RETRAITE : CONTRE LE TRAVAILLISME MONTANT !

RETRAITE : CONTRE LE TRAVAILLISME MONTANT ! Salariat post-60 ans : pénibilité et fatigabilité

RETRAITE : CONTRE LE TRAVAILLISME MONTANT !

Salariat post-60 ans : pénibilité et fatigabilite

http://amitie-entre-les-peuples.org/Retraites-contre-le-travaillisme

Cet article ne traite pas de l’aspect directement économique, des petites retraites ou pensions et, au-delà, de la baisse générale des retraites et pensions avec le projet de réforme de Macron . Il prend pour objet sa volonté de nous faire travailler plus longtemps, et ce en plus de devoir travailler plus de 35 heures par semaine durant la vie au travail.

- TRAVAILLISME

C’est que le travaillisme, dans le cadre de l’organisation sociale du salariat, constitue l’autre face, moins directement économique, de l’exploitation augmentée de la force de travail salariée. Et l’exploitation (de la force de travail) est, pour le dire comme Olivier Bonfond (1), le carburant du capitalisme, le moteur étant l’initiative privée, sa logique la compétition (le concurrentialisme), sa culture l’individualisme, son objectif le profit, sa base la propriété privée des grands moyens de production. Pour autant, l’expérience montre qu’il existe des niveaux d’exploitation, des intensifications variables, des « respirations » variables .

Le projet de E Macron de retraite individualisée par points constitue une promesse de régression et de misère pour l’immense majorité du salariat et une promesse de richesse et de profits pour les grands patrons et le 1% .

Le travaillisme, c’est en ce sens contemporain « vouloir faire travailler plus celles et ceux qui travaillent déjà  » (au lieu d’enclencher une RTT pour travailler tous et toutes mais moins ou de laisser les choses en l’état) ! Et ce travaillisme - qui est aussi contre-mouvement historique s’opposant à la longue dynamique progressiste de RTT du mouvement ouvrier français - se comprend désormais sur deux plans : pendant la vie au travail (refuser les 35 heures par semaine pour monter sur des horaires plus importants) et à la fin de la vie au travail en repoussant les limites collectives, en travaillant après 60 ans, après 62 ans, après 64 ans.

La critique du travaillisme ne signifie pas en soi refus du travail salarié. Par le travail, fût-il salarié, le travailleur ou la travailleuse peut sentir - usage critique - qu’il-elle participe plus à une nécessaire et significative « production de l’existence sociale » (valeur d’usage pour la société) qu’à la simple accumulation d’un profit et à un « produire pour produire » suivi d’une « vente pour vendre ». C’est sans doute plus sensible au sein des services publics mais ce n’est pas systématique.

Le travaillisme est fondamentalement un contre-mouvement de sur-travail. Il entend revenir sur les longues conquêtes du mouvement ouvrier . Il rend, pour beaucoup, plus difficile l’épanouissement au travail et plus sensible l’aliénation au travail .

I - TRAVAILLER APRES 60 ANS : NON POUR BEAUCOUP ! MAIS...

En France, à 67 ans on arrive au maximum de la vie au travail dans le public mais dans le privé on peut monter à 70 ans. Le plus souvent on part à 62 ans et avec bonheur. Auparavant, c’est à 60 ans que l’on quittait une vie de labeur et même à 55 ans pour les métiers les plus pénibles.

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On peut certes toujours continuer de travailler après 67 ou 70 ans. D’ailleurs l’Obs n 2871 de nov 2019 (2) a fait récemment un dossier sur celles et ceux qui continuent, soit par nécessité (pour survivre), soit par choix. Admettons mais soyons prudent ! Car nul n’ignore qu’il y a un contexte politique prêt à instrumentaliser un tel dossier . Il ne faudrait pas moralement et politiquement que la minorité avantagée (qui trouve plus de plaisirs que de contraintes) - citée par ce média - impose une législation à la majorité qui va elle en souffrir profondément.

Et puis, repoussons un mythe diffusé insidieusement par ce dossier de l’Obs : travailler après 60 ans c’est dur pour beaucoup, après 62 encore plus, idem pour 64 ans ! Et pas que pour ceux qui montent sur les toits des maisons ! Dans les bureaux aussi il y a du stress, des conflits, etc ! Là aussi il y a un mythe . En vérité, le travail salarié est pénible avant 60 ans et après, dans le privé et dans le public : on y trouve des accumulations de problèmes à résoudre en temps restreints, de la compétition ou concurrence entre travailleurs, des horaires de travail qui restent souvent élevés, etc, etc . Les articles cités de l’Obs l’ignorent . Du coup ils diffusent de l’ignorance, de l’obscurantisme en parlant d’une petite minorité plutôt avantagée de la population !

II - PRINCIPE : SORTIR A 60 ANS D’UNE VIE DE LABEUR !

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Pour Pierre KHALFA, membre comme moi d’ATTAC Conseil scientifique (cs) et de la Fondation Copernic, - cf la conférence du 26 novembre à Rennes Carrefour 18 - il faut conserver l’idée de rupture collective et de pouvoir basculer d’un travail contraint à une activité libre à partir de 60 ans (revendiqué) ou de 62 ans (maintenu) tout en percevant une retraite convenable. Il importe de pouvoir passer collectivement du travail salarié contraint (tripalium du salariat) à une activité libre (et moins soutenue) à une période de vie ou si l’on vit certes plus vieux ce n’est pas sans problème de santé ou même sans simple problème de fatigabilité ce qui n’est pas un mince problème en entreprise néolibérale tendue vers la performance.

D’ailleurs on peut se demander dans quelle société travaillent celles et ceux qui veulent continuer (alors qu’ils pourraient partir) ? Sans doute sont-ils éloignés du coeur des contraintes fortes du travail capitaliste, lesquelles ne sévissent pas que dans le privé, son lieu de prédilection .

III - EXCEPTION : POURSUIVRE MAIS AVEC FORTE RTT

Pour ma part, en intervention dans la même conférence-débat (du 26/11/19 à Rennes), tout en approuvant l’idée de rupture de Pierre Khalfa, j’estime qu’il faut tenir compte aussi, désormais, du nombre grandissant de travailleurs et travailleuses de plus de 60 ans toujours en poste, en leur proposant des revendications spécifiques. Ils doivent pouvoir bénéficier de plus souplesse dans le travail et d’un quantum d’heures plus restreint, autrement d’une réduction du temps de travail (RTT) hebdomadaire .

Si la RTT à 32 heures hebdomadaires se justifie pour les moins de 60 ans pour plusieurs raisons (développées par les syndicats comme par ATTAC et la Fondation Copernic), une RTT encore plus importante de type 30 H ou 28 H se conçoit pleinement pour celles et ceux qui continuent le travail salarié contraint. Il est certes possible de passer au temps partiel mais il y a alors perte de salaire - difficile à accepter si le salaire est peu élevé - c’est donc d’une RTT sans perte de salaires (ou traitement), du moins pour les 99% d’en-bas qu’il convient de défendre. Le 1% riche doit lui contribuer à la justice sociale et fiscale.

IV - NE PAS FAIRE PASSER L’ EXCEPTION COMME PRINCIPE

Mais disant cela , il ne s’agit pas pour autant de substituer la RTT à la borne des 60 ou 62 ans. Il ne s’agit surtout pas d’accepter la réforme des retraites de Macron qui est nuisible pour l’immense majorité des travailleurs et plus encore pour les travailleuses. Il convient donc de s’y opposer résolument . M Macron développe un double travaillisme : pendant la vie au travail et en fin de vie au travail . Il travaille pour les profits des multinationales et la richesse du 1% mais pas pour la masse salariale ni pour de bonnes conditions de travail de l’immense majorité des travailleurs hommes ou femmes de tous âge. Question travaillisme, il est dans la suite de N Sarkozy.

Il faut tenir compte du réel de la majorité, tenir compte que le travail fatigue et que cette fatigue est plus dure à supporter après 60 ans qu’avant et ce même si on travaille dans un bureau . Une minorité peut certes vouloir continuer - nécessité n’est pas désir ici - mais elle ne doit pas imposer une vie plus dure aux autres .

Par ailleurs avec quelle souplesse dans le travail (privé ou public) s’agit-il de travailler ? Quelle RTT possible ? Combien d’heures par semaine ? Il n’est pas raisonnable de proposer pour tous et toutes ce qu’une minorité peut faire eu égard à des conditions de travail très avantageuses loin de celles de l’immense majorité !

V - PORTER DES EXIGENCES

- De dignité contre la performance

« Dans un monde dominé par la logique de l’efficacité économique, on assiste à une colonisation problématique de la logique de l’efficacité dans toutes les sphères de l’existence ». Souvenons-nous à cette occasion du double processus qui caractérise le fétichisme (repris grosso modo de A Bhir ) : quand on sur-valorise la rentabilité (soit un processus d’élévation du bas vers le haut pour une chose , un moyen économique) on sous-valorise - dans le même mouvement inverse - les humains (soit un processus de rabaissement des humains au niveau d’une chose ce qui se nomme ici réification). La rentabilité , l’efficacité, l’intensité du travail effectué relèvent de « dispositifs surplombants » au-dessus des travailleurs et travailleuses, de tous les âges, hommes ou femmes, moins de 60 ans ou plus. Mais plus on prend de l’âge et plus on peine à tenir la cadence !

- De solidarité contre l’individualisation

Citation :
« Dans le monde selon E. Macron, les statuts collectifs disparaissent. Il ne reste que l’individu face à son destin, évoluant sur le marché, traversant la rue pour obtenir un emploi, surveillant son compte de retraite à points pour arbitrer entre la prolongation de son travail et son niveau de pension. A condition bien sûr de ne pas être au chômage, en maladie, ou en invalidité, comme beaucoup de salarié·es après 60 ans. »
in
Retraites : contre l’individualisme, nous choisissons la solidarité - Libération
https://www.liberation.fr/debats/2019/11/25/retraites-contre-l-individualisme-nous-choisissons-la-solidarite_1764953?

Christian DELARUE
ATTAC 35 et CS d’ATTAC - Fondation Copernic
Syndicaliste rennais.

1) in Il faut tuer TINA - Ed du Cerisier

2) Le dossier de l’Obs s’intitule « Travailler après la retraite ».
Il est subdivisé en trois parties :
- « S’arrêter ? Très peu pour eux » (thème du choix avec des professions aisées)
- « Un petit boulot pour survivre » (thème du travail poursuivi pour manger)
- « Retraite, c’est un mot de vaincu de Pascal Bruckner ».

On n’ose penser que le propos de P Bruckner constitue une conclusion car il est contre toute rupture, contre l’idée de passage à une autre vie, à une vie nouvelle ! E Macron peut le remercier !

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