question nous parlerons du doute.

Selon Michel De Montaigne le doute serait raisonnable, une planche située à 20 m de haut et une posée à même le sol ne s'emprunteraient qu'en fonction et à l'issue d'un questionnement, question de paramètres de risques bien compris. Dans un cas, au sol, vous ne risquez rien et vous entreprendriez volontiers de parcourir cette planche et dans l'autre cas votre calcul de la hauteur vous incite à évaluer une probabilité de chute qui n'existait pas précédemment et que l'on peut exposer clairement.

Selon Blaise Pascal la vision du même cas de figure relève d'un choix conditionné, non pas par un calcul, mais d'après une spontanée sensation qui élude toute autre considération que celle de la confiance, et d'un pur instinct de préservation, d'une émotion de peur donc, et d'un sentiment qui nous commande la prudence même pour quelqu'un ignorant les règle newtoniennes de la gravité, de la vitesse de chute d'un corps (kilos de plumes ou de kilos de plomb), de toute science médicale sur la résistance des os et des avancées thérapeutiques en matière d'antidouleur, de radiologie, ainsi que toute de législation en matière de sécurité.

Entre l'auteur des Essais et celui des Pensées mon cœur et mon cerveau balancent et à cette hauteur je n'ose m'avancer.

Ma démonstration consistera à poser cette question de la nature du doute, en effet qu'est ce que se poser des questions à l'heure actuelle quand on voit qu'opposer raison et croyance dans nos réflexions ne mène nulle part, voire à plus de confusion encore.

Je dis cela non par gout de la provocation ou de la polémique, ni par parti pris, mais au vue et au ressenti constaté d'une souffrance appelant une nécessité de penser cette crise covid, qui vient s'ajouter comme si ce n'était pas assez aux autres crises sociales, économiques, écologiques, etc...

Accordons nous au moins sur ce besoin de comprendre et d'exprimer des réflexions et des considérations aux regard de cette souffrance. En effet je constate que les arguments font pâle figure et s'envoient à la figure sans démêler quoique ce soit.

Donc pourquoi se poser des questions ? Voila la question.

De but en blanc je dirais que d'après mon expérience la vie société consiste à faire semblant, et vaut pour toute profession de foi. Faire comme si de rien n'était, feindre l'échange quand on est contraint, la réciprocité quand on est quantité négligeable. C'est à la fois faux et vrai, faux dans le sens d'un mensonge mais vrai dans son caractère effectif.

Dire : "j'ai menti mais c'était pour votre bien, pour vous protéger" est assez  représentatif d'un discours que nous avons l'étonnante faculté d'intégrer tranquillement.

Les faux semblants existent bel et biens, dans leur création et dans leur acceptation.

Or la raison est totalement étrangère à l'idée même de vérité, il n'y a jamais ô grand jamais de preuve dite "scientifique".
On ne prouve pas, ce sont des hypothèses dans le respect d'une méthode qui à pour principe ce doute fondateur. Or, érigée en savoir et en opposition à l'ignorance, s'instaure un dogmatisme basé sur la simple affirmation.

Entrons dans le vif du sujet :

Montaigne et Pascal vont chez brico-entre-pote pour acheter une planche en vue d'une construction philosophique, là ils cherchent un vendeur pour les conseiller, quelles dimensions, quelle essence, chêne, sapin, pour quel usage demande le vendeur, "c'est pour pouvoir soutenir le poids d'une personne d'un gabarit moyen", un philosophe pesant entre 70 et 90 kilos, et ayant donc comme principal souci la solidité à la fois de la planche et de la démonstration.

On va sur des tarif assez élevés à plus de 150 € le m² pour du chêne massif sur mesure d'une belle épaisseur. Plus la location d'un échafaudage, de baudriers. Là ils décident d'abandonner l'expérience plutôt que de se taper la lecture des normes de sécurité et au vu du tarif surtout...

On se contentera d'une expérience de pensée. Vous êtes attaché à un élastique, allez vous sauter dans le vide si on vous le demande ? Qu'a à faire la raison là dedans ? Ah oui se sentir vivant, mais pourquoi ? Par ce qu'on manque de cette sensation au quotidien peut-être ? Là n'est pas le but de chercher à montrer quoique ce soit de spectaculaire, on pourra monter dans un manège aux attaches fatiguées aussi, se créer un frisson en grattant un ticket perdant au café, pour cela plein de solutions.

Non ici la question est celle de la raison et du doute, y a t'il un doute raisonnable et un doute sensoriel. Le doute raisonnable est celui de l'incertitude prévoyant et chiffrant les possibilités et leur probabilité. Or ce qui nous anime en premier lieu est pourtant un doute fondamental, qui n'est à priori pas issu du calcul mais lui est en fait préalable.

Deux visions donc qui selon toute vraisemblance se rapportent à deux approches, l'une sur sur notre évaluation , l'autre sur le mystère de son origine.

Si la réflexion sert à juguler la peur, à démonter qu'elle est infondée, il n'en demeure pas moins que sans cette dernière, qu'on ne saurait nier, il n'y aurait pas de point de départ et de motivation à la réflexion. La démonstration pose donc cette belle planche, finalement achetée par nos compères, à même le sol. Imaginons seulement qu'elle se trouve en hauteur, la parcourriez vous ? Il faudrait une bonne raison, mais c'est tout à fait envisageable logiquement si vous y arrivez au sol. La démonstration est imparable et pourtant laisse entière la question.

Il s'agit d'une question de point de vue. Qui serait assez fou pour faire emprunter cette planche à qui que ce soit à part un politicien ? Ce type de calcul est en effet l’apanage, sans jugement de valeur bien sur, d'un responsable qui évaluera à l'avance toutes les éventualités.

De l'autre, une personne qui s'engagerait sur une telle planche engagerait sa vie, nous ne parlons donc pas de la même chose selon que nous sommes engagés nous même ou que nous engageons autrui à faire une action tout en affirmant en avoir la responsabilité.

"Allez y c'est sans risque", "j'ai pris un contrat d’assurance" et "vous avez une probabilité de 99% de ne courir aucun risque".

"Allez y donc vous même" répondrais-je, (I'd rather not to) "je ne préfèrerai pas", "à moins d'y être contraint", c'est toute la question.

Oui nous y sommes contraints, non par notre besoin mais par une injonction, le "allez y", et non pas de notre propre chef.


Donc oui nous sommes capables de raison, et oui à l'origine il y a les émotions (peur, colère, tristesse, joie). La question est de savoir ce que nous voulons, et force est de constater que nous n'en savons rien la plupart du temps et attendons tout, soit du conformisme, c'est à dire de voir ce que font les autres, soit du totalitarisme, à savoir ce que d'autres veulent que nous fassions.

Il me semble que nous sommes dans cette situation, coincés du seul fait d'ignorer nos motivations premières.

La résolution est proposée par les formules suivante et je vous renvoi ainsi à la "logothérapie" du Dr Viktor Frankl comme préalable à cette réflexion sur le sujet :


La fin ultime de nos actions dépasse nos capacités intellectuelles. Ce qui nous est demandé n'est pas comme l'affirment certains philosophes existentialistes, de supporter l'absence de signification de la vie, mais seulement d'accepter notre incapacité à saisir cette absence en terme rationnels.

Au delà de nos discussions et méditations, notre réponse doit consister uniquement dans le choix d'une action, d'une conduite juste en réponse à nos problèmes et de manière individuelle.

Chaque individu a pour tâche d'accomplir concrètement et spécifiquement, en dehors de toute conception abstraite, sa propre vocation relative à sa vie. Cette motivation, comme expression personnelle d'une cause supérieure et autre que la satisfaction de nos instincts, permet de tout surmonter.

Le psychologue précise que chacun aura sa propre idée de ce meilleur qui s'obtient souvent dans des situations dans lesquelles nos limites nous poussent à changer nous même, dans une situation difficile nous cherchons en nous la ressource, le dépassement, et une évolution advient. C'est le domaine que l'on nomme alors, selon ses goûts mais qui au final ne fait qu'un, spirituel, philosophique, ou poétique.

Puisque ce choix ne saurait être une injonction, je laisse donc à la liberté et au gout de toustes cet appel à dépasser ce qui nous restreint dans nos volontés. J’inviterai volontiers, non seulement à accepter que le simple fait de donner une explication rationnelle ne peut s'appliquer au sens que nous donnons à nos actions et qu'au delà de cette limite il nous appartiens, pour sortir des impasses funestes du conformisme et du totalitarisme, d'écouter plutôt et de suivre ce qui ainsi a vocation à donner un sens à notre vie.

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