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Billet de blog 4 sept. 2013

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Les Brics, un club de bric et de broc

Trois caractéristiques rassemblent les cinq pays qui constituent les BRICS : les ressources stratégiques, l’atout continental et le modèle de développement. D’une part, ces pays disposent d’innombrables richesses et affichent des taux de croissance soutenus. La Chine avec ses exportations de produits manufacturés, le Brésil avec son agriculture, l’Inde avec ses jeunes ingénieurs, la Russie avec son gaz.

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Trois caractéristiques rassemblent les cinq pays qui constituent les BRICS : les ressources stratégiques, l’atout continental et le modèle de développement. D’une part, ces pays disposent d’innombrables richesses et affichent des taux de croissance soutenus. La Chine avec ses exportations de produits manufacturés, le Brésil avec son agriculture, l’Inde avec ses jeunes ingénieurs, la Russie avec son gaz. D’autre part, ils disposent de l’atout continental : quand ils lancent un produit, la dimension du marché intérieur est telle qu’ils atteignent les normes de la compétitivité internationale dès l’échelon national. Enfin, leur modèle de développement est complexe : riches et pauvres à la fois, centralisés et décentralisés, nationalistes et internationalistes, planificateurs et opportunistes, les BRICS ont un pied dans chaque monde.

Peser davantage sur les institutions financières mondiales constitue l’un des ciments des BRICS. Lors de leurs cinq premiers sommets, ils ont ainsi ciblé le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, instances dans lesquelles ces pays émergents ont voulu acquérir plus de poids. Un objectif tactique, résumé dans la récente prise de position de la présidente du Brésil Dilma Rousseff : « Le FMI et la Banque mondiale doivent corriger d’urgence leur déficit de légitimité. Les pays émergents ont vocation à y occuper une plus grande place ». Première victoire des BRICS, l’élection du Brésilien Roberto Azevêdo à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Une candidature qui s’inscrit dans le droit fil de l’ambition brésilienne visant à obtenir une plus grande représentativité sur la scène internationale, avec l’idée en ligne de mire que le Brésil devienne membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

Cependant, ces affinités restent relativement marginales par rapport aux dissensions qui tiraillent cet ensemble. Certains régimes sont autoritaires, d’autres démocratiques. Entre eux dominent des arrière-pensées. Le président sud-africain Jacob Zuma soupçonnait ainsi Pékin d’abus de position dominante vis-à-vis de son pays, avant de se raviser à la veille de la tenue d’un sommet des BRICS dans sa capitale. Même méfiance, entre la Chine et la Russie. Le voyage du nouvel homme fort chinois Xi Jinping à Moscou, début 2013, n’a permis de s’entendre ni sur les prix de l’approvisionnement chinois en pétrole russe ni sur l’achat par Pékin de quatre sous-marins du type Amur. Si leur alliance semble solide sur le papier, le club peine à contourner ses divergences et à obtenir des résultats concrets. Au cours du cinquième sommet des BRICS à Durban, en mars 2013, les leaders Xi Jinping, Vladimir Poutine, Manmohan Singh, Dilma Rousseff et Jacob Zuma qui espéraient créer une banque de développement pour « remplacer les circuits financiers mondiaux périmés » sont revenus bredouilles. La « banque » est restée au fond des attachés-cases : ni les crédits ni les statuts n’ont été adoptés. Elle eût pourtant été fort utile pour fournir une partie des 4 500 milliards de dollars US nécessaires d’ici 2017 en crédits d’infrastructures. Les Cinq ont en revanche réussi à fonder un fonds commun de protection des devises rassemblant 100 milliards de dollars US, dont 41 milliards d’origine chinoise.

Une force d’inertie

Si les pays émergents n’ont pas encore fait basculer le monde, ils peuvent à l’occasion, vis-à-vis des Occidentaux, jouer les empêcheurs de tourner en rond. On le constate dans trois enceintes multilatérales majeures : l’OMC, la négociation climatique et le Conseil de sécurité de l’Onu. Ainsi, en 2003, le premier G20, qui rassemblait le Brésil, l’Inde et, dans une moindre mesure, la Chine, leur a permis de bloquer la collaboration entre l’Europe et les États-Unis vers plus de libre-échange. Autre exemple, les critères de Singapour prévus pour réguler la concurrence, l’investissement et les marchés publics se sont trouvés bloqués par les conditions posées, par les pays émergents, à la ratification des Traités. Sans oublier l’enlisement des négociations du cycle de Doha, sous l’égide de l’OMC, en raison de la capacité des BRICS à résister aux pressions de l’Europe et des États-Unis même si les Américains en sont également responsables.

En 2009, les Cinq se sont à nouveau rebiffés empêchant que la Conférence onusienne de Copenhague sur le climat n’aboutisse. Et au sein du Conseil de sécurité, les deux pays des BRICS y siégeant en permanence, rejoints par l’Inde et l’Afrique du Sud en tant que membres non permanents, se retrouvent sur des positions qui ne sont pas du tout en phase avec la diplomatie occidentale. On l’a vu à l’occasion des négociations sur la Libye, on le voit aujourd’hui à propos de la Syrie.

Priorité au principe de souveraineté

Les BRICS peuvent ainsi tirer quelque fierté de leur bilan économique et diplomatique. Mais jusqu’à présent, ils n’ont pas tiré profit de leur nouvelle position dominante pour faire avancer la question du respect des droits humains, aussi bien sur la scène intérieure que sur la scène internationale. En effet, malgré leur capacité à peser sur les affaires du monde, cette question ne semble pas inscrite à leur agenda. Au contraire, à de nombreuses reprises, ils y ont fait obstacle, soit en bloquant des résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu, soit en influençant les résolutions du Conseil des droits de l’homme de cette même organisation. Plus concrètement, sur le plan intérieur, la réussite économique a servi de prétexte pour bafouer ces droits. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner la gestion des conflits fonciers au Brésil, l’absence des droits syndicaux en Chine ou la répression des opposants à la politique de Vladimir Poutine en Russie, pays où la liberté de parole n’est pas respectée, comme l’atteste la condamnation de trois chanteuses des Pussy Riot. Dans leurs relations internationales, les BRICS ne brillent pas non plus par leur attachement à ces valeurs. Le gouvernement brésilien a soutenu des régimes autoritaires au nom des bonnes relations commerciales avec l’Égypte ou l’Iran. La Chine s’est distinguée dans le cadre du Conseil de sécurité des Nations unies en opposant son veto à chaque fois que des dictatures amies, comme la Corée du Nord, le Myanmar, la Libye, entre autres, étaient menacées de sanctions. Même l’Inde, « la plus grande démocratie du monde », n’a pas été à la hauteur des principes qui régissent sa Constitution pendant la guerre civile au Sri Lanka.

Les BRICS s’opposent à toute intervention dans les affaires intérieures d’un pays, même si celui-ci est condamné par la communauté internationale. Et ce, au nom du principe de la souveraineté nationale qui semble les souder. La question syrienne est particulièrement révélatrice du fait que les pays émergents ne souhaitent pas d’intervention étrangère susceptible de provoquer un changement de régime. Ainsi, lorsque l’Inde a assuré la présidence tournante du Conseil de sécurité, le négociateur indien envoyé à Damas avec une délégation comprenant, entre autres des Brésiliens et des Sud-Africains, a fini par renvoyer dos à dos les rebelles et le régime d’Assad. Ce refus d’intervention extérieure dans les affaires d’un tiers s’affirme au nom d’une double préoccupation à la fois régionale – les régions doivent trouver les solutions à leurs problèmes – et nationale. Cette dernière position découle de traditions souverainistes bien ancrées dans l’histoire de ces pays. Pourquoi des États aussi différents que la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Russie sont-ils à ce point préoccupés par la souveraineté nationale ? Pour le comprendre, il faut se souvenir qu’ils ont été marqués soit par le colonialisme, soit par l’impérialisme. La Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud ont un passé douloureux d’occupation par des puissances européennes, tandis que le Brésil a longtemps été perçu comme l’arrière-cour des États-Unis. Et dès qu’ils sont devenus indépendants, tous ont opté pour le non-alignement. Aujourd’hui, forts de leur nouvelle influence, les BRICS s’opposent aux interventions extérieures de peur qu’on intervienne chez eux. La question cachemirie en Inde, la question tchétchène en Russie, la question des Ouïgours et des Tibétains en Chine, sont autant de bonnes raisons pour bloquer toute idée d’intervention extérieure au sein d’enceintes multilatérales. Cette hostilité reflète non seulement le manque d’engagement sur les questions des droits de l’Homme – y compris chez les membres qui ont opté pour le système démocratique – mais aussi le besoin de protéger leurs propres intérêts économiques.

Any Bourrier

Consultez le sommaire complet de La Chronique du mois de septembre, voir http://www.amnesty.fr/Informez-vous/Les-actus/Le-magazine-La-Chronique-de-septembre-est-sorti-9188

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