DECOLONIAL ? Anti-impérialiste et anti-colonialiste et antiraciste suffit ! (I)

DECOLONIAL ? Anti-impérialiste et anti-colonialiste et antiraciste suffit ! (I) suivi de IMPERIALISME ET COLORISME DE PEAU : Dérive NPA par rapport à LCR de jadis (II)


Excellent débat sur À l'air libre (112)

Race, classe, genre et gauche: le débat Rokhaya Diallo - Stéphanie Roza

https://www.youtube.com/watch?v=aaUXRHNII1w

Deux commentaires repris ici sous un autre post sur les mêmes thèmes :

I

DECOLONIAL ? Anti-impérialiste et anti-colonialiste et antiraciste suffit !

Loin d’une vision raciale ou identitaire il ne s’agit pas de voir des Blancs (tous) contre des Noirs ou des Arabes ou des Musulmans mais des colonialistes ou des impérialistes contre des peuples - des peuples-classes surtout car il y a toujours eu des classes dominantes des pays colonisés à se mettre du côté du Nord, ce que l’on nomme les bourgeoisies compradores noires ou arabes

Le militant (puisqu'il s'agit de dire d'ou on parle)

Au-delà du militant que je suis signalons que le racisme sous toutes ses formes est combattu par le MRAP qui dispose d'une histoire et d'une expérience collective de personnes d'origines diverses !

Je - Christian Delarue - ne suis pas historien spécialiste du post-colonial mais militant antiraciste, anticolonialiste, anti-impérialiste (MRAP et LCR jadis). Mais je n’ignore pas qu’ Edward Saïd avec Orientalism, paru en 1978, a ouvert le champ des « postcolonial studies », c’est-à-dire à « l’étude du colonialisme et de ses effets durables sur les structures symboliques des sociétés postcoloniales ». Je n’ignore pas qu’il y avait eu auparavant les travaux critiques menés en Algérie par Bourdieu dès 1958 pour penser la domination en situation coloniale. Et Franz Fanon avec Peau noire, masques blancs  (Le Seuil, 1952). Mais il est vrai que je ne suis ni historien ni sociologue de cette période. J’ai lu plus utilement de Gilbert Achcar : Marxisme, orientalisme, cosmopolitisme (Paris, Sindbad/Actes Sud, 2015) et la note de Samy Joshua sur ce livre. Et au fil des ans d’autres ouvrages . Militer pour l’émancipation des individu-es et des peuples depuis fort longtemps - plus de 40 ans - suppose nécessairement de s’instruire des différents modes de dominations, y compris d’ailleurs des modes de dominer des « dominés économiques et politiques » et là je pense nettement aux intégrismes religieux issus de l’islam.

Le post colonialisme et le décolonial comme mouvance militante identitaire sont trop souvent porteurs, au plan des pratiques militantes, de dérives indentitaristes, communautaristes, néo-campistes et de la « guerre des races » entre non-blancs et blancs. Cette mouvance mélange une juste critique de l’instrumentalisation de l’antisémitisme par le Crif avec une position indigéniste sur le soi-disant « philosémitisme d’Etat ». Mais je ne suis pas opposé aux historiens africanistes qui ont contribué à une révision dans un sens critique de cette histoire coloniale.

Il n’y a pas eu un colonialisme mais des colonialismes et tous les français ne furent pas des colons ni n’adoptèrent l’idéologie raciste coloniale. Certains secteurs furent plus imprégnés du racisme anti-arabe du colonisateur que d’autres : les hauts fonctionnaires de l’Etat français envoyés en mission, les militaires envoyés en conquête et occupation, les cadres des grandes entreprises françaises chargés de la consolidation de l’impérialisme économique français, et aussi, plus au début qu’à la fin de la colonisation, les curés catholiques chargés des âmes à convertir.

Nul besoin d’être « décolonial »...

Nul besoin d’être « décolonial » pour réagir jadis contre l’alinéa 2 de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, soulignant « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » .  Article in fine abrogé le 15 février 2006.

Nul besoin d’être « décolonial » pour s’opposer au racisme d’un Finkielkraut contre les émeutiers ethnicisés et racisés à l’automne 2005 . Par contre comme antiraciste je suis opposé au mouvement des Indigènes de la République, et aussi favorable à la loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction à l’école des signes religieux ostensibles ainsi qu’aux autres mesures prises en ce sens.

Cet interdit n’est pas de l’islamophobie y compris d’ailleurs lorsque cela vise explicitement certains éléments de l’islam (le voile) dès lors que l’interdit est ponctuel et limité , dés lors que le principe de la liberté de culte et de religion pour l’islam est de droit comme pour les autres religions. Sauf contre l’intransigeantisme religieux qui signe l’intégrisme religieux, et qui fait le jeu de l’emprise des intégristes, il n’y a pas lieu d’être opposé aux musulmans et musulmanes. Le voilage des gamines de deux ans est certes lamentable. Le port du burkini est contestable dés lors que le string seins nus est interdit ! Deux poids deux mesures ! Quand la gauche ne prend pas des mesures pour libéraliser alors la droite interdit tout aussi bien le burkini que les seins nus !

Nul besoin d’être « décolonial » pour savoir honte de Nicolas Sarkozy et de son discours de Dakar prononcé le 26 juillet 2007 tellement il concentre tous les traits de la vision eurocentrique des peuples africains, dans la droite ligne des préjugés racistes de l’époque coloniale .

Nul besoin d’être « décolonial » pour examiner favorablement, le cas échéant, les demandes de restitution d’objets entreposés dans les musées.

S’allier aux Indigènes de la République, c’est soutenir les thèses antisémites, racistes, racialistes, anti-féministes, homophobes de Houria Bouteldja, porte-parole du PIR dans son dernier livre dont rien que le titre devrait faire sursauter « Les blancs, les Juifs et nous ».1

Loin d’une vision raciale ou identitaire il ne s’agit pas de voir des Blancs (tous) contre des Noirs ou des Arabes ou des Musulmans mais des colonialistes ou des impérialistes contre des peuples - des peuples-classes surtout car il y a toujours eu des classes dominantes des pays colonisés à se mettre du côté du Nord, ce que l’on nomme les bourgeoisies compradores noires ou arabes

II

IMPERIALISME ET COLORISME DE PEAU : Dérive NPA par rapport à LCR de jadis

JMB (NPA Médiapart) "Ce ne sont pas les non-blancs qui ont fait violence aux blancs, mais exactement l'inverse. "Est-ce l'orientation du NPA ce propos ? J'en doute . Ou alors c'est grave !

Militant antiraciste et anticolonialiste depuis plus de 40 ans, tant au MRAP qu'à la LCR j'ai toujours combattu - comme d'autres - l'impérialisme, le colonialisme, le racisme anti arabe , le négationniste mais toujours en pointant les vrais responsable de ces entreprises colonialistes, dans l'Etat, dans les classes dominantes, dans les entreprises transnationales, dans les l'armée, dans l'Eglise aussi sans généraliser abusivement de façon raciste à tous les blancs ! Jamais la LCR ni LO ni le PCI (ou MPPT ou PT) n'ont procédé à de telles généralisations abusives et racistes !

Nous sommes encore nombreux, y compris dans les extrême-gauches à trouver très important d'éviter toute généralisation, toute mise en un même sac communautaire à partir d'une couleur de peau, d'une identité ! Evitons ces dérives nuisibles et mortifères !

Il se trouve aussi que j'ai été engagé comme d'autres militant-es de gauche et d'extrême-gauche à lutter contre le pouvoir algérien et contre l'intégrisme musulman particulièrement réactionnaire et féroce pendant la décennie noire en Algérie avec la LCR de Rennes, (ce qui ne figure pas dans le gros bouquin sur l'historique de la LCR sorti il y a trois ans) mais ce sont tous les intégrismes religieux qui sont à combattre pas les seules formes issues de l'islam !

XX

Retour sur aout 2016 et le camps décolonial

Le MRAP pour une large fraction n'approuve pas mais ne "communique" pas !

Depuis l'affaire, en août 2016, du premier « camp d'été décolonial » le terme décolonial fait clivage. Ce camp était ouvert seulement à des personnes discriminées, subissant le racisme et plus particulièrement des  « personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français ». 

Le rejet et le clivage n'est pas venu du fait que les victimes du racisme se rencontrent pour discuter des oppressions subies mais du fait qu'il y avait un filtre à l'égard d'autres personnes . Les rencontres étaient "non-mixtes" sur la base d'une apparence raciale et donc raciste. 

Pour les organisatrices la non-mixité est une « nécessité politique », car « les paroles blanches sont survalorisées, surinterprétées, surlégitimées comparé aux paroles et pensées non-blanches »

Selon la politologue Frédérique Matonti, « derrière l’universel, il y a des processus qui favorisent les hommes plutôt que les femmes, les Blancs plutôt que les racisés »

J'ai noté les noms des personnes avec qui j'étais susceptible de m'opposer à cette occasion et les choses n'ont guère changer depuis 5 ans : Sihame Assbague et Fania Noël organisatrices, Hanane Karimi, Françoise Vergès, Franco Lollia, Marwan Muhammad, Faïza Zeroualan de Mediapart

Le camp  a également exclu tous les journaux à l’exception de Mediapart. Le terme d'identitarisme est apparu en lien avec des logiques d'exclusion, de haines sectaires.

Najat Vallaud-Belkacem a été largement soutenu lors de sa ferme condamnation de l'initiative: Elle a « condamne absolument la tenue de ces réunions comme celle du camp d’été que vous avez évoqué […] Ces initiatives sont inacceptables, car, bien loin de l’objectif qu’elles prétendent poursuivre, elles confortent une vision racialiste et raciste de la société qui n’est pas la nôtre […] Au bout de ce chemin, je le dis à tous ceux qui l’empruntent, il n’y a que le repli sur soi, la division communautaire et le chacun chez soi ».

Pour Jacques Dion il s'agit de « quelques adeptes du racisme à l’envers » et Alain Jakubowicz  y voit un « racisme qui ne dit pas son nom ». Mais son organisation - la Licra - va plus loin : Elle publie ainsi des photos de faux tweets de Robert Ménard, Marine Le Pen et finalement du Ku Klux Klan (ce dernier établissant « un parallèle entre l’organisation suprématiste blanche et le « camp d’été décolonial » en sous-entendant qu’ils fonctionnent selon le même modèle ségrégationniste »).

Eugénie Bastié, évoque un phénomène plus profond qui d'un féminisme radical à un racialisme fait la promotion d'un séparatisme dans les mouvements de la gauche radicale. Ce « principe séparatiste » est selon Laurent Bouvet une « dérive identitaire, qui consiste à penser que certains critères de notre identité sont surdéterminants est commune à l'extrême droite et à l'extrême-gauche, qui s'entretiennent dans une surenchère. C'est le signe d'une déstructuration complète de la politique ».

Le journaliste Bruno Roger-Petit ne parle pas d'identitarisme mais de « mouvance différencialiste au sein des éléments d’extrême gauche », « proche du Parti des Indigènes de la République ».

Pour Didier Leschi  — critique à l'égard du choix de la non-mixité —, la racialisation des rapports sociaux est extrêmement négative .

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