Nos combats face à la mondialisation du capital et aux déclinaisons de l’ordre oligarchique mondial.
La « mondialisation du capital » (Chesnais 1994) se décline en mondialisations économiques diverses : mondialisation des productions hors cadre national par des entreprises capitalistes transnationales, mondialisation des échanges marchands, mondialisation financière (la plus aboutie). Cette mondialisation produit un gonflement du prolétariat salarié dans le monde.
Ordre oligarchique mondial : Qu’il existe un ordre oligarchique mondial en surplomb du reste du monde n’est guère contesté et contestable . Un auteur a pu parler de Caste (1) . Cet ordre oligarchique se décline au plan national et continental au sein d’un monde hiérarchisé entre le Nord et le Sud global , mais aussi entre l’Est et l’Ouest s’agissant de l’affrontement campiste actuel (cf Madrid juin 2022).
1) Quelles solidarités transnationales face aux classes sociales dominantes ?
Oligarchie et classe(s) dominante(s) : L’oligarchie est la pointe avancée des classes dominantes. Il n’y a pas que l’oligarchie opposée à la nation . Cette façon de voir oublie l’existence d’une ou de classes dominantes au sein de chaque nation. En effet, la domination socio-économique et politique est en quelque sorte dédoublée avec les riches du 1% et les ultra-riches de l’oligarchie sise dans le 0,01% voire le 0,001%. Le fait oligarchique contemporain, issu de la mondialisation financière, n’évacue pas en l’existence au sein de chaque nation d’une classe sociale dominante très souvent rapportée au 1% d’en-haut. D’aucuns y ajoute une « classe d’appui » au sein du dernier décile d’en-haut.
Classes et strates : On remarque au plan analytique et théorique la combinaison de deux façons de distinguer les groupes sociaux : l’un d’origine marxiste orthodoxe oppose le capital, détenteur des moyens de production au travail soit celles et ceux qui vendent leur force de travail aux capitalistes, l’autre de type stratificationniste montre un dégradé des riches qu’ils soient gros actionnaires de la finance mondialisée, capitalistes du 1% ou du 10% et là on peut trouver aussi bien un salariat d’encadrement au statut ambiguë à la fois exploité et exploiteur qu’un patronat plus ou moins aisé financièrement.
Pouvoir de classe au sommet : Le syndicalisme de classe et de masse est en capacité d’appréhender cette combinaison qui l’éloigne du patriotisme national, fut-il celui issu du stalinisme. Du marxisme et de son opposition capital-travail on retiendra alors l’existence possible d’une solidarité entre les travailleurs et travailleuses salariées voire d’une communauté mondiale du travail ayant des intérêts à défendre par delà les frontières nationales (cf 2 -Nasser Mansouri-Guilani). De la montée des analyses stratificationnistes on retiendra la force du classisme soit la puissance de domination de la classe dominante contre le peuple-classe qui rassemble les paysans, les indépendants et tous les travailleurs du salariat des 99%. Les classes dominantes étant un phénomène quasi universel, c’est à dire présent dans chaque pays ou nation, une solidarité altermondialiste est pensable et possible entre peuple-classe en vue d’une alternative d’émancipation sociale et écologique.
2) La déclinaison en zone d’influence des classes dominantes.
Entre le Nord et les Suds, il y a vérification du principe « il y a du Nord au Sud et du Sud au Nord » . Autrement dit on retrouve une division entre classe dominante et peuple-classe aussi bien au Nord qu’au Sud. Et l’impérialisme du Nord est celui des classes dominantes des pays du Nord contre les peuples d’Afrique, mais plus chaque peuple-classe que toutes les nations.
L’Union Européenne est un système institutionnel de production des élites bien en surplomb des peuples, peuple-nation mais surtout peuple-classe . Cet ordre oligarchique est l’effet de la « trahison des élites » de l’Union Européenne. L’affaire n’est pas récente. Elle se développe avec le renforcement de l’idéologie néolibérale qui donne pouvoir aux riches via les privatisations et les prescriptions économiques et sociales austéritaires contre les peuples de l'Union
Le continent africain quoique dominé au plan mondial n’échappe nullement à ce processus : chaque nation a ses très riches (cf Jean Nanga) et ses riches qui préservent leurs intérêts au sein d’une classe sociale dominante en soi et pour soi.
3) Qu’en est-il de la nation ?
Un ancien professeur de science politique, Georges Burdeau (1905-1988), écrit (3) "Dans tous les pays anciens c’est la nation qui fait l’Etat ; il s’est lentement formé dans les esprits et les institutions, unifiés par le sentiment national. Dans l’Etat nouveau, tel qu’il apparaît sur le continent africain, c’est l’Etat qui doit faire la nation. » Et cela est particulièrement difficile. La carence de l’idée nationale débouche sur l’exploitation de la passion nationaliste. Cette exploitation trouve sa place du fait d’un double processus d’abandon référentiel : la passion nationale avance entre la répugnance à l’allégeance personnelle et la laïcisation de la fonction publique.
La passion nationale peut recouvrir deux maux : d’une part la haine de l’étranger (racisme et xénophobie) au lieu et place de l’amitié entre les peuples, d’autre part le privilège de classe accordé aux riches de la nation sous l’effet des groupes de pression créateurs de féodalités nouvelles au sommet de l’Etat, au lieu d’une justice sociale et fiscale démocratiquement établie.
Contre la passion nationale instrumentalisée par la classe dominante, un recentrage sur le peuple distinct de la nation est alors nécessaire. Mais il faut alors comprendre ici le peuple non comme communauté politique d’un territoire donné mais comme large fraction opposé aux classes dominantes . Il s’agit du peuple-classe formaté le plus souvent à hauteur des 99% d’en-bas face au 1% de la classe dominante stratifiée jusqu’au ultra-riches de l'oligarchie . Il est plus juste de parler des classes dominantes (au pluriel) puisqu’on y trouve deux pôles, l'un privé capitaliste, l’autre public bureaucratique, lesquelles classes dominantes sont elles-mêmes divisées en bourgeoisie nationale et bourgeoisie compradores, tournées vers les marchés mondiaux financiarisés et l’oligarchisation du monde, laquelle oligarchisation se décline aussi au plan continental. Il existe assurément un ordre oligarchique européen au sein de l’Union Européenne qui entend préserver le pouvoir ploutocratique des classes sociales dominantes de chaque nation.
4) Une nécessaire refondation politique de la démocratie
La question oligarchique pose la question démocratique.
La « démocratie réellement existante » s’est construite, sous l’effet des luttes de classe du monde du travail, par une extension de la démocratie censitaire (réservée aux riches) et de la démocratie masculine (réservée aux hommes) et de la démocratie nationale (réservée aux nationaux). Le processus est très loin d’être terminé contrairement aux positions conservatrices des libéraux qui de tout temps disent stop pour en rester à une version qui fait le jeu des classes dominantes. Il importe tout à la fois de donner plus de droits à ceux et celles qui en ont peu et moins de droits à ceux qui accaparent les privilèges de l’accumulation financière.
La démocratie par en-bas et pour en-bas doit trouver à s’épanouir dans un processus altermondialiste qui refuse partout la domination de classe sur les humains et la nature.
Christian Delarue
1) La Caste mondiale
http://amitie-entre-les-peuples.org/Une-caste-mondiale-contre-une
2) La mondialisation à l'usage des citoyens par Nasser Mansouri-Guilani
3) G Burdeau in L’Etat (Ed Seuil coll Politique 1970) page 37 ch : Le problème national dans les Etats nouveaux