La France s'apprête à donner pleins pouvoirs à la surveillance de masse

A Mesdames et Messieurs les députés,

A tous les citoyens,

Aujourd’hui, le Parlement va débattre de la proposition de loi sur la surveillance des communications électroniques internationales. Si elle est votée, elle légalisera la surveillance de masse généralisée de pans entiers de la population mondiale, sur des motifs trop « vastes et peu définis », selon  les propres termes du Comité des Droits de l’homme des Nations Unies ; sans contrôle effectif indépendant, sur le seul arbitraire des services de renseignement et du Premier Ministre ; sans voie de recours effective pour les victimes de surveillance. 

Cette loi menace dès lors gravement des droits aussi fondamentaux que le respect de la vie privée et la liberté d’expression de millions de citoyens sur la planète.

Il y a un peu plus de deux ans, grâce à Snowden, le monde découvrait, sidéré et scandalisé, les systèmes de surveillance de masse mis en place par les Etats-Unis et ses plus proches alliés. Les autorités françaises faisaient alors mine de s’en offusquer publiquement. Aujourd’hui, les mêmes choisissent de « singer » ces méthodes liberticides.

A l’ère numérique, les développements technologiques ont servi de moyens et la lutte anti-terroriste de prétexte à la mise en place de systèmes de surveillance de masse, d’une puissance intrusive inégalée dans l’histoire de l’humanité. L’expérience américaine des 15 dernières années a pourtant montré que la surveillance de masse n’a jamais aidé à la lutte antiterroriste, mais a servi d’autres buts, bien moins avouables : espionnage économique, diplomatique, contre des journalistes, des défenseurs des droits humains, des mouvements sociaux contestataires…

Le respect de la vie privée, pierre angulaire de la protection des libertés individuelles, doit être la règle, sa violation, l’exception : La surveillance de masse incontrôlée fait du respect de la vie privée l’exception, ouvrant la porte à une société de suspicion généralisée.

Mesdames et messieurs les députés, vous avez une occasion historique de rappeler l’attachement de la France au respect de droits universels. Refusez ce texte. Garantissez nos droits !

Citoyens, ne baissez pas la garde. Signez notre appel sur www.amnesty.fr

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