Les contre-mouvements mondialisés et installés.

Les contre-mouvements mondialisés et installés.

Lutte contre deux maux

Les contre-mouvements mondialisés et installés.

Un contre-mouvement est un mouvement réactionnaire. Il fait l’apologie du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de la souffrance animale . Il fait aussi l’apologie du capitalisme, de l’austérité contre chaque peuple-classe, l’apologie du travaillisme (travailler plus pour celles et ceux qui travaillent déjà). Quand il n’y a pas apologie explicite il y a exercice en acte de pratiques inégalitaires, archaïques.

Les contre-mouvements sont nombreux à être non seulement transnationaux mais implantés partout dans le monde, avec bien sur des zones d’implantations dominantes.

Sophie Bessis avait, il y a quelques années, dans la « double impasse », développé la thèse de « deux gros fondamentalismes », celui du marché, qu’elle a nommé capitalisme rentier et financier plus tard dans une vidéo de l’iris (1) et celui de l’islamisme (de niveaux variables et de formes variables).

A notre texte « L’islamisme comme colonialisme intérieur dans le contexte de la « double impasse » (2) » un complément est nécessaire. Ce texte disait notamment que ce sont alors les populations du pays - musulmanes - qui en ont souffert d’abord et cette souffrance-là n’est pas venue d’une puissance extérieure, impériale ou coloniale comme la France mais d’une composante interne. Il faudrait en effet y ajouter l’évangélisme comme religion planétaire en distinguant en interne une fraction plus en distance de préceptes conservateurs et une autre fraction pouvant relever elle de ce qu’on nomme intégrisme religieux .

L’article de Médiapart (3 ) ne permet pas de distinguer nettement. Cependant une appréciation comme celle-ci « Leur habitus militant et leur accent sur l’intensité du croire les rendent par ailleurs réceptifs aux rhétoriques qui articulent intégrité revendiquée, simplisme des solutions, offre de protection (y compris de la famille nucléaire, dont on oublie parfois le rôle social majeur auprès des catégories les plus modestes) et enthousiasme charismatique. » peut laisser à penser que l’imposition de modes de vie austères et autoritaires, digne des intégristes religieux, est possible.

Mais on trouve ailleurs sur « L’internationale réactionnaire, par Akram Belkaïd & Lamia Oualalou (4 - Le Monde diplomatique, septembre 2020) ce passage plus explicite : » l’essentiel du courant qu’ils forment demeure ultraconservateur, pour ne pas dire réactionnaire. Souvent favorable à la peine de mort, farouchement opposé à l’avortement, le néopentecôtisme refuse, au nom de la « défense de la famille », les législations favorables aux minorités LGBT+. En Ouganda, les Églises évangéliques militent en permanence pour le durcissement des lois qui pénalisent déjà l’homosexualité, et elles réclament de nouveaux textes pour autoriser la mise en place de « thérapies de conversion » censées « guérir » les homosexuels en changeant leur orientation sexuelle. Au Malawi comme en Afrique du Sud ou au Zimbabwe, les discours homophobes et antimigrants sont amplifiés par des télévangélistes, dont les plus célèbres, comme le « prophète » Shepherd Bushiri, détiennent des fortunes colossales.« On en restera néanmoins à la »double impasse« (capitalisme-intégrismes religieux en évoquant soi l’un soit l’autre au fil de l’actualité et d’autres encore : les juifs haredim par exemple). Cet ensemble profondément réactionnaire dit »intégrisme religieux" se heurte au puissant mouvement de sécularisation du monde.

Les deux contre-mouvements réactionnaires et destructeurs (capitalisme-islamisme), étudiés plus particulièrement par Sophie Bessis, sont mondiaux et se déploient depuis plusieurs décennies mais en relative discordance temporelle (asynchrones). La financiarisation du monde avance à grand pas tout comme l’islamisation du monde : Rien de bon à en attendre ni de l’un ni de l’autre ! Soumission du peuple-classe à la finance pour les riches du 1% et soumission d’une fraction du monde musulman (pas que lui) à des interprétations rétrogrades de l’islam. Ni l’un ni l’autre . Mais il y a des résistances à ces intégrismes, celui de la finance et celui des religions !

Les gauches, en principe porteuses d’un projet pro-égalité et pro-émancipations diverses, ont du mal à lutter contre ces deux contre-mouvements. Les droites abondent dans le soutien à la logique de profit des entreprises capitalistes et font appui aux politiques d’austérité contre le peuple-classe.

- Anti-capitalisme en revenant sur la propriété privée : la « désappropriation privée » peut prendre plusieurs formes (qui font débat à gauche) : appropriation publique (exemple : nationalisation, mise en régie publique), appropriation sociale (socialisation), appropriation commune (établissement de biens communs). Il peut y avoir articulation entre appropriation publique dans un premier temps et processus de socialisation ensuite . Aller vers un éco-socialisme (articulation d’une dynamique tout à la fois sociale et écologique), démocratique (anti-ploutocratisation) laïque, féministe, antiraciste, anti-impérialiste serait l’orientation à suivre !

- Anti-intégrisme : quel moyen se donner pour bloquer les formes « par en-bas » d’impositions des normes intégristes diverses à base d’inégalités ou d’interdits de tenues indécentes avec tout ce que cela implique de régressions en termes d’inégalités hommes-femmes quand certaines brouillent les pistes en disant que l’étendard de l’intégrisme sexyphobe est aussi un outil de spiritualité ?

Pour nous, chaque grande religion (avec ses aspects culturels si il s’agit d’une religion historique ayant évolué sur plusieurs siècles) a ou peut avoir une composante réactionnaire particulièrement obscurantiste et réactionnaire. Mais elle a aussi - aspect contradictoire dépendant du contexte - une composante progressiste, respectueuse et bienveillante à l’égard d’autrui, en résistance silencieuse ou non face aux diktats de ses fondamentalistes ou de ses intégristes religieux. On ne saurait confondre ou amalgamer des personnes aux pratiques différentes ou opposées.

Les intégristes musulmans présentent plusieurs « gros défauts » : 1) une lecture avec des diktats binaires avec des interdits et des autorisés ou les interdits sont nombreux et durement sanctionnés, 2) une sexyphobie maladive contre les femmes obligeant au port de tenues hypertextiles (pas que le voile) y compris parfois pour les gamines de deux ans, avec stigmatisation des femmes non musulmanes impudiques 3) un sexoséparatisme (non mixité) qui veut les femmes à la maison , 4) une politique d’affichage religieux identitaire très impérialiste, et parfois 5) de l’antisémitisme.

Christian Delarue

1) Entre les fondamentalismes de la religion et du marché, y a-t-il place pour une nouvelle modernité ? - YouTube
https://www.youtube.com/watch?v=WcrEAW2oUmo

2) L’islamisme comme colonialisme intérieur dans le contexte de la « double impasse »
http://amitie-entre-les-peuples.org/L-islamisme-comme-colonialisme-interieur-Christian-Delarue

3) Pourquoi l’évangélisme est la nouvelle religion planétaire
https://www.mediapart.fr/journal/international/130421/pourquoi-l-evangelisme-est-la-nouvelle-religion-planetaire

et aussi

4) L’internationale réactionnaire, par Akram Belkaïd & Lamia Oualalou (Le Monde diplomatique, septembre 2020)

https://www.monde-diplomatique.fr/

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